MUSIQUE,OU EST TA VICTOIRE? LE PALMARES

Les «oeufs dorés» du show-business décernés lundi à Paris

Musique, où est ta victoire ?

Après les Sept d'Or de la télévision, les Victoires de la Musique classique et les Césars du cinéma, les Victoires de la Musique (non classique) clôturaient donc, lundi soir, au Palais des Congrès de Paris et en «léger différé» sur France 2, la série des grands-messes onanistes du show-business et des médias réunis. Si Martin Luther King, en son temps, fit un rêve, le téléspectateur, lundi, en fit un autre, pas vraiment du même tonneau : sacrée soirée que celle-là, tout entière con-sacrée à sacrer ci les dinosaures, là le tube préfabriqué obligatoire.

Michel Drucker, nettement plus Foucault que De Caunes, compassé comme jamais, passe les plats avec un «désengagement» qui n'a d'égale que sa terreur devant les montées en scène successives de l'intermittente de service ou du sieur Douste-Blazy, joliment rebaptisé «intermittent de la Culture» par Laurent Ruquier. Le ministre chiraquien n'en loupe pas une, renvoyant tout le problème social à Jean Gandois et au méchant patronat, avant d'assurer que pour lui, les intermittents et Châteauvallon, c'est le même combat. Ah bon ?

Puisqu'on en est là, et Vitrolles aidant, il eût été de bon goût et d'occurrence inespérée d'élire Nique Ta Mère, l'inculpé de Toulon, au titre de meilleur groupe. Mais causer politique et en faire, comme chacun sait, ce n'est pas la même chose... Khaled, lui, n'en parle même pas, ce soir, se contentant de souhaiter une joyeuse fête de l'aït à tous les musulmans et d'empocher sa Victoire en chantant, avec son « frère» Goldman (qui est aussi, on s'en souvient, celui de Céline Dion), ce brouet de l'union sacrée, «Aïcha».

Au rayon des consensus-« insensus», les quatre palmes de l'absurdité reviennent, en même temps que leur oeuf doré, à Juliette, ses «Rimes féminines» (entendez : féministes d'avant-guerre), son organe à la Ferré, son physique à la Balasko et la «révélation» de ses... 20 ans de carrière ! Aussi à ce cher vieil Henri Dès, qu'on aime, mais dans les plaines du «Far West» duquel il conviendrait peut-être de s'aviser qu'il existe de plus frais canassons. Enfin, à Barbara et à Charles Aznavour (nonobstant président de la soirée), à qui Zazie et... Ophélie Winter d'un côté, Pascal Obispo et... Florent Pagny de l'autre, ont failli - quel suspense ! - rafler les lauriers d'interprètes de l'année ! On est où, là ?

Les donzelles s'étant heureusement abstenues, ces messieurs, eux, avaient accepté de chanter, quoi qu'il arrive, nous annonça Drucker-le-fier : ce qui nous valut un Pagny-intermède, version «Aznavoureke», du plus consternant effet. Où le mauvais rêve se poursuit, dans un enfer peuplé d'ex-« Monsieur Paradis». Au secours !

Musique, où est ta victoire ? Victoires, où est votre musique ? Ailleurs, assurément : du côté de Blankass, par exemple, révélation manquée de ce soir, mais pas de demain - on en prend le pari.

CATHERINE DEGAN

Le palmarès

Interprète masculin : Charles Aznavour.

Interprète féminine : Barbara.

Chanson : «Aïcha», par Khaled (auteur-compositeur : Jean-Jacques Goldman).

Album : «Mr Eddy», d'Eddy Mitchell.

Groupe : les Innocents.

Humoriste : Valérie Lemercier.

Révélation variétés : Juliette.

Musique de film : Bruno Coulais pour «Microcosmos».

Vidéo clip : «C'est ça la France», de Marc Lavoine (réalisateur : Sylvain Bergère).

Concert : FFF à l'Olympia.

Artiste interprète ou groupe francophone : Teri Moïse.

Album de chanson pour enfants : «Far West», de Henri Dès.

Album jazz : «New York Tango», de Richard Galliano.

Album de musique traditionnelles : «I Muvrini à Bercy», de I Muvrini.

Spectacle ayant réuni le plus grand nombre de spectateurs : «Starmania», de Michel Berger et Luc Plamondon (303.000 spectateurs).

Meilleure vente européenne de disques non anglophones : Eros Ramazzotti. (AFP.)