Accueil

Marie Arena ne peut plus se taire Voici les vrais chiffres... Arena rendra des comptes au parlement « On a assez polémiqué » L'étoile filante controversée Hasquin : « J'ai quitté un cabinet impeccable » Ce qu'en dit l'archiscénographe REPÈRES L'avis de l'Inspection des finances a été demandé

Temps de lecture: 12 min

Marie Arena ne peut plus se taire

* La polémique n'est pas éteinte sur les frais de rénovation du cabinet de la ministre-présidente de la Communauté française. L'opposition Ecolo et MR réclame la « vérité ».

PIERRE BOUILLON

Marie Arena (PS) a coupé le son. La ministre-présidente de la Communauté française ne veut plus intervenir dans la polémique sur la rénovation de son cabinet - le 4e étage du bâtiment de la place Surlet de Chokier à Bruxelles. Mais faire le gros dos n'y fait rien. La polémique enfle et l'opposition s'en mêle.

Arena a-t-elle eu la main lourde en payant 275.000 euros (voir ci-contre le détail des frais) pour rafraîchir et équiper le cabinet que lui laissait en juillet celui qui la précédait à la présidence de l'exécutif ? L'intéressé, Hervé Hasquin (MR), jure avoir laissé des bureaux propres et équipés. Le cabinet Arena dit l'inverse.

Autre parade d'Arena : les frais engagés ont été pompés dans un budget de fonctionnement sur le montant duquel la ministre n'a pas prise. Il est calculé selon des règles créées par d'autres et bien avant son entrée en fonction. Et selon ces règles, un ministre dispose d'un budget correspondant à son nombre de collaborateurs x 53.000 euros. C'est un fait : la dépense en cause ne dépasse pas ce budget (Marie Arena disposant d'environ 120 collaborateurs). Ceci posé, le malaise tient moins à la dépense qu'à la manière avec laquelle la ministre a tenté de maquiller les faits - assurant, de façon répétée, que les frais portaient non pas sur l'aménagement de son cabinet mais sur l'immeuble qui l'abrite.

En tout état de cause, Arena va devoir parler. L'opposition va l'interpeller mardi, au parlement, et elle devra répondre le lendemain. Marcel Cheron (Ecolo) justifie son projet d'interpellation par le caractère changeant, contradictoire et non vérifiable, même par les parlementaires, des chiffres et explications avancées par la ministre. Françoise Bertieaux (MR) dit « vouloir la vérité ». L'essentiel des frais a bien servi à rénover le 4e étage. Quand il pleut dans certaines écoles, c'est indécent.·

Editorial page 2

Dossier page 4

Voici les vrais chiffres...

Aménagement du cabinet. Selon les documents en notre possession, l'aménagement du sol, au cabinet occupé par la ministre-présidente Marie Arena, a coûté 64.670 euros. Travaux de peinture : 47.664 euros. Travaux de menuiserie : 39.229 euros. Aménagements mobiliers incorporés : 41.256 euros. Installation d'une douche : 6.337 euros.

Mobilier. A ces travaux d'aménagement, de réfection, s'ajoute l'achat de mobilier. De ce que l'on sait, le coût du bureau de la ministre est de 4.180 euros. Le bureau du secrétaire de cabinet : 3.197 euros. La table du conseil des ministres : 10.050 euros. Les sièges pour la salle de réunion : 11.800 euros (29 pièces). Armoires : 4.760 euros. Trois bureaux : 2.841 euros. Fauteuils (4 pièces) : 8.100 euros. Dix sièges : 15.660 euros.·

P.Bn.

Arena rendra des comptes au parlement

* La polémique est lancée sur la rénovation du cabinet Arena. La ministre se fera interpeller mardi prochain au parlement. Ecolo et MR veulent la « vérité ».

PIERRE BOUILLON

Marie Arena a coupé le son, jeudi, dans l'espoir de calmer le jeu. C'est sans doute trop tard. La polémique est bel et bien ouverte sur le coût exact de la rénovation de son cabinet.

Une polémique ouverte vendredi dernier par le groupe Sud Presse, signalant que la ministre-présidente en charge de l'Education avait engagé un montant de 300.000 euros pour la remise en état de son cabinet - sis au 4e étage de l'immeuble de la place Surlet de Chokier, à Bruxelles.

Parade de la ministre : ce montant a servi à la réfection de l'ensemble du bâtiment (lire par ailleurs). Il est établi que c'est inexact et que l'essentiel de la somme a servi au 4e étage (« Le Soir » de jeudi).

Arena a coupé le son, donc, refusant toute nouvelle interview sur le sujet. Mais son répit sera court. La ministre sera interpellée, la semaine prochaine, au parlement de la Communauté française, par Françoise Bertieaux et Marcel Cheron, respectivement chefs des groupes MR et Ecolo.

Le chiffre relatif à la rénovation du cabinet Arena (300.000 euros dont 275.000 pour le 4e étage) peut être mis en relation avec ce que les cinq autres ministres de l'exécutif ont investi pour rafraîchir les cabinets qu'ils sont venus occuper en juillet lors de leur entrée en fonction. Claude Eerdekens (Sports, PS) a investi 52.000 euros. Catherine Fonck (CDH, Santé et Enfance) : 76.000. Michel Daerden (PS, Budget) : 40.000. Fadila Lalaan (PS, Culture) : 18.000. Marie-Dominique Simonet (CDH, enseignement supérieur) : 27.000. Bémol - et il n'est pas servi pour la forme : le bâtiment qu'occupe Arena est une propriété de la Communauté et entraîne des travaux d'entretien, de valorisation ou de revalorisation que n'implique pas un bâtiment loué. Et, à part Eerdekens, qui occupe un étage du Chokier, tous les ministres louent. Cela posé, que couvrent ces montants ? A quoi servent-ils ? Interrogé là-dessus, le cabinet Simonet ouvre ses livres : il a fallu, en juillet, acheter des fax, un frigo, élever des cloisons par-ci par-là, poser une nouvelle moquette à l'étage ministériel et aménager un coin-douche.

A noter que Françoise Bertieaux, mardi prochain, au parlement, chargera aussi sur le coût global du fonctionnement des cabinets de la Communauté. Le chiffre est connu : il est de 20,233 millions d'euros. Cette somme, inscrite au budget 2005, couvre le fonctionnement des six cabinets ministériels (traitements des agents, matériel, voitures, etc.) - tout, en fait, sauf le salaire des ministres. Par rapport à 2004, ce budget est inférieur de 2,48 % (3,9 % si l'on tient compte de l'indexation). Mais pour Bertieaux, cette réduction ne suffit pas dans la mesure où le budget 2005 porte sur un exécutif (Arena) de six personnes alors que le budget 2004 date d'une époque où l'exécutif (Hasquin) en comptait encore huit.·

« On a assez polémiqué »

Une semaine de rebondissements et de déclarations aujourd'hui contredites. Rétroactes.

Vendredi. Les journaux du groupe Sud Presse publient l'information selon laquelle Marie Arena aurait investi 300.000 euros dans la rénovation de son cabinet - le 4e étage de l'immeuble de la place Surlet de Chokier, à Bruxelles. Le soir, la ministre-présidente déclare au JT de la RTBF : Le chiffre de 300.000 euros peut sembler important. Il concerne un bâtiment de 11.000 m2.

Samedi. Dans les journaux du groupe Sud Presse, Marie Arena obtient la publication d'une mise au point. Je comprends (...) que l'importance des montants puisse étonner au premier abord. (...). Si on compare ce bâtiment de 11.000 m2 à une maison unifamiliale d'une valeur de 100.000 euros, les travaux entrepris représentent un investissement annuel de 1.500 euros. Dans ses éditions du week-end, « Le Soir » confirme que le montant de 300.000 euros était destiné au seul 4e étage.

Mardi. Sur la Première, interpellée par une auditrice, Marie Arena déclare : Une précision : la dépense, qui peut sembler beaucoup, est une dépense de 300.000 euros pour un bâtiment de 11.000 m2. Il y a un bâtiment place Surlet de Chokier qui est un patrimoine bâti il y a 15 ans et qui a besoin d'un rafraîchissement, et ce rafraîchissement est de l'ordre de 300.000 euros. C'est aussi un choix personnel. J'ai beaucoup moins de frais en ce qui me concerne... Je n'ai pas de grosse voiture. Je n'investis pas dans des notes de restaurant. Cela me permet d'investir dans les locaux de la Communauté française.

Mercredi. A son JT de 19 h 30, la RTBF confronte les propos de Marie Arena (300.000 euros pour 11.000 m2, donc) à des documents de l'administration qui établissent que le budget investi (en réalité : 275.000 euros) a servi à la réfection du seul 4e étage.

Jeudi. Le cabinet Arena fait savoir que la ministre ne souhaite plus s'exprimer sur le sujet. « On a assez polémiqué. »·

P.Bn.

L'étoile filante controversée PORTRAIT

HUGUES DANZE

C'est l'histoire d'une jeune femme de 38 ans, fille d'immigrés italiens, qui réussit une ascension fulgurante en politique belge. Ça vous rappelle évidemment quelqu'un. Marie Arena serait-elle le clone au féminin d'Elio Di Rupo, le président du PS ?

C'est ce que prétendent ses adversaires. Qui sont plutôt à chercher du côté des socialistes que dans les autres partis. Elle est pendue par le haut sans être soutenue par la base, nous explique ce militant, faisant référence à son parachutage (elle n'était pas élue), imaginé par Di Rupo, au gouvernement wallon en tant que ministre de l'Emploi et de la Formation en 2000.

En trois ans à Namur (elle sera nommée ministre de la Fonction publique et de l'Intégration sociale au fédéral en 2003), elle se fait remarquer par ses qualités de technicienne et par son volume de travail. Arena est une bûcheuse. Une femme de convictions. Fortes. Ce qui provoque parfois des accès de colère injustifiés souvent tournés vers ses collaborateurs. Elle est cassante, nous dit cet ancien collègue de l'arc-en-ciel wallon. Parce qu'elle est exigeante, nous dit cet autre.

Une certitude : cette Méditerranéenne a du caractère. Comme ce chocolat noir qu'elle dévore quotidiennement avec gourmandise. Du charme aussi. Beaucoup : du genre large sourire sur dents blanches qui fait fondre. Elle joue beaucoup sur cette image, analyse cet élu. Mais pour prendre à bras-le-corps le dossier de la réforme de l'enseignement, il faut plus de carrure. Un charme dont certains se méfient : Elle peut vous tuer en vous souriant.

Mais Marie Arena est plus complexe que cela. Ceux qui la connaissent la disent volontiers angoissée. Comme si elle avait toujours quelque chose à prouver. Ce qui explique, en partie, sa boulimie. Lorsqu'elle quitte son bureau, c'est pour s'immerger dans le monde culturel. Une bulle d'air, une respiration. Concerts (elle est fan de la nouvelle scène belge, d'Ozark Henry à Girls in Hawaï), expositions, Arena est partout. Mais cette femme surmédiatisée, surexposée, parle peu d'elle. Elle est mystérieuse, difficile à cerner. Enfant trop gâtée par la vie ? Pour de nombreux militants et pour certains au sein de sa fédération à Thuin, c'est une créature.

Une étoile filante qui n'a plus sur sa route que Laurette Onkelinx, fait remarquer cet élu MR. Une ministre très controversée en tout cas qui, au sein d'un parti resté archaïque sous certains aspects, est sans doute montée trop vite au firmament politique pour ne pas se brûler les ailes.·

Hasquin : « J'ai quitté un cabinet impeccable » ENTRETIEN

MICHELLE LAMENSCH

Hervé Hasquin est le prédécesseur (MR) de Marie Arena (PS) à la Communauté française. Ministre-président, de 1999 à 2004, il avait ses quartiers au 4e étage, place Surlet de Chokier. Il est aujourd'hui dans l'opposition.

Dans quel état avez-vous laissé votre bureau lors de votre départ ?

Dans un état impeccable. Tous mes visiteurs le trouvaient remarquable. Les meubles, d'un design italien, avaient été choisis par Elio Di Rupo (ministre de la Communauté entre 1992 et 1994 et premier occupant des lieux, NDLR). Laurette Onkelinx en a ensuite profité et puis moi-même. C'était un splendide bureau qui était en parfait état lors de mon départ.

Marie Arena a évoqué la nécessité de rénovations lourdes, à son arrivée.

L'état du cabinet ne le nécessitait pas. Une anecdote. Au printemps 2004, pour la formation du gouvernement actuel, le président du PS, Elio Di Rupo, était venu négocier dans ces bureaux. Il en avait été le premier occupant. Et je me souviens l'avoir entendu dire, à ce moment-là, qu'il retrouvait ce beau bureau avec plaisir...

Aviez-vous fait procéder à des rénovations, entre 1999 et 2004 ?

Ces bâtiments sont entretenus en permanence par l'administration. Moi-même, j'ai fait faire des travaux de peinture, il y a deux ou trois ans. Tous les couloirs avaient été entièrement repeints, ainsi que quelques locaux qui devaient l'être. Toute la téléphonie a été refaite. Nous avions aussi programmé, sur deux ou trois ans, le renouvellement complet de toute l'informatique, devenue obsolète. Dans l'ensemble du bâtiment plusieurs salles avaient été réaménagées, décloisonnées, recloisonnées, repeintes selon le goût des ministres occupant le bâtiment.

La table du conseil des ministres, que Marie Arena a souhaité remplacer ?...

Elle avait été rachetée, à l'automne 2003, à la demande de deux ministres socialistes jugeant qu'on se trouvait un peu à l'étroit. Ce qui était exact. Elle nous avait coûté 250.000 FB. Une table superbe.

La note rédigée, le 3 décembre 2004, par Olivier Bontems, du Service d'appui aux cabinets ministériels...

Une note rédigée sur ordre !

La note indique qu'aucun budget spécifique n'était prévu pour la rénovation des cabinets ministériels, avant 2003.

J'ai eu M. Bontems, vendredi 3 décembre, au téléphone. Il a été convoqué manu militari à 7 h 30. Il a été menacé d'être foutu à la porte. On a exigé de lui qu'il écrive une lettre expliquant qu'un certain nombre de travaux seraient accomplis dans l'immeuble. Mais ces travaux n 'avaient rien à voir avec le bureau de Mme Arena. M. Bontems estimait qu'on pouvait, sur 4 ou 5 ans, remplacer les moquettes, par exemple. En soi, cela n'a rien d'extravagant. Le pauvre, il jouait sa tête ! Sa note est donc une note de circonstance.·

Ce qu'en dit l'archiscénographe

Archiscénographe. Néologisme belge inventé dans les années 90 par Filip Roland, architecte de formation, Bruxellois de naissance (en 1954), installé à Namur depuis 1975. Il est, croit-il, le seul à porter ce titre dans la profession. Un mot curieux, qui étonne, fait sourire parfois. Ce qui le rassure : C'est un peu de l'humour, confesse-t-il.

Car si Filip Roland prend son métier très au sérieux, il évite d'avoir la grosse tête. On dira qu'il est plus artisan qu'artiste. A qui l'on doit notamment la magnifique rénovation du Musée Rops à Namur : 5 ans de ma vie.

Ce qu'il aime, ce sont les espaces. Vides, pour y créer son propre dialogue, donner du sens. Scénographier, donc. Tous les projets que j'entame sont personnalisés. Je mets en scène l'envie, le rêve des gens.

Lorsqu'on lui a proposé le chantier du cabinet de Marie Arena à la Communauté française (il avait déjà travaillé pour la ministre lorsqu'elle était au fédéral), il a pensé en terme de volume, de couleurs (une dizaine de nuances différentes). J'ai développé un propos généraliste sur l'ensemble du bâtiment, pas sur le seul 4e étage. Il fallait ouvrir l'espace, dit-il, gommer la hiérarchie, faire de cette fourmilière un endroit plus apaisant.

Et le mobilier ? Je l'ai dessiné, il participe au geste architectural global. Je défie quiconque de faire un mobilier d'une telle envergure pour ce prix. J'ai fait travailler des artisans wallons. C'est aussi une façon de montrer qu'il y a du savoir-faire chez nous.

N'est-ce pas un peu cher tout de même ? Avec un rendement de 250 euros par mètre carré en aménagement, rénovation et construction de mobilier, c'est, au contraire, un projet impossible.·

H.Dz

REPÈRES

L'avis de l'Inspection des finances a été demandé

Marchés publics. Tous les acteurs publics recourent aux marchés publics. Regroupés en trois grands types (les travaux, les fournitures et les services), ils sont régis par la loi du 8 janvier 1996. Elle prévoit trois manières de proposer un marché public : l'adjudication, la plus stricte qui contraint d'attribuer le marché à celui qui propose le prix le plus bas ; l'appel d'offres qui décline un panel de critères pour définir la plus avantageuse et enfin la procédure négociée qui permet de traiter directement avec un fournisseur de son choix. On ne peut utiliser cette dernière formule que pour des marchés inférieurs à 67.000 euros, hors TVA.

Inspection des finances. La ministre a demandé l'avis de l'Inspection des finances. Le poste budgétaire déterminant les « Travaux relatifs au siège de la Communauté française » porte sur un montant qui est passé de 200.000 à 300.000 euros. C'est un montant global qui se décline en une série de frais divers (mobilier, carrelages, peintures) dont les coûts, inférieurs aux seuils, n'imposaient pas de faire appel au marché. Ce qui, pourtant, aurait été fait.

Respect de la loi. L'arrêté du gouvernement de la Communauté française du 11 décembre 1995 stipule que l'avis de l'Inspection des finances n'est pas requis pour des marchés publics pour autant que la dépense n'excède pas 31.000 euros, hors TVA. Il existait bien un programme en début d'année pour ce poste budgétaire. Depuis les élections de juin dernier, le départ des libéraux dans l'opposition a manifestement quelque peu bousculé les intentions ministérielles. Le rôle de l'Inspection se limite à dire si la loi sur les marchés a été respectée. Il n'a pas à vérifier si les travaux ont été ciblés sur le cabinet de la ministre au 4e étage...

D.V.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
La Une Le fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une