Le Na-Mur se construit pour mieux tomber

Couper symboliquement Namur en deux. Construire un mur. Et le faire vivre, l’animer pendant quinze jours pour fêter les vingt ans de la chute du Mur de Berlin. Parler des murs, de la séparation. Ce projet génialement fou vient de l’ASBL Isolat. Le 15 janvier dernier, elle lançait officiellement un appel à tous ceux qui voulaient, avec elle, donner vie à ce projet. Une trentaine d’acteurs socioculturels se sont d’ores et déjà inscrits dans le projet. Le Na-Mur se construira donc bien du 24 octobre au 7 novembre prochains.

« C’est bien le joyeux bordel qu’on voulait ! » François Moens, chargé de projet pour Isolat, ne cache pas son enthousiasme face à la mobilisation déclenchée par leur appel. « Na-Mur n’est pas qu’un événement en tant que tel, c’est aussi l’occasion pour la vie culturelle et associative namuroise de se réunir et de montrer ce qu’elle fait. »

Apparemment, il y en aura des choses à montrer ! Car le projet Na-Mur a séduit plus d’une trentaine d’acteurs qui représentent 2.000 participants potentiels. Cela va du théâtre des Zygomars aux jeunes de la FGTB en passant par les Jeunesses musicales, la Maison de la poésie, le Fiff, la prison d’Andenne, des conférenciers universitaires, des cinéastes… Bref, durant quinze jours, il y aura des animations pour tous les goûts et pour tous les âges.

Il serait faux de dire que ce projet n’a soulevé que de l’enthousiasme. Certains esprits (grincheux ?) se sont inquiétés de voir un mur se dresser au cœur de la ville. Non seulement par rapport à l’esthétique dudit mur mais aussi par rapport aux problèmes de circulation qu’il pourrait engendrer.

« Mais nous pouvons les rassurer dès à présent : cette occupation de l’espace public n’est pas prévue pour déranger les Namurois mais pour les interpeller, souligne François Moens. Et c’est dans ce sens que nous avons travaillé avec la Ville de Namur. »

Concrètement, donc, sept îlots de murs seront construits entre la place Saint-Aubain et la place du Théâtre. « Ilots qui ne gêneront ni la circulation ni les commerces », précise-t-il. Ils seront reliés entre eux par un tracé au sol afin de créer une vraie continuité sur plus de 600 mètres. Continuité « physique » mais aussi graphique. « Ça va avoir de la gueule et ça sera beau ! »

C’est autour de ces pans de murs qu’auront lieu les animations. Mais aussi sur eux. « Sur l’îlot place du Théâtre, nous allons exposer des photos de tous les murs qui existent encore. » Place Saint-Aubain, mille portraits de Namurois devraient symboliser le regard des habitants de la capitale wallonne sur les murs du monde.

Quant à la grande fête finale, on parle de la commencer dans le théâtre royal avant de la poursuivre en rue, avec une chute de mur spectaculaire. Et François Moens de conclure : « C’est un vrai beau foisonnement. »