MEFIEZ-VOUS DE LA TELEVISION

GRILLES SUR LE GRIL

Méfiez-vous de la télévision

Il ne faut pas aimer la belote, Marcel Proust ou le marchand de sable pour préférer, certains soirs, la partie de carte, la lecture ou le sommeil à la télévision. Ses programmes atteignent parfois un tel niveau de médiocrité que la force qui nous pousse à rester cloué devant le petit écran apparaît comme démoniaque. Tout n'est pas à condamner. Mais à côté de «Faits divers» (RTBF), d'«Envoyé spécial» (France 2) ou du «Fil des Jours» (RTBF), qu'est-ce que l'honnête citoyen encaisse comme stupidité...

En la matière, TF 1 excelle. Le «Méfiez-vous des blondes», proposé jeudi, constitue un sommet en la matière. Animée par Amanda Lear dont on se demande si le bassin n'est pas atteint de la maladie de Parkinson, cette émission est une escroquerie.

Elle se targue d'inviter l'une ou l'autre personnalité de la vie publique française. Mais la présence de Pierre Perret face à la madonne des relais d'autoroute était aussi justifiée que celle d'une petite culotte dans un camp de naturistes. Et l'alibi du zizi, prétexte prévisible à un quiproquo initial, était tellement léger que l'association des cafés du commerce se demande encore comment cette idée géniale a mis autant de temps à sortir des cartons.

Le sourire fripon de l'ami Pierrot a beau être un vibrant appel à la sympathie, le téléspectateur hurle au secours en voyant l'auteur de «Lili» ramer tel un naufragé solitaire dans un océan de mauvais goût.

Car, revenons-y, tel est bien le problème d'une émission qui, à moins d'une monumentale erreur de notre part, prétend véhiculer une charge non négligeable d'érotisme. Le sujet exige d'être traité avec nuance, non pour respecter les frontières de la bienséance, mais pour lui conserver la valeur qu'il possède et mérite. Au lieu de cela, voilà Amanda et ses acolytes qui sombrent dans le grossier, le grotesque, voire même l'ignoble. De la symbolique de la banane à l'usage de la mousse de bain en passant par l'élasticité du préservatif, ils donnent à voir ce que les baptêmes d'étudiants les plus foireux ont renoncé à exploiter depuis belle lurette. S'il faut craindre ces blondes-là, c'est que, sans doute, elles ne volent pas plus haut que le niveau d'une ceinture sous laquelle, en dépit de jeunes filles en guêpière ou de vulgaires mâles bien musclés, elles ne suscitent aucune turbulence.

Fondamentalement, leur objectif n'est pas là. Etre d'une quelconque utilité pour un voyageur esseulé dans un hôtel d'une petite ville de province, constituer un incitant psychologique pour un couple en proie à une évidente frilosité n'est pas la mission prioritaire d'un «talk-show» dont l'indécence est l'hypocrisie. N'existe-t-elle pas uniquement pour diffuser à haute dose des messages publicitaires, à visage découvert lors de ses nombreuses pauses, malhabilement déguisés lorsqu'il s'agir de vendre les mérites de «9 semaines 1/2» sorti en cassette vidéo? Dans ce contexte, TF 1 pourrait peut-être faire des économies en imaginant une heure de pubs où la promotion du gel de douche, des sous-vêtements, de parfums, des crèmes épilatoires ou d'eaux minérales permettrait aussi celle d'une foreuse ou du potage en sachets. Le corps d'une mangeuse de yaourt au biofidus actif sera toujours plus exaltant qu'un gros plan sur Amanda Lear. Car si celle-ci innove en présentant un nouveau type de télé-shopping, elle se trompe surtout de vitrine.

Méfiez-vous de la télévision. En quête de douces sensations, préférez-lui certaines parties de poker, «Les petites marchandes de plaisir» de Jacques Cellar (chez Presses Pocket) ou l'étrangeté de certains rêves. Et si vous attendez que le petit écran provoque en vous une étincelle, tentez de revoir «Viva». Sur TV 5, cette émission, venue de Suisse romande évoquait, jeudi soir, les relations pouvant exister entre un artiste et son modèle. Et du trouble naît l'érotisme, le vrai...

BRUNO DEBLANDER