QUINZE SCULPTURES "AFRICAINES" A FRONT DE LA PLACE DE TERVUREN L'ART,POUR CAPTER LE REGARD...

Quinze sculptures «africaines» à front de la place de Tervuren?

L'art, pour capter le regard...

Pour sortir la commune de Tervuren de l'anonymat, le sculpteur Tom Frantzen a une idée en bronze!

En son genre, le musée royal de l'Afrique centrale, à Tervuren, est assurément un des plus fabuleux du monde. Conçu alors que la Belgique était encore une puissance coloniale respectée, l'endroit abrite une inestimable collection d'objets ethnographiques et d'animaux naturalisés.

Mais si le contenu est remarquable, le contenant vaut également le déplacement. Pour «son» musée, Léopold II voulut un bâtiment somptueux. Il en confia la réalisation à l'architecte français Charles Girault, créateur du Petit Palais, à Paris. Le Roi bâtisseur (et colonisateur) ne verra cependant jamais le «petit Versailles» parachevé: c'est son neveu, Albert 1er, qui l'inaugura, en 1910.

En un mot comme en cent, le musée d'Afrique centrale est un lieu de visite privilégié: pour l'aventurier en herbe, pour le scientifique comme pour le féru d'architecture. Une aubaine pour la vie économique de la petite bourgade de Tervuren, qui profite de ce pôle d'attraction? Négatif, selon nombre de commerçants du bourg. En cause: l'absence de lien entre le musée et le village. Aucun élément n'accroche l'oeil du chaland, rien ne l'incite à «franchir le Rubicon».

C'est là qu'intervient Tom Frant-zen, un sculpteur résidant à Tervuren, connu aux quatre coins du monde de l'art.

HOMMAGE À L'AFRIQUE

La grande idée de l'artiste, c'est d'ériger une chaîne une sculptures le long de la place nouvellement aménagée, qui surplombe le domaine du musée. Très précisément le long du muret, entre les bâtiments de l'office du tourisme et le commissariat de police, pour ceux qui connaissent les lieux...

On l'a dit, il n'existe actuellement aucun lien visuel entre le musée et le village. Tom Frant-zen a voulu combler le vide. En plaçant, à l'horizon du visiteur du musée: trois statues de guerriers africains, un paon et un lion, lové sur le mur. Et du côté de la place: sept échassiers africains, les trois guerriers et le lion lové, vus de face, un éléphant et le buste de Léopold II, derrière une sorte de soleil: la queue en éventail du paon... Au total, quinze superbes pièces de bronze et un luminaire.

Le ministre flamand de la Culture, la commission royale des Monuments et Sites, comme l'administration communale de Tervuren, ont marqué leur intérêt pour le projet. Seulement voilà, comme souvent sous nos latitudes, le financement pose problème! Les différentes agences bancaires de Tervuren se sont bien fendues d'un chèque de 25.000 F, mais il s'agit là d'une goutte de bronze dans le moule des 4 millions nécessaires aux seuls frais de fonderie! Eux-mêmes une «paille» face aux 70 millions investis dans le réaménagement de la place: tout est relatif.

Les trois guerriers ont déjà été coulés par l'artiste, qui a cassé sa tirelire. Car aucune maquette en cire ne remplacera jamais une véritable statue. La suite? Tom Frantzen mise tout sur le mécénat d'entreprise, les pouvoirs publics se révélant par trop insolvables...

UN PRESTIGIEUX «CV»!

Tom Frantzen est né à Bruxelles, en 1954, mais il habite Tervuren depuis plus de vingt ans. Il aimerait aujourd'hui marquer sa commune de sa griffe. Même sans en tirer profit... Il en a l'habitude: le bronze est une matière ruineuse à travailler, particulièrement quand les compositions sculpturales sont complexes à fondre et à assembler, comme c'est le cas chez lui.

Élève de Roger Somville, l'artiste a étudie la peinture et le dessin monumental à l'académie communale d'Auderghem. Plus tard, il a abordé la sculpture dans l'atelier de Rik Poot, à La Cambre.

La liste des récompenses trustées est longue: en Belgique (prix Godecharle, prix Ernest Claes) comme à l'étranger (deuxième prix au concours du grand prix Rodin du Utsukushi-Ga-Hara Open Air Museum de Tokyo)... Les spécialistes apprécieront!

On peut admirer des oeuvres de Tom Frantzen en de nombreux endroits publics. Citons, sous nos latitudes: le monument du Vaartkapoen, place Sainctelette, et la statue «Quick et Flupke», au boulevard Léopold II.

WILLIAM BOURTON