Montée - Le Cercle de Bruges retrouve la D1 après six saisons de purgatoire « Petit frère du Club plutôt que rival » Bruges retrouve le derby de la Venise du nord

Montée - Le Cercle de Bruges retrouve la D1 après six saisons de purgatoire

« Petit frère du Club plutôt que rival »

JOËL GRÉGOIRE

Il aurait pu se parer des lauriers une semaine plus tôt, et offrir à Bruges un doublé en l'espace de 24 heures, mais un partage a contraint le Cercle à attendre l'ultime journée pour s'assurer le titre de champion en division 2. Une semaine de stress supplémentaire mais un champagne sabré à domicile pour une célébration qui n'eut rien à envier à celle du voisin Blauw en Zwart.

Après six années de purgatoire, le club du président Frans Schotte retrouve enfin l'élite. Une ambition avouée qui n'a jamais rimé avec investissement massif ou pression inconsidérée. La clé du succès du groupe ? Sa mentalité, un bloc soudé derrière son entraîneur, Jerko Tipuric.

Le Croate, un ancien de la maison, a toujours brillé par sa sérénité et sa discrétion, dans les coups durs comme dans la liesse de son tout premier titre, toutes carrières confondues. Une récompense obtenue au Cercle de son coeur. Un club qu'il connut comme joueur, arrivé dans la foulée de Josip Weber, avant de voir sa carrière stoppée par une blessure et d'effectuer ses premiers pas en tant qu'entraîneur, en 1994. Des débuts prometteurs qui ne lui valurent pourtant qu'un... licenciement deux ans plus tard.

Son retour au Stade Jan Breydel s'est mué en marche triomphale, sans aucune volonté de revanche, l'homme - que la direction rencontre ce mardi, espérant le reconduire dans ses fonctions - se contentant de savourer le bien-fondé de sa philosophie. Créer un esprit, travailler au jour le jour pour progresser. Ce que le Cercle a accompli, avec ses moyens, quitte à prendre le temps.

Dans ses rangs, aucun nom sur qui tout repose mais autant de maillons d'une chaîne parfaitement huilée. Parmi eux, Ricky Begeyn, le gardien de but, Kristof Arijs, le buteur arrivé de Deinze, ou Vital Borkelmans, reconverti en médian. Leur point commun : avoir déjà connu l'Olympiastadion, mais l'autre porte, version Club. Or, si les deux premiers n'y ont pas percé, le petit Limbourgeois s'y était presque instauré en meuble. Habitué aux honneurs, il a savouré ce titre. Le FC Bruges prétend chaque année au titre, à la Coupe ou à l'Europe alors que le Cercle a dû se battre jusqu'à la dernière minute pour cet accomplissement espéré depuis six ans, relate-t-il.

En attendant le retour des derbies d'antan dans la Venise du nord, celui qui fêtera ses 40 ans en juin connaît le fossé qui sépare l'antichambre de l'élite et les caractéristiques qui distinguent le David du Goliath brugeois. Les mentalités n'ont rien en commun. Le Cercle propose un cadre nettement plus amical et intime, presque familial : chacun se connaît. Le Club se veut une formation du top, dotée d'une structure plus massive et professionnelle.

Des caractères bien tranchés qui laissent à penser que s'il existe une place pour deux clubs de D1 au sein d'un même stade, les Vert et Noir devront toujours supporter ce statut de parent pauvre. D'où une tendance à gommer cette image de rival naturel. Il faut davantage se voir comme le petit frère, celui qui dispose de la même infrastructure mais évolue devant un public plus confidentiel. Une différence que je n'avais pas ressentie à l'époque mais qui est devenue claire : le Cercle vit de sa base et du travail de chacun de ses membres.

Or, si la montée résulte d'une campagne menée à l'unisson, la vie un cran plus haut ne pourra plus dépendre de ce seul enthousiasme. Le Cercle n'a jamais péché par excès : pas question de vivre au-dessus de ses moyens. Or, s'il ne compte pas connaître une trajectoire semblable à celle de Malines, il n'entend pas non plus effectuer l'aller-retour. Il s'agira de doubler le budget (NDLR : le président Schott estime qu'un nouveau sponsor et 2,5 millions d'euros seront nécessaires pour tenir la route). Difficile assurément mais nécessaire.

Il s'agira aussi de renforcer chaque ligne en gardant l'esprit de corps d'un noyau en parfaite compréhension avec son mentor. Lequel sait disposer d'un relais idéal sur la pelouse en la personne de Vital Borkelmans. Je reste encore sous contrat pour un an, pleinement motivé à poursuivre l'aventure.·

Bruges retrouve le derby de la Venise du nord

JEAN-FRANÇOIS LAUWENS

Même s'il y a un monde entre le Club, son palmarès impressionnant et ses 20.000 abonnés, et le Cercle, son passé perdu et ses 2.500 spectateurs de moyenne, la rivalité des deux clubs s'exprimera à nouveau la saison prochaine dans ce derby qui, selon la tradition, sacrera, quel que soit le classement final des deux clubs, la ploeg van 't stad (« l'équipe de la ville »). Cela faisait 6 ans que supporters du Club et du Cercle attendaient de se retrouver.

On a souvent moqué les travées vides de l'Olympiapark quand le Cercle y joue, à tel point qu'on prétend généralement qu'il y a plus de monde à la réception du Nouvel An qu'aux matches... Il n'en reste pas moins que le Cercle, créé en 1899 et donc plus jeune que le Club, est une institution irremplaçable du football belge.

Quant à l'opposition entre les deux clubs brugeois, elle est plus que centenaire et s'explique sans doute par l'identification sociale très marquée autour de ces deux entités. Malgré sa dénomination originale française (FC Brugeois), le Club est rapidement devenu le cercle préféré des classes ouvrières de la ville mais également de la bourgeoisie libérale et donc laïque. L'acte fondateur du Cercle, porté sur les fonts baptismaux le 9 avril 1899 dans la classe de frère Joseph, ne fait lui pas mystère des origines du club : Il est créé au sein de l'Association des anciens élèves de l'Institut Saint-François-Xavier une section sportive sous le titre de Cercle Sportif Brugeois. Né chez les Frères, le Cercle est bien le club élitiste de la bourgeoisie catholique et francophone du centre-ville. On prétendra même que les élèves aperçus dans les tribunes du Klokke, le fief du FCB, étaient priés de se rendre à confesse dès le lundi...

Depuis cette époque, la rivalité entre les deux clubs ne connaîtra aucun répit. Les partisans des deux cercles s'ignorent et évoluent dans deux stades distants de quelques centaines de mètres seulement. Dans l'avant-guerre, le Cercle est le plus prolifique avec 3 titres de champion de Belgique (1911, 1927, 1930) pour un seul au Club.

L'après-guerre est beaucoup plus difficile pour le Cercle, qui fait l'ascenseur entre la D2 et la D3 où il sera même relégué une fois pour une affaire de corruption. La Venise du nord doit attendre 1972 pour retrouver son derby. Le Cercle, qui a emménagé aux côtés du Club à l'Olympiapark, s'installe alors dans le rôle de l'équipe de mi-classement type mais une équipe spécialisée dans la révélation de joueurs étrangers revendus ensuite avec une plus-value certaine aux grands clubs (surtout à Anderlecht). On ne citera que Nielsen, Olsen, Musonda, Ukkonen, Kalusha, Kooiman, Krncevic, Weber, Selymes ou Munteanu.

Deux finales de Coupe de Belgique perdues contre le puissant voisin (86 et 96) et une défaite contre le même par 10-0 en 90-91 sont autant de traumatismes que n'ont pas oublié les partisans du Cercle. Même le célèbre 5-5 (91-92) et les deux victoires 3-1 de 92-93, qui ont promu le Cercle ploeg van 't stad n'ont pas exorcisé ces souvenirs. Car, entre le Club et le Cercle, c'est à la vie à la mort. Il y a quelque temps, Chris Van Puyvelde, l'adjoint de Trond Sollied au Club, avait suggéré que les deux clubs puissent collaborer un jour. La réponse des supporters du Cercle avait été sans appel : Plutôt avec le Cercle en 4e provinciale qu'avec le Club en D1 !·