Quand Michel Droit,

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Quand Michel Droit,

comme Tartarin

de Tarascon...

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

PERMANENT

Paris, 2 mars.

Le sort s'acharne sur l'académicien Michel Droit. Le voici mêlé à un tragique accident de chasse au fauve, dans le Nord-Cameroun. Au cours d'une progression en brousse, lundi, il a fait une chute. Son fusil lui a échappé. Un coup de feu est parti. Une balle a atteint à la jambe son compagnon de traque, un industriel français de 47 ans, Jacques Chibret, qui a succombé peu après à sa blessure.

Une enquête a été ouverte par la gendarmerie de la localité proche du lieu du drame, Ngaoundéré. Entretemps, l'académicien a été prié de ne pas quitter le pays. Il devrait savoir dans quelques jours s'il est inculpé ou non. Selon le témoignage d'un enquêteur, le premier chasseur, M. Chibret, marchait en tête. Il aurait aperçu un lion, se serait retourné pour appeler M. Droit. Celui-ci, qui suivait à une dizaine de mètres, aurait alors fait un faux pas, lâchant son arme.

Michel Droit sortait d'une longue épreuve judiciaire à Paris, à laquelle un non-lieu venait de mettre fin. Il avait été accusé de «forfaiture» dans l'exercice de ses fonctions au sein de l'ex-Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL), soupçonné d'avoir favorisé l'accès au réseau FM parisien d'une radio locale, contre divers avantages; soupçonné également d'usage de faux documents destinés à masquer des salaires extérieurs, encore perçus alors qu'il faisait déjà partie de la CNCL.

Une violente campagne de presse avait marqué cette période. Il y avait répliqué non sans de nombreuses maladresses. Michel Droit est de ces mal-aimés qui, dirait-on, font littéralement naître à leur endroit le sarcasme et l'ironie. En tout cas, une image lui colle obstinément à la peau: celle du faire-valoir (certains ont dit: «porte-coton») que s'était choisi le général de Gaulle, lors de sa difficile campagne présidentielle de 1965. Depuis, ce journaliste «docile», cet écrivain laborieux n'avait cessé d'être la cible périodique des quolibets. Cela ne l'avait cependant pas empêché d'être élu à l'Académie française...

«Ma journée est faite. Je quitte l'Europe», avait écrit Rimbaud appelant à lui «Les climats perdus (qui) me tanneront. Nager, broyer l'herbe, chasser!...»: Michel Droit avait, lui aussi, voulu changer d'air. Il s'était laissé guider, une fois de plus, par ce que Maurice Genevoix appelait «l'instinct d'obéir aux conseils éternels qui viennent de la terre et des nuages», l'instinct de la chasse. Hélas, ce n'est pas le lion - cette fois - qui se trouvait au bout de son fusil...

J. Cy.

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