Michael Bastow

Michael Bastow:

la religion du nu

Aux cimaises de l'Autre Musée, place des Martyrs, une peinture suprenante défiant l'époque, les modes, les appétits peureux et les faiblottes pudeurs dont parlait Félicien Rops auquel l'Anglais Michael Bastow fait penser par la vigueur du tempérament. Pensez: des nus, rien que des nus jouant la couleur et la matière à fond, des nus crevant la toile avec une franchise et un sens de l'organisation de l'espace dont nous avions perdu jusqu'à l'idée...

Offerts, renversés, chavirés, érotiques, absorbés par la matière même de la peinture et la renvoyant avec éclat, ils font corps avec l'idée majeure et un peu délirante que Bastow se fait de la peinture. Pour lui, de toute évidence et quoiqu'il arrive, la peinture est tout le contraire d'une mignardise, d'un objet flatteur ou d'une simple harmonie de formes et de couleurs. Il la veut, cette peinture, pure et dure dramaturgie du corps où la notion de bon goût est forcément non avenue, où seule compte la faculté plastique à clamer haut et fort l'omniprésence de la chair dans ses conditions d'épanouissement les plus fastes: lumière, chaleur, nudité, plaisir, désir et dérèglement des sens, comme on dit dans les manuels bien pensants.

Chaque tableau, presque toujours de très grand format, sera donc célébration, réthorique de gestes, de mouvements et de comportements physiques, liturgie de ce voyeur froid qu'est presque toujours le peintre face à son modèle. Mais le plus étonnant et le plus «choquant» peut être pour les amateurs de peinture bien tempérée réside dans ce refus de tout psychologisme, dans les ambiances chromatiques qui ne craignent ni la sonorité ni même la stridence des accords.

Bacchanale

Tout entière dans la provocation formelle, dans un fauvisme outré qui se contemple à distance respectable, chacune de ces oeuvres nous fait percevoir ce peintre comme une sorte de Bonnard perverti par la modernité. Peinture perverse, non par les thèmes bien évidemment, mais par cette façon de s'aventurer aux frontières du chromo, de s'arrêter au seuil d'une formulation criarde pour ne retenir de ces expériences limite avec le bon goût qu'une forme de splendeur oganique, d'affirmation péremptoire des «coutures» du travail à l'huile et des ses exigences.

A telle enseigne que Bastow ne résiste pas au plaisir de montrer ses toiles à leur stade initial alors que la couleur n'a pas encore fait son oeuvre et que seule compte la structure de ces grandes figures nues mobilisent l'espace. Peinture perverse, disions-nous, et pourtant pleine de santé ne serait-ce que dans cette audace à remettre sur le métier un travail que les amoureux du minimal et du conceptuel avaient relégué au placard. Ajoutons encore que la plus «difficile» de ses toiles est aussi la plus réussie. «Juggling with form and space» est moins un tableau d'ailleurs au sens traditionnel qu'une sorte de bacchanale, de rituel de l'extase, flamboyante poétique du corps qui trouve dans une mise en espace quasiment théâtrale matière à accords vibrants. Tant et si bien qu'on n'échappe pas à la fascination de cette toile, de cette peinture torentielle qui communique à la scène érotique une vibration comparable aux miroitements des vitraux dans une atmosphère de messe profane

DANIELE GILLEMON.

Place des Martyrs, L'Autre Musée, jusqu'au 29 octobre