LISTIEV: CRIME SANS CHATIMENT?

Listiev : crime sans châtiment ?

Adieu des Russes à Listiev : une série de mesures après l'onde de choc.

Avec, en toile de fond, l'émotion provoquée par l'assassinat du journaliste et directeur de télévision Vladislav Listiev, le Kremlin s'apprête à frapper un grand coup dans la lutte contre le crime. La campagne va s'ouvrir par l'annonce d'un train de mesures qui seront décidées ce lundi lors d'une réunion cruciale du Conseil de sécurité devenu l'organe suprême de direction collégiale.

Le chef de l'Etat devrait y présenter plusieurs projets de loi répressifs notamment sur la réforme du parquet général et sur la responsabilité des fonctionnaires accusés de corruption. D'autres mesures seront destinées à rassurer les investisseurs occidentaux.

Cinq jours après la mort de Listiev, M. Eltsine ne manquera pas, selon les observateurs, de dresser un bilan désastreux de la lutte contre les deux maux endémiques en Russie, la criminalité et la corruption.

Listiev, nommé directeur général de la première chaîne de télévision, a été assassiné, semble-t-il, parce qu'il avait déclaré la guerre aux structures publicitaires qui étouffaient la chaîne. Il prévoyait une vaste réforme des régies publicitaires, une lutte accrue contre la corruption et un renouvellement profond des effectifs. La mafia liée au secteur publicitaire est soupçonnée d'avoir commandité son assassinat.

LA TOMBE SOUS LES FLEURS

La mémoire de Vladislav Listiev, la dernière victime en date du crime organisé en Russie, a été saluée par environ 100.000 personnes, dont de nombreux hommes politiques et vedettes des médias qui ont, devant sa tombe noyée sous les fleurs, promis de poursuivre son oeuvre en faveur de la liberté de parole.

Il y aura une Russie libre et une télévision libre en ton nom et en ta mémoire, a affirmé devant la sépulture du journaliste le président de la télévision publique russe Alexandre Iakovlev, ancien proche collaborateur de Mikhaïl Gorbatchev.

Le Kremlin dont le meurtre de Vladislav Listiev a mis en lumière l'impuissance totale à assurer la sécurité publique, a dépêché à la cérémonie le numéro deux du gouvernement, Oleg Soskovets, et le chef de l'administration présidentielle, Sergueï Filatov.

Le journaliste a été enterré au pied de l'église du célèbre cimetière moscovite Vagankovo, aux côtés du poète Vladimir Vissotski, figure rebelle des années noires du totalitarisme soviétique.

A l'hommage officiel se sont associés, samedi, des milliers d'anonymes, venus parfois de loin déposer quelques oeillets sur la tombe du plus célèbre des journalistes de télévision.

L'enterrement de Vladislav Listiev a montré à quel point le favori du petit écran russe est devenu un martyr et le symbole de la liberté d'expression menacée par l'emprise du crime organisé.

PREMIER INTERROGATOIRE

Dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de Vladislav Listiev, la police a interrogé le directeur d'une importante firme russe, et futur actionnaire de la première chaîne de télévision, Boris Berezovski. Il préside la société Logovaz (distribution automobile, banque, publicité) qui devait devenir l'un des principaux actionnaires de la chaîne que Vladislav Listiev devait diriger à partir du 1er avril. M. Berezovski, également vice-président du conseil des directeurs de la première chaîne, a été laissé en liberté.

M. Berezovski avait lui-même été victime d'une tentative d'assassinat le 7 juin dernier, lorsqu'une voiture piégée avait explosé à côté de son propre véhicule. Son chauffeur avait été tué mais lui-même était sorti indemne de l'attentat, dont les auteurs n'ont jamais été retrouvés. (D'après AFP.)