Ntuyahaga coupable, les familles soulagées

Le jury de la cour d'assises de Bruxelles-Capitale a reconnu ce mercredi l'ex-major rwandais Bernard Ntuyahaga, 55 ans, coupable de l'assassinat des dix casques bleus belges, tués le 7 avril 1994 à Kigali. Les familles des victimes se sont dites satisfaites et soulagées.

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L'ex-major a été acquitté de l'assassinat de la Première ministre, tuée le même jour.

Les casques bleus, qui assuraient la sécurité de la Première ministre, ont été désarmés par l'accusé et emmenés en minibus au camp Kigali tout proche, où ils furent massacrés.

Un sort identique attendait Agathe Uwilingiyimana et son mari, tués à leur résidence.

Bernard Ntuyahaga a toujours affirmé avoir pris fortuitement en charge les casques bleus, qu'il avait croisés « par hasard » en se rendant à son travail, et les avoir conduits en un « lieu sûr », ignorant le sort qui leur serait réservé. Il prétendait ainsi s'être trouvé « au mauvais endroit au mauvais moment ».

Il a toujours contesté aussi toute implication dans la mort de la Première ministre. Il a été acquitté de ce fait.

L'accusé a également été jugé coupable de l'homicide de trois familles de Rwandais et de deux femmes rwandaises à Kigali entre le 6 et le 12 avril.

Il a été acquitté de tous les homicides commis à Butare en juin 1994 qui lui étaient reprochés.

Le jury n'a pu se décider sur des homicides commis sur un nombre indéterminé de personnes à Kigali. La cour s'est retirée pour trancher.

Soulagement

Très émues, les familles des casques bleus belges se sont dites satisfaites et soulagées ce mercredi, après le verdict de culpabilité prononcé contre l'accusé, l'ex-major rwandais Bernard Ntuyahaga.

« Je suis satisfait du verdict », a déclaré Joseph Plescia, frère jumeau du caporal Louis Plescia. « Bernard Ntuyahaga est responsable d'avoir emmené les casques bleus à l'abattoir », a-t-il poursuivi, en disant espérer que l'accusé soit condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour la veuve du caporal Dupont, comme pour celle du caporal Lhoir, le verdict est un « soulagement ».

« Cela faisait 13 ans qu'on se battait. Enfin, pour la première fois, la responsabilité de quelqu'un a été reconnue par la justice. Aujourd'hui, tout le monde sait ce qui s'est passé le 7 avril à Kigali », a déclaré avec émotion Michèle Lhoir.

« C'est un moment qu'on attendait depuis longtemps, une reconnaissance pour les victimes », a renchéri Christine Dupont.

Bernard Ntuyahaga n'est toutefois pas le seul responsable et « notre combat n'est pas fini », ont ajouté les deux femmes.

Martine Debatty, soeur du caporal Alain Debatty, voit dans ce verdict de culpabilité « un bel hommage » aux dix paras assassinés à Kigali. Ses sentiments restent néanmoins mitigés : « c'est une impression bizarre de voir l'attitude de l'accusé tout au long du procès. Il est resté impassible. C'est comme s'il ne ressentait rien face à toutes ces morts ; il a simplement fait ce qu'il devait faire ».

Mme Debatty, tout comme les autres proches des dix casques bleus tués, s'est rendue à Kigali. « On ne peut rester insensible face à toutes ces morts comme l'a été l'accusé au cours des débats », a-t-elle souligné.

Un aboutissement de 13 ans

Pour Me Marc Uyttendaele, un des conseils des familles et de l'Etat belge, le verdict est « l'aboutissement d'un très long voyage, plusieurs semaines de procès, mais surtout 13 ans de quête de vérité. Les avocats ont le sentiment du devoir accompli », a-t-il ajouté.

Satisfait du verdict pour ses clients, Me Kennes, autre conseil des familles, a estimé que le jury avait voulu faire preuve d'indépendance en acquittant l'ex-officier pour l'assassinat de la Première ministre. « Il n'était pas présent physiquement lorsqu'elle a été tuée. Le jury a condamné l'accusé pour les faits qui pouvaient incontestablement lui être imputés », a-t-il indiqué.

Me Eric Gillet, avocat de la famille de la Première ministre Agathe Uwilingiyimana, s'est dit déçu de l'acquittement de l'accusé pour la mort de la Première ministre, alors qu'il est « inconstestable que l'assassinat des casques bleus et de la Première ministre sont inséparables. Devant le tribunal pénal international d'Arusha, d'autres personnes sont jugées pour l'assassinat de la Première ministre. S'il y avait acquittement à Arusha, cela serait beaucoup plus grave », a-t-il dit.

Marguerite Nyirazaninka, Belge d'origine rwandaise membre du Collectif des parties civiles, s'est dite déçue de cet acquittement. « C'est comme si on l'assassinait une deuxième fois », a-t-elle dit.

(D'après Belga)

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