LA PLUS GRANDE DISCOTHEQUE DE BRUXELLES,QUAI DES PENICHES LES GAY LURONS DE L"EMPIRE" DES SENS

La plus grande discothèque de Bruxelles, quai des Péniches

Les gay lurons de l'«Empire» des sens

La plus grande discothèque de Bruxelles, l'Empire, est bisexuelle. Hétéro en semaine, elle s'injecte massivement des hormones mâles le week-end. Cette bizarrerie lui a valu le rare privilège d'être inaugurée deux fois en quelques jours...

La première fois, c'était jeudi: une soirée (ou plutôt une nuit) où la jeunesse dorée bruxelloise (hétéro-BCBG-branchée) a découvert sur invitation la dernière salle à la mode. L'autre, c'était dans la nuit de dimanche à lundi. Le quai des Péniches a été le théâtre du plus vaste embrasement homosexuel jamais déclenché dans une discothèque belge!

Jeudi, 22 heures. Les rayons laser balayent la pleine lune par-delà le canal. Ils se fracassent contre les murs des entrepôts déserts et éclatent en bulles blanches et dansantes. Une sono à peine étouffée hurle des entrailles de l'Empire, dont les lettres géantes s'affichent sur la façade.

LA ROLLS DES DISCOTHÈQUES

Marie et Hischam pénètrent dans le nouveau temple bruxellois. Comme des centaines d'autres, ils vont à la découverte de la Rolls des discothèques de la capitale. Une Rolls saturée de watts et de lumière et dont le tableau de bord affiche une capacité de 1.800 personnes.

C'est le hasard du marketing qui a choisi Marie et Hischam pour vivre la première nuit d'une longue série. Un terminal IBM a sûrement craché leurs noms, âges et adresses. Les invitations ont suivi. Pour Hischam, c'est certainement une erreur... Mais l'ordinateur a bien ciblé malgré tout. Ils ont 18 ans et fréquentent assidûment les boîtes. Une clientèle à fixer.

Hischam émerge enfin du service d'ordre et plonge dans l'arène. La salle s'échauffe petit à petit. L'ivresse rend la sueur inodore et la chaleur moite plus supportable. La musique acide martèle. Hischam apprécie. Il sirote son whisky-coca en connaisseur, puis hoche la tête: Cette boîte, ça va sûrement marcher au début. Après, on verra. C'est une boîte sûre. Y a un bon service d'ordre. La musique est bonne.

Il n'est pas seul à le penser. On sent une présence discrète et efficace qui décourage les casseurs. «Safe dance». Dehors, c'est la même chose. Sept hommes et quelques chiens montent la garde.

Même lieu, trois lunes plus tard. Les gays ne dorment pas la nuit. Il est deux heures du mat et l'Empire des sens a des gonades mâles.

Le défilé est permanent: moustaches à la Tom Selleck, petits fessiers serrés et moulés dans le cuir, cheveux gominés, plus quelques excentricités. Pas de complexe, chez les homos. La théorie veut que, comme il n'a pas la charge d'une famille, le gay se dépense sans compter à s'amuser.

L'URNE À PRÉSERVATIFS

A l'entrée, une urne est bourrée de préservatifs. Sur le comptoir, quelques revues homosexuelles. Au coeur de la piste de danse, les marches d'un podium. Les éphèbes, au sommet, se contorsionnent. Ils ont été sélectionnés parmi les meilleurs danseurs de Bruxelles. Ambiance folle et bain de sueur. De chaque côté, des cages où sont enfermés d'autres danseurs, qui se collent aux barreaux. Les faisceaux verts lacèrent les corps. Aux manettes, D.J. David lance sa musique du diable. Le disc-jockey ne jure déjà plus que par l'Empire.

Cette boîte, c'est un véritable défi, explique Philippe Argillier qui a obtenu les dimanches gay de Jean-Claude Frenay, le patron de la boîte. «Prop» sur lui, Philippe Argillier. Il respire le fric. Il vient de la région de Nice.

La Belgique est toujours un pays coincé. L'homosexualité est tabou. Nous voulons favoriser l'intégration des homosexuels. Cette boîte, c'est la plus grande d'Europe. Il est facile de s'y perdre sans attirer les regards. Il y a beaucoup de «closed cases»: des hétérosexuels qui aimeraient bien tenter une expérience homo mais qui n'osent pas à cause de la pression sociale. Dans une boîte comme l'Empire, ils pourront se libérer.

Nous sommes des gens sérieux, précise Philippe Argillier. Il n'y aura pas de «black rooms» ici. Mais nous allons travailler avec Info-Sida. Cette boîte, c'est un événement en Europe. Notre clientèle vient de France, de Hollande, d'Allemagne ou d'Angleterre. Nous oeuvrons à l'intégration de l'homosexualité dans la société belge!

FRANÇOIS ROBERT