Evasion Un aquarium tropical géant : Pierre Chomé, avocat plongeur

Tel avocat se distingue (!) par de la publicité ou du démarchage, tel autre se ressource dans les fonds marins. Tel est le cas de Pierre Chomé, par ailleurs assistant en droit pénal et en procédure pénale à l’ULB. Le trophée le plus médiatisé de son tableau de chasse judiciaire est l’acquittement de Buslik en 2001 alors qu’il avait été condamné à mort par contumace pour la disparition de l’agent de sécurité Swars à Zaventem. Il détient aussi le record de plaidoirie en assises, 27 heures en 1995 pour défendre Beijer dans l’affaire Mendez.

« Mon fantasme, dit-il, c’est de créer un hôtel de plongée sur cette île paradisiaque de Socotra, protégée par l’Unesco en raison de sa biodiversité exceptionnelle riche de 248 plantes terrestres endémiques, c’est-à-dire que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Les scientifiques de Gembloux confirment. »

C’est en 2005 que Pierre Chomé part à la découverte de cette île montagneuse et de ses fonds marins qu’il compare à un aquarium tropical géant dans lequel se donnent rendez-vous les poissons naviguant entre la mer Rouge et l’océan Indien, des raies à queue de vache d’une envergure de deux mètres, des requins, des bancs d’orques, des raies mantas, les plus grandes du monde.

Sans crainte ? « Il n’existe pas de cas répertorié d’un plongeur-bouteille agressé. Contrairement à une idée reçue, le requin n’est pas attiré par l’homme. S’il lui arrive de le mordre, il le recrache. Le seul danger, c’est quand on est en surface, que l’on agite bras et jambes. Le requin pense aux mouvements d’une bête et son instinct de prédateur le pousse à la chasse. Ceci dit, le plongeur doit respecter le code qui lui interdit de toucher et, forcément, d’emporter quoi que ce soit. Malheur à celui qui toucherait un poisson-pierre. Il mourrait sur-le-champ.

Les plongeurs ne rencontrent pas que “du gros”. A vingt-cinq mètres de profondeur, sur un plateau fait de récifs, de corail dur et de superbes coquillages, ils ont la chance d’admirer les petits poissons de récifs tels le poisson-chat, le poisson-écureuil, le poisson-clown, le poisson-perroquet, le poisson-coffre, la seiche, très intelligente, qui joue avec vous et qui, quand elle en a marre, vous quitte à la vitesse de l’éclair. Il y a aussi le glass fish, minuscule, mais en telle abondance que l’on ne voit plus son compagnon de plongée qui se trouve à un mètre de vous. »

Enfin, il y a les épaves. Pierre Chomé en a repéré quatorze, qui vont du bateau long de cent mètres aux tout petits, en bois. « Il est exceptionnel de découvrir dans un même lieu des épaves, des poissons tout petits et d’autres de belle taille. »

Fort de ces points positifs, Pierre Chomé pilote au printemps 2006 une mission scientifique à laquelle prennent part son copain de Sart-Dames-Avelines Jean-François Haes et le Français Brunon Jonin, un spécialiste de l’archéologie sous-marine. Ils entrevoient le côté mystérieux de cette île qui, dit-on, aurait abrité une base secrète de sous-marins nucléaires soviétiques et où la condition de la femme n’est pas ce qu’elle est chez nous…

« On a voulu tester l’île par rapport à un public-cible. Un tour-opérateur français s’est rendu sur place avec des plongeurs confirmés qui ont écarquillé les yeux. On a mis en évidence dix-huit endroits remarquables qui feraient la joie des plongeurs touristes. Il faut offrir la garantie maximale de non-pollution. Bref, on planche sur la possibilité de mettre un bateau croisière à leur disposition. Les velléités de modernité se heurtent cependant à l’ONU qui veille scrupuleusement à la protection de la nature, au gouvernement yéménite ainsi qu’aux chefs locaux de tribus… »