POUR LIRE Coups de projecteur sur Laurent-Désiré Kabila « Essai biographique sur Laurent-Désiré Kabila », Erik Kennes (en collaboration avec Munkana N'Ge) « Kabila et la révolution congolaise, panafricanisme ou néocolonialisme ? », tome 1, Ludo Martens « République démocratique du Congo, guerres sans frontières, de Joseph-Désiré Mobutu à Joseph Kabila », Olivier Lanotte.

POUR LIRE

Coups de projecteur sur Laurent-Désiré Kabila

« Essai biographique sur Laurent-Désiré Kabila », Erik Kennes (en collaboration avec Munkana N'Ge) ; « Kabila et la révolution congolaise, panafricanisme ou néocolonialisme ? », tome 1, Ludo Martens ; « République démocratique du Congo, guerres sans frontières, de Joseph-Désiré Mobutu à Joseph Kabila », Olivier Lanotte. Avec une patience et une obstination d'alpiniste, Erik Kennes, chercheur au Centre d'études et de documentation africaine s'est, durant plusieurs années, attaqué à l'un des versants les plus mal connus de la politique congolaise : la biographie du « tombeur » de Mobutu, et à travers ce personnage l'histoire des rébellions et des maquis dans l'est du pays.

De ces années de travail ressort un ouvrage long, minutieux, fourmillant de détails précis, passionnant à condition de s'accrocher. Car Kennes n'a pas épargné sa peine, il a interrogé des contemporains de Kabila, fouillé des archives inédites, reconstitué des généalogies. Il en ressort moins le portrait d'un homme, avec son caractère et ses passions, que l'histoire d'une vie, qui résume toute une époque.

En effet, le père de Kabila, Désiré Taratibu est ce que l'on appelle un « évolué », un « ami des Belges » employé de poste à Manono du temps de la colonisation et qui tire une grande fierté des aptitudes de son fils, qui manie le français avec éloquence et se révèle un meneur d'hommes. Désiré Taratibu, membre de la Conacat, le parti de Tshombe, le leader sécessionniste du Katanga, sera d'ailleurs tué par des « rebelles » au lendemain de l'indépendance.

Il ne verra pas son fils suivre des chemins radicalement différents, interrompre ses études, siéger comme député à l'Assemblée régionale du Katanga dans les rangs de la Balubakat (qui rassemble les Katangais du Nord) puis prendre le maquis. C'est là, comme on le sait, qu'il accueillera Che Guevara.

A ce propos, Kennes explique fort bien l'incompréhension totale entre les combattants congolais (parmi lesquels de nombreux réfugiés tutsis rwandais) et les internationalistes cubains pour lesquels le Congo est une cause, un « point focal de la lutte impérialiste », mais pas un pays et un peuple.

Le livre de Kennes est une référence incontournable

Après la désintégration des maquis de l'Est, Kabila voyage, se rend en Chine et son discours se radicalise, il fonde son propre mouvement, le parti de la révolution populaire, qu'il met en relation avec, en Belgique, le parti communiste (prochinois) de Jacques Grippa. Avec une poignée de partisans venus de Tanzanie, il gagne les montagnes qui surplombent le Lac Tanganyka pour y fonder une société nouvelle, un maquis dont le siège s'appellera « Hewa Bora » (Air frais).

S'appuyant sur des témoignages inédits, de nombreux recoupements et faisant quelquefois preuve de parti pris (lorsqu'il qualifie de « hors-la-loi » un Kabila qui prend les armes contre le putschiste Mobutu...), Kennes retrace la vie dans ce maquis dont la principale ressource est l'extraction et le commerce de l'or. C'est là que grandissent les enfants de Kabila, les jumeaux Janet et Joseph.

Le chercheur du Cedaf, sans insister, met fin ici à une polémique qui agite l'opinion congolaise depuis des années : il démontre que Joseph Kabila est bien le fils de Laurent-Désiré et de Maman Sifa Maanya ; il donne même le nom de l'accoucheuse des jumeaux, retrace le parcours scolaire du fils préféré qui, à Dar es Salam où il fréquente l'école française prend, pour des raisons de sécurité, le nom de Hippolite Kabange Mtwale.

S'il donne force détails sur les années de jeunesse et de vie adulte de Laurent-Désiré Kabila au point de faire de ce livre une référence incontournable, Kennes va plus vite lorsqu'il s'agit d'évoquer les péripéties qui propulsent Kabila à la tête de l'Etat. Mais là, d'autres prennent le relais, qui d'une manière très engagée, qui avec la froideur d'un historien.

En effet, Ludo Martens, fondateur du Parti du Travail de Belgique, s'est pris d'admiration pour Kabila, en lequel il a vu le révolutionnaire qui allait enfin renouer avec la pensée politique de Lumumba et faire du Congo un bastion révolutionnaire. Le premier tome de son ouvrage est déjà un monument, lourd de citations, d'observations concrètes, lourd aussi de considérations politiques engagées, mais il est riche aussi d'informations inédites sur l'idéologie et la pratique politique de Kabila ainsi que sur le déclenchement de la deuxième guerre du Congo.

Quant à Olivier Lanotte, il publie alors que d'autres ont déjà tiré les marrons du feu et ne se fonde que sur des sources secondaires. Ce qui n'empêche sa synthèse d'être précise, factuelle et d'offrir un utile aperçu de ces années de guerre, qui prennent racine dans l'échec de la transition démocratique... Le livre se termine sur un appel qui demeure toujours d'actualité : le Congo demeure à la recherche d'hommes d'Etat...·

COLETTE BRAECKMAN