Nick Rodwell

C’est l’histoire d’un mec qui vit un rêve et qui le cadenasse pour ne plus jamais en sortir. Nick Rodwell n’était pas prédestiné à devenir le gardien du temple d’Hergé, le patron de la SA Moulinsart, qui en détient tous les droits dérivés. Avant d’épouser Fanny Vlaeminck, la veuve d’Hergé – une appellation que Nick abhorre – et sa légataire universelle, en 1993, il était un admirateur du dessinateur belge et avait ouvert à Londres une boutique dédiée à Tintin.

Depuis lors, il règne en maître. En première ligne parce que sa femme n’aime guère y être. Sous la houppe de Rodwell, Moulinsart a limité plus strictement l’utilisation de l’image de Tintin dans le monde et l’a professionnalisée. En refusant l’image de Tintin aux olibrius qui ne le mériteraient pas, en rachetant les 70 licences de droits dérivés qui géraient l’image du personnage, en ne laissant pas les iconoclastes et les bachi-bouzouks faire n’importe quoi avec Tintin, Rodwell a sans doute assuré le respect absolu de l’œuvre d’Hergé et son statut de star internationale de l’art que le Centre Pompidou en 2007 et le Musée en 2009 lui ont octroyé.

En même temps, il s’est fait un monceau d’ennemis. Son intransigeance a suscité l’ire de tintinophiles, son sens catastrophique des relations publiques a fait le reste. Nick Rodwell est un personnage controversé. Et plutôt que de s’ouvrir à la polémique, plutôt que d’y répondre en jouant le jeu du débat, il lance des anathèmes, il établit une liste noire de journalistes, il règle ses comptes, comme ces derniers jours, sur son « Blog de Nick », hébergé par tintin.com, où il se laisse aller à des attaques personnelles sous la ceinture contre des journalistes.

« L’homme est terriblement blessé, nous dit un proche. Il accorde sans doute à la presse une trop grande importance, mais il a été traumatisé par les portraits noirs que certains ont tracés de lui et de sa femme. Fanny doit être secouée mais elle ne se manifestera jamais. Alors il réagit surtout pour elle. »

« On l’attaque depuis longtemps, ajoute Alain De Kuyssche, le rédac-chef de tintin.com. Quand je consulte les articles de presse, la pile négative est de loin la plus épaisse. Il n’a jamais répliqué. Sur son blog, il a voulu le faire. » On l’attaque sur l’argent : il profiterait de la fortune de son épouse et serait avant tout un manager vénal. On l’attaque, elle, sur le Musée Hergé, que d’aucuns estiment créé pour rapporter de l’argent. La défense ? Les produits dérivés n’ont jamais été aussi bien gérés que sous le règne de Rodwell, et le Musée coûte beaucoup d’argent. A la construction – Fanny a déboursé 20 millions, contre l’avis de Nick – et au fonctionnement. Mais tout cela mine Rodwell. « Il a le cuir moins épais qu’on ne le croit, ajoute ce proche. D’habitude il serre les dents, sur son blog il exprime ses blessures. Nick Rodwell ressemble à un crocodile inoxydable mais il est psychologiquement sensible à la critique et aux atteintes portées à sa femme. Alors il se porte à son secours. »

Mais il le fait de façon matamoresque et égocentrique. La communication publique, Nick Rodwell ne connaît pas. On se souvient de l’épisode de l’inauguration du Musée où il interdit aux journalistes venus du monde entier, de photographier. « Les Rodwell sont des personnages mal connus et qui communiquent mal, assume Alain De Kuyssche. Plus exactement : à propos desquels on communique très mal. »

Notre proche des Rodwell ajoute : « C’est un homme public qui ne veut pas vivre comme un homme public et qui ne supporte pas d’être attaqué comme un homme public. » Jusqu’à en déraper…

P.8 Le dossier « blog »