ConcertsLes archets Capuçon La complicité des frères amis

ConcertsLes archets Capuçon

La complicité des frères amisCRITIQUE

XAVIER FLAMENT

Les frères Capuçon poursuivent leur offensive de chame (1). Jeudi, aux Beaux-Arts de Bruxelles, la poésie était omniprésente dans la subtile complicité tissée entre les archets des deux jeunes Français, sans pour autant qu'ils renoncent à leur personnalité propre.

Quand Renaud enflamme son Stradivarius, Gautier le violoncelliste se laisse aller à sa rêverie intérieure. Pas de tiraillement entre eux. Au contraire, leur dissymétrie correspond parfaitement à la nature même de leur instrument: virtuose, soliste et flamboyante pour le violon; chambriste, intérieure et presque maternelle dans sa rondeur sonore pour le violoncelle.

Loin de s'entrechoquer, ces deux visions se nourrissent l'une l'autre, d'autant que ces deux-là se connaissent comme leur poche et d'un coup d'oeil anticipent l'intention de l'autre, la conduite d'un phrasé, la moindre variation d'une couleur.

L'émotion ne tarde pas à germer. Derrière l'abattage du violoniste (au prix parfois d'un zeste de précipitation et d'une perte de justesse), le plus jeune des frères dévoile la richesse de son monde intérieur avec un subtil mélange de légèreté et de profondeur, un sens «inné» du phrasé capable de rendre à Brahms l'intensité dramatique de son concerto.

Peut-être l'alchimie avec l'Orchestre philharmonique de Liège marche-t-elle moins qu'entre les deux solistes, et le Finlandais Petri Sakari d'opposer à leur liberté de mouvement une vision un peu trop carrée, un léger statisme de la masse orchestrale.

Mais il s'agit là de deux conceptions qui s'affrontent plutôt que d'une déficience de l'OPL. L'orchestre fit montre au contraire de ses plus beaux atours dans «Shadows» , le prélude pour orchestre d'Aulis Sallinen, et surtout dans la «2e symphonie», de Jean Sibelius.

Ce qui pouvait apparaître un peu monolithique dans le Brahms, se révèle être ici le signe d'une pensée puissamment charpentée qui livre de la symphonie une lecture parfaitement claire et maîtrisée, sans renoncer à la beauté de ses timbres ni à son lyrisme dramatique.·

(1) Les Capuçon, Petri Sakari et l'OPL: samedi 9, à 15 heures, à la Salle philharmonique de Liège (04-220.00.00). Renaud Capuçon et Frank Braley: lundi 11, à 20 heures, au Conservatoire de Bruxelles (02-507.82.00).