Neurobiologie - Le coup de foudre vu par la scientifique britannique Lucy Vincent La chimie de l'amour

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Neurobiologie - Le coup de foudre vu par la scientifique britannique Lucy Vincent

La chimie de l'amour

* L'amour, c'est d'abord une affaire de phéromones, d'endorphine, de neurotransmetteurs. Même si le romantisme a encore son (doux) mot à dire.

ENTRETIEN

JOËL MATRICHE

C'est lui qui lui a soufflé l'idée. Docteur en neurosciences, auteur de plusieurs écrits sur la biologie des passions amoureuses, il venait de signer un livre sur la compassion. Pourquoi ne pas écrire sur l'amour ?, a suggéré l'épouse. D'accord, mais c'est toi qui t'y colles. Elle a répondu « chiche ? ». Et ainsi fut fait : « Comment devient-on amoureux ? » est paru aux éditions Odile Jacob. Il est signé par Lucy Vincent, neurobiologiste britannique vivant en France depuis quelques années. Elle était à Liège il y a quelques jours, invitée par l'ASBL « Science, santé, culture ».

Le coup de foudre, le sentiment amoureux, la plénitude ou le gros chagrin seraient le résultat d'échanges chimiques. La science permet donc de tout expliquer ?

Tout ce qui se passe dans le corps ou dans la tête est chimique. L'étude du cerveau et de sa plasticité a fait de gros progrès. On ne peut pas dire que tout s'explique, car il y a encore pas mal de chemin à faire, mais un jour, oui, tout s'expliquera.

Comment débute une histoire amoureuse ?

Quand on rencontre quelqu'un, il y a beaucoup de messages qui sont échangés très rapidement, sans que l'on s'en rende compte. Il y a notamment une perception inconsciente des phéromones et des odeurs de l'autre personne, puis une analyse de certains critères physiques comme la taille, la forme du visage... Notre cerveau traite toutes ces informations et il nous dit si, oui ou non, cette personne en face de nous est la bonne. Ensuite, il y a libération d'endorphine : on se sent bien, on perd toute distance critique, l'autre nous manque quand il est absent...

Pourquoi tous ces échanges chimiques ?

L'amour n'a d'autre finalité que la perpétuation de l'espèce. Pour cette raison, il faut que les deux personnes se plaisent, aient un enfant et fassent un bout de chemin ensemble. Aux origines en effet, la survie du bébé était facilitée lorsqu'il avait ses deux parents à proximité. C'est pour cette raison que contrairement à beaucoup d'autres espèces, l'homme ne se satisfait pas d'une brève rencontre et tend instinctivement à vivre en couple. Mais après un laps de temps qui va de dix-huit mois à trois ans maximum, les neurotransmetteurs s'insensibilisent, les hormones se tarissent, la dépendance à l'autre s'amenuise, puis disparaît.

C'est la fin d'une histoire d'amour ?

Non, pas nécessairement. Disons que c'est la fin de la première phase. La seconde phase a été inventée par l'homme, elle est plus consciente, plus noble, plus romantique aussi. Elle fait intervenir la complicité, la tendresse, l'échange d'idéaux et de valeurs communes. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y a plus d'échanges chimiques car à ce stade, le cerveau doit être rassasié d'ocytocine, l'hormone de l'attachement. C'est elle qui, par exemple, permet l'expulsion du bébé lors de l'accouchement et qui, en activant certaines régions du cerveau, fait que l'on reste sensible à l'autre, à son regard, à son odeur. On la sécrète lors des baisers, des moments de tendresse et des câlins.

Des phéromones, de l'endorphine, de l'ocytocine : bientôt des philtres d'amour en pharmacie ?

Mais si on connaissait toutes les molécules qui entrent en jeu et que l'on parvenait à les synthétiser, on n'aurait pas une potion magique pour autant. L'amour, c'est un jeu de stimuli et de réponses : si l'on réussissait à créer artificiellement les premiers, les secondes ne seraient pas provoquées pour autant. Il n'y aura jamais d'élixir d'amour car celui-ci est une dynamique, il exige de la réciprocité. Sans cela, c'est du désir. Si je me pâme devant un poster de Leonardo DiCaprio, que je ne connais pas et qui ne me connaît pas, ce ne peut être de l'amour mais seulement du désir. On a parfois tendance à confondre les deux.

Si l'amour se réduit à un jeu de molécules, qu'en reste-t-il ?

L'amour peut être pragmatique et romantique à la fois. La conclusion est qu'il faut se laisser aller à son destin biologique. Sans quoi on ne connaîtra jamais cette première phase qui est si euphorisante.·

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