Bouches décousues, les enfants parlent

CHARLEROI Le théâtre comme outil pédagogique Bouches décousues, les enfants parlent Sophie et Julien, deux gosses qui jouent... en toute innocence?

Sophie évoque quand même les trucs bizarres que font parfois les grandes personnes aux enfants; Julien a l'air gêné.

Arrive un monsieur, normal aussi, qui veut donner des bonbons.

Faut-il les prendre? «Bouches décousues», dont Sophie et Julien sont les héros, est une pièce de théatre créée il y a une douzaine d'années au Canada par Jasmine Dubé, une dramaturge québécoise.

Le sujet, les abus sexuels envers les enfants, y est traité avec délicatesse; avec humour aussi puisque la pièce s'adresse justement à ces mômes qui ont besoin de messages clairs, en prise avec leur propre langage et leurs références.

La pièce, montée à Bruxelles par le Théatre de Poche, a séduit les promoteurs de la cellule Corps, Respect, Santé de la ville de Charleroi, qui, depuis bientôt dix ans, développe dans les écoles de l'entité de Charleroi, le programme Sancorres, comme santé, corps, respect, sécurité.

Les animateurs de Sancorres sont les pèlerins d'une forme de prévention qui a aujourd'hui pris une importance capitale.

En dix séances d'animation, ils apprennent aux enfants à décoder certains comportements suspects et surtout à briser le mur du silence lorsqu'ils ont été victimes d'abus.

Depuis 1989, 275 classes ont bénéficié de cette animation-formation.

Les résultats sont patents, plusieurs pédophiles ou parents incestueux poursuivis devant les tribunaux carolos depuis 1989 à la suite de révélations faites par des enfants qui avaient suivi le programme en attestent.

Lundi, mardi et mercredi, plus de 1.400 élèves de 3 e, 4 e et 5eprimaire des écoles communales de l'entité, mais également quelques classes du libre, ont pu assister à une représentation de «Bouches décousues», données au centre Temps choisi, à Gilly, à l'initiative de Corps Santé Respect.

Une immense majorité d'enseignants a en effet répondu avec enthousiasme à l'initiative, au plus grand bénéfice des enfants dont la pièce peut à loisir nourrir la réflexion et susciter les réflexes salutaires dans les situations à risques.

Comme le souligne Nicole Lefief, qui dirige la cellule, les enfants qui ont suivi Sancorres sont beaucoup plus actifs que les autres; pendant le spectacle, ils réagissent très vite et s'expriment, les autres sont plus timorés, moins sûrs d'eux. Le théatre de Poche n'a qu'à se féliciter de son initiative: le théatre pour enfants n'est pas son créneau de prédilection, mais l'aspect sociétal de la pièce a convaincu son directeur qui a décidé de la monter.

Le succès fut vite au rendez-vous: la pièce tourne depuis deux saisons, a déjà été montrée à près de 30.000 enfants et survivra encore au moins une troisième, succès oblige. F.

M.