LOI SEMBLE IMPUISSANTE FACE A SPARTACUS ET SES MARCHANDS D'ESCLAVES, LE MINISTERE PUBLIC NE REQUIERT QU'UN AN CONTRE STAMFORD

La loi semble impuissante face à Spartacus et ses marchands d'esclaves

Le ministère public ne requiert

qu'un an contre Stamford

L'insuffisance de nos textes de lois va-t-elle permettre au cerveau du réseau Spartacus de s'en tirer avec une peine dérisoire?

John D. Stamford, l'éditeur du guide «Spartacus», pense déjà à son retour en Angleterre. Logique: si le tribunal correctionnel de Turnhout devait le condamner sur base de l'article 380 «quater» du Code pénal (incitation à l'exploitation sexuelle d'adultes ou d'enfants), il risque un an de prison maximum. C'est d'ailleurs ce qu'a requis ce mercredi matin le ministère public. Un procureur du Roi peu convaincant et pas du tout convaincu qu'on puisse qualifier autrement les faits à charge de l'ancien pasteur anglican.

Les parties civiles, quatre ONG suisses et françaises, sont d'un tout autre avis. Pour elles, John Stamford est un proxénète international d'enfants et doit être poursuivi sur base de l'article 379 du C.P., ce qui lui vaudrait la cour d'assises et dix à quinze ans de travaux forcés. Ces ONG (Sentinelles, Terre des hommes, Défense des enfants international et la Fédération abolitionniste internationale) veulent que ce procès soit celui de l'exploitation sexuelle d'enfants.

- Depuis des années, précise Me Flame, avocat des parties civiles, elles constatent sur le terrain les ravages du tourisme sexuel: des enfants violés, détruits physiquement et psychiquement.

Stamford est l'éditeur responsable du guide «Spartacus». Un guide «innocent» pour touristes homosexuels, comme il le prétend? Me Flame démonte toute la mécanique de Spartacus International Limited, une entreprise florissante grâce notamment à son Club Spartacus qui donne les bonnes adresses des bars et hôtels où sévit la prostitution enfantine. La carte donne droit à des réductions dans certains hôtels. Et, aux Philippines, à certaines périodes de l'année, précisent les «Holiday Help Portfolios», les membres du club peuvent «avoir la chance» de rencontrer Stamford lui-même qui leur fournira des enfants à prix réduits ou gratuits.

Ces faits ont amené les parties civiles à considérer l'éditeur responsable de Spartacus comme l'organisateur d'un réseau international de proxénétisme d'enfants. Les avocats se réfèrent à la loi de 1914 sur la traite des blanches qui permet de poursuivre en Belgique, sans plainte de l'autorité étrangère, des Belges et des étrangers coupables de faits de moeurs et d'incitation à la prostitution.

L'URGENCE D'UNE LÉGISLATION

Il s'agissait à l'époque de sanctionner l'exploitation sexuelle de femmes et d'enfants «amenés» au proxénète. Aujourd'hui, ce sont les pédophiles qui se déplacent vers leurs victimes, mais les faits reprochés sont les mêmes, soutiennent les parties civiles. Le procureur du Roi maintient cependant son point de vue: Stamford est un étranger qui a commis des infractions à l'étranger. Dans l'état actuel de la législation, dit-il, on ne peut le poursuivre que sur base de ce qu'il a commis en Belgique, des écrits contraires aux bonnes moeurs.

Ce débat montre en tout cas l'urgence d'adopter la proposition de loi Vande Lanotte qui réprime très sévèrement la traite des êtres humains. Cette proposition de loi devrait cependant être amendée de manière à préciser que les poursuites visent aussi les éléments d'infractions commis à l'étranger.

L'ambiguïté risque de profiter à John Stamford qui est pourtant un personnage clé dans la diffusion du tourisme sexuel. Marie-France Botte explique que le guide «Spartacus» et la revue «Paedo Alert News» («PAN») sont visibles dans la plupart des hôtels de Thaïlande qui mettent des enfants à la disposition de leurs clients.

Dans un de ces établissements, recommandé par le guide «Spartacus», une équipe de la RTBF a pu «se procurer» sans problèmes un petit garçon de dix ans. On peut même acheter des enfants pour quelques centaines de dollars. Plus grave encore: dans un P.-V. rédigé par un officier de la P.J. qui a instruit l'affaire Stamford, on trouve le témoignage d'un Britannique accusant Stamford d'avoir réalisé un film vidéo où un enfant philippin est torturé et mis à mort. Son cadavre aurait été enterré sous une maison en construction...

Lors de son interrogatoire, Stamford s'en était pris au «colonialisme moral» des Occidentaux qui imposeraient leurs préjugés en matière de sexualité.

- C'est lui le premier colonisateur, rétorque Me Flame. Il envoie dans des pays pauvres des pédophiles occidentaux qui, pour quelques dollars, échappent à la prison dans leurs pays en violant des enfants.

Dans toutes les sociétés, le viol d'enfant est sanctionné, conclut l'avocat, qui s'indigne du fait que le nom de Spartacus, libérateur des esclaves et premier révolutionnaire au monde, ait été utilisé pour qualifier un réseau qui traite les enfants en esclaves.

MARTINE VANDEMEULEBROUCKE