Mode Les hommes défilent à Paris pour l'été 2008 : Un pèlerinage à la mec

Paris

De notre envoyée spéciale

Il y a du piano à la Sorbonne. Et des trompettes sur le Boul'Mich. Des gens assis jambes jointes d'un côté et une foule en délire de l'autre. Le défilé de prêt-à-porter masculin d'Ann Demeulemeester sous des plafonds sculptés et celui de la Gay Pride sous le soleil. Et entre les deux, un gros point commun : que des hommes culottés.

Dommage pour l'association HeJ (1) qui rêve du retour de la jupe dans la garde-robe masculine, mais chez la créatrice anversoise, il n'y a que du pantalon. Et des rayures, des redingotes, des manches retroussées au biceps par un élastique comme au temps de la prohibition et de longs foulards noués en cravate.

Entre titis parisiens et garçons de café qui ont fait la nuit, il ne manque plus à ces poètes maudits qu'un haut-de-forme percé pour y jeter une belle pièce d'or. « Cet homme est un dadaïste imaginaire qui va en vacances dans le Sud de la France, explique la styliste. C'est un personnage excentrique, très artistique, qui mélange les vêtements du matin, du midi, du soir. En restant toujours très digne, très chic. »

Les femmes qui habillent les hommes, c'est comme les hommes qui cuisinent pour les femmes. Terriblement sexy. Deux Véronique, ce week-end, ont pris les mâles en main : Branquinho, deux heures plus tôt, et Nichanian, six heures plus tard.

La première les met à l'aise : ses voyageurs déambulent en pantalons à rayures matelas et long pull noir ajouré, portent des tongs, même avec un costume, et s'enveloppent dans un trench à manches kimono. Son vestiaire est « un mariage de l'Est et de l'Ouest », conclut-elle.

La seconde Véronique, qui entame sa vingtième année en tant que directrice artistique de la mode masculine de Hermès, a dessiné, pour la respectable maison, une garde-robe très fifties - blousons à carreaux, pulls col V profond, cardigans, pantalons étroits à plis - dans des tons presque automnaux : « Argile, anis, poivre... », note-t-elle. Il y a du beige qui n'est pas terne. Et du gris cendre, pas éteint. La seule créatrice qui ne se soit jamais intéressée qu'aux hommes a toujours la flamme.

Enfin, deux rendez-vous belges à Paris étaient à ne pas manquer : celui du rocker quinqua Walter Van Beirendonck et celui du jeune qui monte, Kris Van Assche, 31 ans. Le premier des deux Van, terreur barbue aux mille bagouzes, boss de la section mode de l'Académie d'Anvers, recevait au Bataclan sur les beats underground des DJ anversois de Fan Club. Et devant, des modèles immobiles portant tee-shirts, pulls, costumes clairs à la coupe impeccable mais aussi des corsets, des collants de latex, de petites muselières de métal et « leur pénis sur la tête », dixit Van Beirendonck. « C'est flippant ? Pas pour moi. Le sexe, c'est seriously fun. Cette collection Sexclowns évoque le futurisme, le fétichisme, Second Life, les avatars... Ce sont des prévisions pour le futur, c'est pour ça que j'ai mis des burqas et des corsets pour hommes. »

Ses créatures, le designer compte les envoyer bientôt rejoindre l'univers virtuel du site Second Life. « Depuis que j'ai lu Snowcrash dans les années 90, les avatars m'ont toujours fasciné. Pour moi, la faculté de se projeter dans une création digitale est l'évolution finale du processus de manipulation des corps. »

A des années-lumière de ces considérations, l'autre Van, très attendu, présentait hier sa première collection comme directeur artistique de Dior Homme, un poste laissé vacant en mars dernier par Hedi Slimane, celui qui a réveillé la mode masculine au début des années 2000.

Sous les lambris d'un hôtel particulier de l'avenue Foch, dans le so chic 16e arrondissement, Kris Van Assche a perché ses mannequins sur des échelles de bois et des tabourets de peintre. Sa collection, déclinée pour le matin, le jour et le soir, est avant tout « un exercice sur l'allure », souligne le jeune créateur. « J'ai travaillé sur les années de 1947 à 57, bien observé l'oeuvre de monsieur Dior mais aussi sa personne et j'ai regardé ce qui se passait à Paris, à cette époque. Il y avait beaucoup de costumes mais surtout, il y avait les Zazous ! »

D'où ces pantalons-boule « qui montent jusque-là », resserrés dans le bas sur des derbys vernies. L'insolence est dans le détail, comme un revers de veste cranté d'un seul côté. Slimane habillait les rebelles. Van Assche craque pour les garçons bien... en qui sommeille un rebelle. Comme si Dior passait le film en arrière et le reprenait une seconde avant la chute du fils de bonne famille. Ce qui donne à cette sobre élégance toute la saveur décadente de ce qu'on sert ici aux invités : de petits macarons passés à la feuille d'or.

(1) www.i-hej.com

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