NOS RACINES SONT ICI (XVIII): LA COLOMBOPHILIE, NEE A VERVIERS?

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Nos racines sont ici (XVIII)

La colombophilie, née à Verviers ?

Depuis la fin du XIXe siècle, tous les ouvrages et journaux relatifs à la colombophilie accordent foi aux écrits d'un médecin verviétois, le Dr Chapuis qui, se penchant sur l'histoire de ce «sport», le date de 1818. De copie en recopie, la date fut entérinée, aussi bien en Belgique qu'à l'étranger.

Pourtant, l'erreur est flagrante, comme en témoignent plusieurs mentions antérieures, rapportées en 1973 par un historien liégeois, Georges Jarbinet, qui publia sur le sujet un article, dans le «Bulletin des enquêtes du musée de la Vie wallonne». La plus ancienne de ces mentions est un billet manuscrit, daté du 10 novembre 1784, d'un certain H. J. Le Doyen de Xhignesse : il précise qu'en rentrant de Verviers, où il avait soupé trois jours auparavant, il avoit jetté quatre pigeons du père Croisier et qu'il n'en revint qu'un, peut-être à cause du vent qui étoit effroiable. Impossible cependant, à partir de cette note, de savoir si ce «jeter» de pigeons constituait un entraînement pour un concours plus vaste ou un simple divertissement individuel.

En dépouillant les journaux contemporains, Georges Jarbinet trouve aussi une dizaine d'annonces de lâchers de pigeons liégeois à Amsterdam, Cologne et Hambourg, en 1811 et 1812. D'autre part, un « Mémoire statistique» rédigé par les responsables du département de l'Ourthe, entre 1806 et 1813, fait état d'un réel engouement des habitants de la préfecture, Liège, pour ces concours, au départ de Paris ou de Lyon.

UN SPORT NATIONAL...

Il semble donc que la colombophilie - qui ne porta ce nom que dans le dernier quart du XIXe siècle - ait pris naissance aux alentours de Verviers ou de Liège, entre 1784 et 1810. Comme Gand organisa ses premiers lâchers en 1815, Huy en 1820, Anvers en 1825, etc., elle devint rapidement un «sport national», bien avant de pénétrer en France, en 1849.

On connaît le rôle que jouèrent les pigeons voyageurs lors du siège de Paris par l'armée prussienne, en 1870. Les récits, largement répercutés dans toute la presse internationale, de leurs départs en ballon de la capitale française et de leurs vols de retour vers celle-ci, permettant de faire passer des milliers de messages à travers les lignes ennemies, constituèrent une excellente publicité pour la colombophilie, de sorte que les amateurs se multiplièrent sur tous les continents.

Aujourd'hui, la fédération mondiale, qui a son siège à Bruxelles, compte une quarantaine de pays affiliés, situés principalement en Europe et en Extrême-Orient (plus de 40.000 adhérents à Taiwan, par exemple), mais aussi en Afrique du Sud, en Egypte, aux USA et à Cuba... Soit plus d'un demi-million de « passionnés» répartis dans le monde entier.

...JADIS DOMINÉ

PAR LES LIÉGEOIS

En Belgique même, alors que la province de Liège avait dominé toutes les compétitions jusqu'à la Première Guerre mondiale, la suprématie flamande n'est plus contestable aujourd'hui. Question de nombre, certes : sur 100 colombophiles belges, 85 résident au nord du pays et pas même 5 dans notre province; mais question aussi de méthode : les «colèbeûs» liégeois sont restés des «amateurs», au sens noble du terme mais, par là même, n'ont pas réussi à s'adapter à l'évolution actuelle, qui privilégie les grandes colonies, gérées presque scientifiquement, tant sur le plan de la reproduction des souches que sur celui de la nourriture et des soins vétérinaires... Ce qui - faut-il le souligner ? - implique un important investissement financier. Les facteurs sociologiques et psychologiques jouent aussi : comme les chanteries de coqs, les sociétés colombophiles de nos régions accueillent de moins en moins de jeunes, attirés par d'autres loisirs et surtout peu désireux d'être contraints à une présence quotidienne au colombier - avec une série de tâches peu valorisantes, telle l'évacuation des fientes - et un lever matinal le dimanche.

FRANÇOISE LEMPEREUR

Pour suivre :

les «trouffleurs»

de Sourbrodt

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