MONCEAU,FUTURE CAPITALE DES SPECTACLES MEDIEVAUX

Monceau, future capitale

des spectacles médiévaux

Le roi Arthur, Ivanhoë, Robin des Bois ou Lancelot du Lac font toujours rêver. Les tournois du Moyen Age, les jugements de Dieu font toujours recette. Voilà pourquoi, sans doute, une reconstitution médiévale suscite tant de curiosité de la part du public. Surtout si elle est bien faite, si les figurants foisonnent et si les armes sont vraies. Ce fut le cas à Monceau, près de Charleroi, les 5 et 6 août derniers: vingt-cinq mille personnes se sont déplacées pour découvrir Heurtez batailles, un spectacle plein de fastes, unique dans les annales du pays. Et comme Merlin l'enchanteur n'est pas loin, il se pourrait bien que ce spectacle revive l'année prochaine (et les années suivantes), pour devenir le «must» européen du genre...

En Allemagne, les reconstitutions médiévales ne sont pas rares et les associations culturelles qui retracent les hauts faits d'armes se multiplient. En Angleterre, c'est la même chose. En Amérique, on n'hésite pas à récréer chaque année des villages entiers du XIVe siècle, pour retrouver ses racines européennes. Pas de doute: l'épopée médiévale est en train de regagner les coeurs...

Le spectacle de Monceau n'a pas eu à rougir face à ses concurrents européens ou américains. Ce serait même plutôt l'inverse. Le décor était superbe: le château de Monceau, situé dans un parc de cinquante hectares, remonte au XIIe siècle. Pour les besoins du scénario, une gigantesque palissade de bois fut érigée, on fit venir une vingtaine de chevaux, de l'artillerie et des machines de guerre, on engagea deux cents acteurs belges, français, polonais, anglais et allemands ainsi que des artificiers. Rien n'a manqué à la panoplie pour faire «vrai», pour restituer l'univers tumultueux de la guerre de Cent Ans.

Le souci du détail a confiné à la manie: les catapultes, les fléaux, les lances, les épées, les hallebardes, les haches et les brans (épée à deux mains) utilisées ont été fabriquées par l'un des derniers grands maîtres armuriers d'Europe, Jean Seydel. Les compagnons de la Sainte-Croix de Bruxelles, spécialistes dans le maniement des armes, ont été réquisitionnés, ainsi que le comédien Jacques Capelle pour la chorégraphie. François Gilles Raab et sa troupe «Spectacle et Chevalerie», qui travaillent souvent pour le cinéma, sont venus prêter main-forte. Et pour dérider les spectateurs, on a fait appel à la brigade du gag.

Reconstituer un environnement médiéval n'est pas tout. Encore faut-il, pour passionner le public, qu'il y ait une fiction aux péripéties nombreuses et plausibles. Les organisateurs, BIP-atmosphère, ont alors monté un scénario original, intégrant le décor de Monceau dans la réalité historique de la guerre de Cent Ans. C'est ainsi que l'action s'est située en 1432, alors qu'Anglais et Français se disputaient la couronne de France et les marches du royaume, notamment la Belgique. Gilles de Rais, grand maréchal de France, guerroyant aux confins de ses terres, décide de venger Jeanne d'Arc et chevauche dans le pays de Charleroi. Entorse à la vérité historique peut-être, mais fiction plausible...

On remet ça

Ce spectacle de Monceau a coûté la bagatelle de dix millions de francs aux organisateurs. Mais c'est un investissement à terme qui lorgne vers 1990, l'Année européenne du tourisme. L'édition 1989 de Monceau fut en fait un test, une répétition générale qui préfigure celle de l'année prochaine. L'Office de promotion du tourisme de la Communauté française s'apprête à faire un film de cette épopée médiévale. Il sera diffusé dans toute l'Europe voire dans le monde entier. Une chanson sur Heurtez batailles est aussi en préparation tandis qu'un nouveau scénario sera élaboré. L'objectif de BIP? Faire de Monceau le «must» européen de la reconstitution historique, offrir à la région de Charleroi un atout touristique de premier plan. Le rendez-vous est fixé pour la fin juillet 1990. On saura alors si les organisateurs auront tenu leur pari.

FRANÇOIS ROBERT.