Psychologie Deux études réalisées à Louvain-la-Neuve font le lien entre religion et comportement social : La religion rend-elle altruiste ?

La pratique d’une religion rend-elle les êtres humains plus sociaux ? C’est ce qu’a voulu savoir le Pr Vassilis Saroglou, du Centre de psychologie de la religion de l’Université catholique de Louvain (UCL). Et les résultats de deux de ses dernières recherches semblent bien pointer en ce sens.

En laboratoire, la première phase de ses travaux confirme que les personnes croyantes se perçoivent elles-mêmes comme « altruistes ».

« Ces études démontrent surtout que les effets concrets de la religion sur les comportements prosociaux comme l’aide, le pardon ou le sacrifice existent bel et bien, mais se limitent à des comportements minimaux, comme une moindre agressivité par exemple. Ces comportements prosociaux s’adressent aussi principalement au cercle des proches : ils ne s’étendent pas à des inconnus », indique l’UCL.

La deuxième phase de travaux a été menée en collaboration avec le Laboratoire de psychologie sociale. Ce sont ici les effets subliminaux que l’activation de la religion peut avoir sur le comportement social qui ont été observés.

Il en ressort que les personnes inconsciemment exposées à des mots religieux à connotation positive (comme « foi », « miracle » ou « communion ») accèdent plus rapidement à des mots altruistes et, de plus, ont une plus grande propension à adopter un comportement altruiste, comme distribuer des tracts pour les Restos du cœur, par exemple. Et ceci que les sujets soient ou non croyants.

La même méthode d’expérimentation avec le même matériel des mots religieux présentés de manière subliminale a également démontré que les sujets accèdent plus rapidement à des mots relatifs à la soumission et qu’ils peuvent, à l’invitation de l’expérimentateur, se montrer plus vindicatifs face à une personne qui les a critiqués.

« Attention, ces derniers résultats ont été observés chez des personnes ayant une prédisposition à la soumission : la religion n’est donc pas nécessairement un facteur de soumission, elle l’activerait ou la favoriserait simplement », préviennent les chercheurs.

« Ces recherches clarifient ainsi sur le plan empirique, les effets limités mais non illusoires de la religion sur les comportements à caractère prosocial, indique l’équipe. Elles montrent également comment les mêmes situations peuvent activer chez certaines personnes des mécanismes, comme la soumission, qui peuvent aussi conduire à des comportements antisociaux, comme la vengeance ou la violence. »

En combinant ces deux types de résultats, les chercheurs se demandent à présent si derrière certains effets de la religion sur la moralité et les comportements sociaux, on ne trouve pas des processus plus problématiques tels la soumission, la conformité ou la dépendance.