"NOTRE" JOSE VAN DAM VICTORIEUX LYRIQUE DE LA MUSIQUE DU BASHUNG COW-BOY AUX INDIENS DE POW WOW

«Notre» José Van Dam victorieux lyrique de la Musique

Pow Wow contre visages pâles

C'était au tour de l'industrie de la musique de pousser un cocorico de l'autosatisfaction et de la bienséance.

Il s'agit dorénavant, pour la cérémonie des Victoires de la Musique qui est à sa huitième édition, de faire aussi bien que les Césars, Molières et Septs d'or, à savoir proposer en direct une émission de télévision qui n'assoupisse pas le (télé)spectateur. C'est la raison pour laquelle cette année, les trophées des «petites catégories» ont été attribués hors antenne. Ça n'intéresse personne. Mais il restait néanmoins le problème de la musique classique. Ne parlons pas de la petite polémique qui a entouré l'éviction de la musique du film «Tous les matins du monde» soi-disant parce qu'il ne s'agissait pas d'une oeuvre originale mais essentiellement de thèmes du répertoire. En récompensant le gambiste espagnol Jordi Savall dans la catégorie «soliste de musique de chambre», on faisait une fleur au film écarté.

Mais on est par contre en droit de se poser des questions sur la valeur des récompenses attribuées par un collège de trois mille votants membres de l'industrie de la musique dont neuf dixièmes n'y connaissent strictement rien en musique classique. Soyons content pour José Van Dam même si cela n'apportera pas grand chose à une prestigieuse carrière bien au-dessus de tout cela. Et puis, comme l'a très justement dit Yehudi Menuhin à qui un hommage était rendu (avec notamment mademoiselle Chang qui n'était pas celle de Michel Berger à qui un hommage fut également rendu), vive une musique populaire tout de même savante et savante tout de même populaire.

DAHO ET JONASZ

OUBLIÉS

En musique dite de variétés donc, c'est Pow Wow qui réalisa le premier bon score avec la meilleure chanson de l'année («Le Chat») et le titre de groupe de l'année (à la barbe des Négresses Vertes qui en auraient bien eu besoin pour se consoler de la mort d'Helno). Se permettant même de souffler l'affaire à Bashung qui positionnait deux chansons dans la première catégorie. Si cela a mal commencé pour Alain, il termina heureusement en beauté avec le clip de l'année pour «Osez Joséphine» (merci Jean-Baptiste Mondino) et le titre de chanteur de l'année. Avec son excellent album sorti fin 91 et son coffret de fin 92, il fut de fait l'homme de la situation.

Peut-on en dire autant de son homologue féminine Véronique Sanson qui l'a emporté sur sa copine Maurane et Vanessa Paradis?...

De toute façon, les absents cette fois ont eu tort. Afin d'endiguer un taux d'abstentionnisme jusqu'ici record pour ce genre de cérémonie, on a veillé à ne récompenser que ceux qui étaient à même de chanter leur petite chanson après les remerciements de rigueur. Ce qui n'a pas empêché Michel Jonasz de repartir bredouille si ce n'est la consolation apportée par son ingénieur du son récompensé. Idem pour Daho qui eut juste le temps de nous informer que son «Urgence» pour la lutte contre le sida s'est vendu à 250.000 exemplaires et a rapporté 12.500.000 FF. intégralement versés à l'Institut Pasteur.

Dutronc s'en est mieux sorti avec sa «performance musicale de l'année» au Casino de Paris devant 35.000 personnes tandis que Voulzy empochait l'album de l'année. Comme il n'en fait que trois tous les vingt ans, valait mieux assurer...

Pow Wow est donc passé immédiatement au rang de groupe vedette sans même passer par la catégorie révélation. Les Indiens du rock a cappella ont ainsi permis à Zazie et Arthur H. (révélé chez nous au Botanique en été 1990!) de bénéficier de ce très utile éclairage. Pour le reste, on a choisi de bonnes vieilles valeurs, Robert Charlebois raflant avec un très moyen album la Victoire de la musique du monde, au nez et à la barbe de tous les Africains et autres tenants d'une «world music» métissée (Manu Dibango s'en sortant dans la catégorie des variétés instrumentales) tandis que Gabriel Yared (pour la musique du film «L'Amant») oblige Cyril Collard à attendre la cérémonie des Césars pour être dignement récompensé de ses «Nuits fauves».

SACRÉE SOIRÉE

AVEC FUGAIN ET BÉCAUD

Ainsi s'est déroulée, lundi soir au Palais des Congrès de Paris, une gentille petite soirée, sans accrocs (sinon Bashung qu'on ne voulait pas faire chanter et qui réussit néanmoins à le faire une fois sur les deux), sans coups de gueule, sans personne pour troubler le doux ronron de la soirée (Serge n'est plus là pour porter Vanessa dans ses bras) qui finit par ressembler à une «sacrée soirée» comme une autre, la pub et les jeux en moins. Même Nagui fut plus sage qu'à l'habitude, ce qui ne l'a pas empêché de jouer son petit Drucker en rappelant systématiquement les dates et salles de concerts des invités. Même de ceux qui n'ont rien gagné comme Michel Fugain venu nous faire le coup du pot-pourri à la veille de son retour à l'Olympia quand ce n'est pas Bécaud venu faire la retape pour son nouveau disque. Au moins Sting, après avoir chanté son nouveau titre annonciateur de l'album prévu pour le 1er mars, a-t-il eu la gentillesse de massacrer avec talent le «Je ne sais pas» de Brel...

THIERRY COLJON