Patrimoine - Les pierres blanches et bleues constituaient le pavement de la salle du Trône du palais de Charles-Quint Le sol de l'Aula Magna volé au viaduc

Patrimoine - Les pierres blanches et bleues constituaient le pavement de la salle du Trône du palais de Charles-Quint

Le sol de l'Aula Magna volé au viaduc

* Cinq cents dalles héritées de l'Aula Magna ont disparu. Elles étaient entreposées sous le viaduc des Trois Fontaines, à Auderghem. La barrière de protection n'a pas été forcée.

ANNE-CÉCILE HUWART

VÉRONIQUE LAMQUIN

Je suis effondré. Les voleurs ont emporté un butin d'une valeur inestimable.

Michel Van Roye, président de l'ASBL Palais de Charles-Quint, a appris la mauvaise nouvelle ce matin : les 500 dalles héritées - presque intactes - de l'Aula Magna ont disparu. Elles constituaient le pavement de la salle du Trône du palais, explique le président de l'association gérant les souterrains de la place Royale. Il s'agissait de pierres bleues et blanches, disposées en damier. Dûment inventoriées, elles ont été longuement entreposées place Royale,dans l'ancienne cour des Comptes.

Puis, nous avons dû les évacuer, précise Michel Van Roye. La Région, via l'administration des équipements et déplacements (AED), a alors proposé de les placer dans un dépôt situé sous le viaduc des Trois Fontaines, à Auderghem.

C'est là, sous l'autoroute urbaine, qu'on a constaté le vol, ce matin. Une patrouille s'est rendue sur place, explique-t-on au commissariat de police d'Auderghem. L'entrepôt est clôturé et il n'y a pas eu d'effraction. Le cadenas est intact. Et la clé se trouve dans un casier fermé. Quiconque l'emprunte doit donner son nom. Les voleurs ont dû s'y prendre avec un camion muni d'un bras mécanique pour soulever les palettes par-dessus la barrière.

D'après la police, ces dalles étaient entreposées sous le viaduc depuis le mois de janvier. La dernière fois qu'on les a vues, c'était en juin, précise-t-on. Elles ont pu être volées entre cette période et cette nuit.

L'Auderghemois Alain Lefebvre, de l'AED, n'en revient pas. J'ignorais totalement que ces dalles se trouvaient là. C'est incroyable ! Comment peut-on entreposer ces vestiges à cet endroit ? Cette enceinte est normalement occupée par la Régie des routes. J'ai contacté le directeur. Lui-même n'a entendu parler de rien.

Michel Van Roye rappelle les faits. Le lot était réparti sur quatorze palettes, soigneusement bâchées. Il était impossible d'en deviner le contenu. Il doit s'agir d'une commande : des gens savaient que les dalles se trouvaient là. Ou alors le vol est l'oeuvre d'un démolisseur habitué à piller les dépôts publics. Le butin, il est vrai, est plutôt impressionnant : la plupart des pierres de la grande salle de l'Aula Magna (large de 15 mètres et longue de 50) avaient en effet été retrouvées intactes lors des fouilles. Comme la salle n'avait pas de piliers, vous imaginez le nombre de pierres !, se désole-t-on place Royale.

Était-il bien prudent de laisser pareils objets sous le viaduc ? Les éléments les plus précieux sont dans les bureaux du service de fouilles de l'ULB. Mais nous ne pouvions y stocker quatorze palettes, rétorque Michel Van Roye. Nous avons donc cherché une solution. Nous l'avons trouvée grâce à un responsable de la Régie foncière régionale, membre de l'AED. Je m'empresse de dire que nous étions ravis de leur proposition. Du reste, les palettes étaient à l'abri, derrière des grillages fermés. L'ancien échevin se souvient d'ailleurs que, lorsqu'il gérait semblable dépôt pour le compte de la Ville, sur un terrain de Haren, les vols étaient fréquents.·