NICO EMONDS EST LE QUATRIEME HOMME: LE COUREUR BELGE A ROULE A 52,466 KM/H A BORDEAUX ET ETABLI UN NOUVEAU RECORD DE BELGIQUE

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Le coureur belge a roulé à 52,466 km/h à Bordeaux et établi un nouveau record de Belgique

Nico Emonds est le quatrième homme

Cela date d'il y a quelques jours. Réunis à La Roche, ceux qui faillirent être ses équipiers et qui portent, eux, toujours le maillot du groupe Mapei, dirent combien était louable l'obstination dont témoignait Nico Emonds dans son désir d'établir une authentique performance dans l'heure. S'il parvient à franchir le seuil des 52,500 km, vous pourrez parler d'exploit, avaient-ils dit à cette occasion. Or, le Belge l'a pratiquement fait. En couvrant, hier, à Bordeaux 52,466 km, en soixante minutes, il est devenu le quatrième performer mondial de la spécialité après Rominger, Indurain et Obree.

Sur base du résultat obtenu, voici moins d'un mois sur la même piste française, notre compatriote pouvait, il est vrai, s'autoriser certains espoirs. Le 13 novembre dernier, la première tentative du Limbourgeois contre le record de l'heure, celui d'Eddy Merckx surtout, ne s'était par déroulée dans des conditions optimales. L'homme n'avait pas pu aller au bout de sa préparation et le matériel mis à sa disposition nécessitait quelques adaptations que nul n'avait eu le temps de faire. Aussi, les 51,801 km réalisés, presque à la sauvette, en marge des Six Jours de Bordeaux avaient déjà suscité le respect et, chose plus essentielle, ils avaient contribué à l'ouverture de l'une ou l'autre porte.

Aussi, au cours de ces trois dernières semaines, Nico Emonds vit-il sa tâche quelque peu facilitée. Ainsi, il put, ce qu'il estimait primordial, s'entraîner en Espagne avant de débarquer, à la veille du week-end dernier en Gironde...

Affichant donc une meileure condition du fait de ses longues sorties sur les routes de Malaga, disposant d'un vélo muni, cette fois, de deux roues lentulaires et d'un guidon très ressemblant à celui utilisé, voici plus d'un an, par Tony Rominger, notre compatriote avait, en fait, des raisons d'être serein. Et ayant un peu évacué de cette pression qui, parfois, le paralyse, il donna l'impression de partir d'emblée sur de très bonnes bases. Ambitionnant, en effet, d'approcher la performance d'Indurain (53,040 km), il constata, avec soulagement, qu'il avait choisi un bon braquet en optant pour un 55 x 13. A chaque tour de piste, il demeurait, en effet, sous les 17 secondes, ce que, par la faute d'un trop grand développement, il n'était jamais parvenu à faire le 13 novembre...

Le bonheur a, toutefois, ses limites. Passée la demi-heure, Emonds faibit quelque peu, retombant dans les mêmes travers qu'en novembre. S'il se reprit, certes, en fin de parcours, il était trop tard pour flirter avec les 53 km/h. Ceux-ci restent, pourtant, un objectif réaliste, disait-il quelques minutes après être descendu de machine.

Fidèle à lui-même, le coureur limbourgeois ne succombait ainsi à aucune euphorie après avoir établi, pourtant, un nouveau record de Belgique et la cinquième meilleure performance mondiale dans l'heure. Mais peut-être était-ce parce qu'il savait mieux que quiconque ses faiblesses.

J'estime que ma préparation aurait pu être meilleure encore, explique-t-il. En fait, je n'ai pas très bien digéré la transition de Malaga où j'ai séjourné une quinzaine de jours à Bordeaux, où le temps s'est révélé nettement moins clément. Je ne dis pas que cela aurait changé beaucoup de choses. Je prétends seulement que quelques dizaines de mètres se gagnent parfois grâce à l'un ou l'autre détail...

A l'heure où le Belge laisse poindre quelques regrets comme s'il s'agissait d'éviter toute forme de triomphalisme, songerait-il déjà à une troisième tentative...

Laissez-moi digérer tout ce qui vient de se passer, rétorquait-il. J'ai vécu de nombreux mois dans la perspective unique de ce record de l'heure. A présent, j'ai besoin de souffler. J'ignore même quelle suite je donnerai à ma carrière...

L'homme qui, dans l'exercice auquel il s'est livré, a probablement éprouvé une grande jubilation à se battre seulement contre lui-même, n'en dira pas plus. Quittant (provisoirement?) le devant d'une scène qu'il a rarement occupé, il peut être persuadé, aujourd'hui, qu'il a réussi sa sortie. Sur l'heure, il peut se vanter, en effet, de ne pas avoir battu seulement Merckx et Moser. Il a fait mieux également que Boardman. Or, l'Anglais, c'est le présent et, sûrement, le futur du cyclisme...

BRUNO DEBLANDER

Stop

ou encore

Voici quelques jours, Nico Emonds n'était pas loin de penser que son ultime tentative contre le record du monde de l'heure constituerait la dernière course de sa carrière. Mais à 34 ans, aujourd'hui, il rectifie un peu le tir. Ne s'inquiétant pas trop de sa reconversion, le Limbourgeois affirme, en réalité, avoir encore suffisamment de motivation pour poursuivre pendant une année encore sa carrière. Il pourrait le faire sous le maillot d'Espace-Card et se tourner vers la poursuite. Après tout, ne rivalise-t-il pas sur l'heure avec Obree et Boardman, deux hommes qui dominent la discipline.

Quel vélo

choisir ?

Nico Emonds avait, en réalité, le choix entre deux vélos au moment de s'élancer, pour la deuxième fois, à l'assaut du record de l'heure. Le premier n'était autre qu'une version améliorée de la machine conçue en France et déjà utilisée en novembre. Le second était, à peine modifié, le prototype utilisé par Erik Schoefs pour battre, à Gand, deux records de Belgique. Finalement, craignant d'être trop désarçonné par la nouveauté, notre compatriote a opté pour la bicyclette qu'il connaissait déjà.

Pourquoi

la Saint-Nicolas ?

Initialement, Emonds devait se remettre en piste le 13 décembre, à la faveur d'une réunion d'athlétisme, ce qui aurait contribué à réduire le coût de sa tentative. Notre compatriote a estimé qu'un délai supplémentaire d'une semaine n'ajouterait rien à sa préparation.

5e performance

mondiale

55,291 km T. Rominger (Sui), le 05.11.1994

53,832 km T. Rominger (Sui), le 22.10.1994

53,040 km M. Indurain (Esp), le 02.09.1994

52,713 km G. Obree (G-B), le 27.04.1994

52,466 km N Emonds, le 06.12.1995

52,270 km C.Boardman (G-B), le 23.07.1993

51,850 km F. Moser (Ita), le 15.01.1994

51,801 km N. Emonds, le 13.11.1995

La chronologie du record belge

39,240 Oscar Van den Eynde Paris-Vincennes 1897 RM

41,302 Frans Verlinden Anvers-Zurenborg 1908

41,541 Albert Desmedt Bruxelles-Karreveld 1915

42,400 Alfons Schepers Saint-Trond-Vissegat 1933

43,684 Gérard Loncke Saint-Trond-Vissegat 1933

43,710 Constant Huys Milan-Vigorelli 1937

44,190 Maurice Blomme Milan-Vigorelli 1949

45,043 Barthélémy Gillard Bruxelles-Palais des Sports 1959

45,203 Barthélémy Gillard Milan-Vigorelli 1960

48,093 Ferdinand Bracke Rome-Olimpico 1967 RM

49,431 Eddy Merckx Mexico-Olimpico 1972 RM

51,801 Nico Emonds Bordeaux-Lac 1995

52,466 Nico Emonds Bordeaux-Lac 1995

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