Le déni de grossesse, une jeune pathologie

Le déni de grossesse se définit comme le fait, pour une femme enceinte, de ne pas avoir conscience de l’être. Faute de conscience, les manifestations physiques et physiologiques de la grossesse sont inexistantes ou limitées. Aussi, la femme victime d’un déni de grossesse fait sa vie « comme si de rien n’était » : elle travaille, fait du sport, s’accorde des loisirs…

Elle interprète l’absence de menstruations comme un fait lié à un stress important ou d’autres événements de la vie. Dans certains cas, des saignements vaginaux (dus notamment à la prise d’un contraceptif) ont lieu à fréquence régulière, lui donnant ainsi le sentiment d’un déroulement habituel de ses cycles menstruels.

Son ventre ne grossit pas ou peu, si bien que ni la femme ni l’entourage ne sont en mesure de détecter la grossesse. Les dernières semaines avant l’accouchement, soit là où son ventre est susceptible d’être le plus rond, la femme l’interprète par une mauvaise alimentation ou un manque d’activité sportive.

Le déni de grossesse peut être « partiel ». Dans ce cas, la femme enceinte prend conscience avant l’accouchement de sa grossesse. Cette prise de conscience se fait souvent après une visite médicale pour des douleurs abdominales ou une absence persistante de menstruations. Le diagnostic de grossesse est évoqué par le praticien qui complète son examen par une échographie. Et la femme prend conscience qu’elle est enceinte.

Mais le déni de grossesse peut, également, être « massif » ou total. Il s’étend alors jusqu’à l’accouchement, voire au-delà. La levée du déni est, dans ce cas, brutale : elle se fait au moment même de la mise au monde de l’enfant, souvent par surprise, à la maison ou sur le lieu de travail. La brutalité et la surprise de l’événement mettent la femme dans un état de stress aigu pouvant engendrer des pulsions de mort (jusqu’à commettre un infanticide) et/ou a posteriori une amnésie totale quant à l’existence de l’accouchement. Une issue souvent morbide qui a contribué à placer le déni de grossesse au cœur de tribunaux d’assises, et des pages « faits divers » des journaux.

Aussi, si le phénomène remonte à l’aube de la construction de la société occidentale (avec ses principes tels la honte de vivre une grossesse hors mariage), il est reconnu, depuis les années 1970, comme une pathologie.