Des mines belges dorment en Libye

Une fois amorcée, la mine anti-personnelle PRB-NR-442 va bondir à près d’un mètre de hauteur avant d’exploser. Une pression ou une rotation exercée sur une des antennes de l’allumeur suffit à provoquer son fonctionnement. La mine anti-tank PRB-M3 est en plastique, ce qui la rend difficilement détectable. Son amorce est si sensible que le poids d’un petit enfant suffit à la déclencher. Elle contient environ 7 kilos d’explosif. Ces mines ont des points en commun : elles sont belges, et elles ont été trouvées en Libye.

Dans le conflit qui oppose depuis maintenant cinq mois les forces rebelles à celles du colonel Mouammar Kadhafi, chaque camp accuse l’autre d’utiliser les armes du lâche par excellence, celles qui frappent sans discrimination le militaire comme le civil : les mines. Celles qui dorment sous le sable libyen ont été placées sans marquage et vont rester longtemps les épées de Damoclès des innocents. Ainsi par exemple, Human Rights Watch atteste de l’utilisation par le régime du colonel Kadhafi de nombreuses mines brésiliennes et chinoises dans plusieurs régions du pays.

Pour ce qui est des mines belges, des dizaines de milliers de PRB-M3 sont stockées dans les dépôts de Benghazi, la place forte rebelle dans l’est de la Libye, selon un rapport de l’ONG. Human Rights Watch a aussi constaté la présence de mines PRB-NR-442 dans des dépôts d’Ajdabiya, sous contrôle des rebelles libyens. Pour l’instant, aucune information ne permet de croire que ce dernier type ait été utilisé sur le terrain.

La vente a eu lieu dans les années 70 ou 80

Plusieurs problèmes se présentent dans le cas présent : tout d’abord, la Libye n’est pas signataire du traité d’Ottawa, qui non seulement interdit l’utilisation de mines anti-personnelles mais oblige également les États qui y souscrivent à toute une série de mesures contraignantes. Ensuite, la fabrication et la vente de ces mines ont été probablement effectuées dans les années 1970 ou 1980, soit bien avant de l’entrée en vigueur du traité. Enfin, la PRB-M3 est une mine anti-tank, elle ne tombe donc pas sous le coup du traité, bien qu’elle soit si sensible qu’elle serve aussi de mine anti- personnelle.

À la mi-avril, Stuart Hughes, ce journaliste amputé de la BBC, était témoin de l’utilisation de mines par les rebelles, près de la ville d’Ajdabiya. Sur les images, on peut identifier la PRB-M3, cette mine qui, comme la NR-442 et bien d’autres modèles, était produite dans notre pays par les Poudreries

Réunies de Belgique (PRB), jusqu’à la faillite, en 1990, pour alimenter les guerres du monde.

Les rebelles, qui avaient auparavant promis de ne pas utiliser les mines trouvées dans les dépôts tombés sous leur contrôle, n’ont donc pas tenu leur engagement. Car le Conseil national de transition libyen avait promis, le 28 avril, de ne plus recourir à l’usage de mines et de détruire toutes celles qui remplissent ses stocks. « Nous pensons que le futur gouvernement libyen devrait rejeter l’usage des mines et adhérer au Traité de 2007 [Traité d’Ottawa, DS] », ajoute le serment officiel.

Pour l’instant, rien ne permet de penser que les forces rebelles, à la hiérarchie floue, pourront contraindre leurs hommes à honorer la parole de leurs chefs. En outre, rien ne permet d’avancer que d’autres champs de mines, placés par les rebelles, n’attendent pas un pied distrait. Sans l’attention portée sur eux par les images de la BBC, les rebelles se seraient-ils décidés d’eux-mêmes à ne plus utiliser cette arme terrible ? Rien n’est moins sûr.

Le 19 juillet, au journal de 13h de la RTBF, le colonel rebelle Ahmed Bosibable, déclarait avoir été « surpris par le nombre de champs de mines » entourant la ville de Brega, que les deux camps prétendent contrôler. Il ajoutait « avoir trouvé des mines belges faites en plastique ». Les déclarations de M. Bosibable n’ont pas pu être vérifiées car la zone de combat qui entoure Brega n’est pas accessible aux journalistes. Le porte-parole des forces rebelles, Ahmad al Banni, a déclaré le 23 juillet que « les journalistes qui essaieraient d’entrer à Brega seraient considérés comme des criminels compromettant les forces rebelles et menaçant la sécurité des opérations. »

Des mines belges à Brega ?

Rien ne permet donc, pour l’instant, d’affirmer qu’il y a bien des mines belges à Brega. Genoux au sol, mains dans la terre, les rebelles neutralisent les mines d’origines brésiliennes (pour les anti-personnelles) et chinoises (pour les anti-tanks) que l’armée de Kadhafi utilise en masse. Pour ce qui est des mines belges, il semblerait qu’elles n’aient pas été trouvées ailleurs qu’à Bengazhi et Ajdabiya. Mais il se pourrait qu’elles apparaissent ailleurs très bientôt puisque, d’après nos sources, le Conseil National de Transition a transféré des PRB de stocks tombés sous son contrôle dans l’est vers les combattants qui tiennent la ville de Misrata, dans l’ouest, sur des bateaux de contrebande. Que ces combattants y utilisent ou non les mines qui proviennent de notre pays demeure une question ouverte.