Cinéma C'est arrivé près de Paris : Rémy Belvaux s'est tué

Ce film ne pisse pas très haut mais toujours au bon endroit, là, dans nos bénitiers. » Le critique de Libération avait adoré C'est arrivé près de chez vous et il n'était pas le seul. Le film des trois potaches belges avait réveillé le festival de Cannes 1992 et raflé le prix international de la critique et le prix spécial de la jeunesse. Il créditait Poelvoorde et Bonzel, l'acteur et le cameraman, comme réalisateurs parce qu'ils avaient tout travaillé en commun, mais c'était lui le metteur en scène.

De manière totalement inattendue, Rémy Belvaux est mort, lundi soir, à Orry-la-Ville, dans l'Oise, à quelques kilomètres au nord de Paris. Il s'est suicidé. Il aurait eu 39 ans en novembre. C'était le frère cadet de Lucas Belvaux, l'acteur et réalisateur de La raison du plus faible, et de Bruno Belvaux, le dramaturge dont une pièce sera montée au Public cette saison (lire page 42).

Pour la postérité, Rémy Belvaux, ce sera C'est arrivé près de chez vous, devenu un film culte, chez nous et ailleurs. Jusqu'au Japon. On se répète les répliques ironiques du film, les sentences proférées par Ben-le-tueur-cynique-Benoît-Poelvoorde. Du style : « Un petit quidam, ça ne fait pas de vague... Tu tues une baleine, t'auras les écolos, t'auras Greenpeace, t'auras le commandant Cousteau sur le dos ! Mais décime un banc de sardines, j'aime autant te dire qu'on t'aidera à les mettre en boîte ! »

Rémy Belvaux avait réalisé (et joué dans) ce film à 20 ans, après ses études d'abord à la Cambre puis à l'Insas. « Au début du film, nous avait dit Rémy Belvaux en 1992, le tueur dégage une sorte d'humour noir et de charme. Après la scène du viol, qui est brutale et insupportable, le spectateur pense : Merde, j'ai rigolé d'un tas de meurtres commis par ce mec alors que c'est ignoble. Là, nous piégeons nos spectateurs. »

« C'était un de mes principaux complices, se désole Noël Godin. C'est lui qui avait entarté Bill Gates en 1998. Il avait vécu ça euphoriquement. » Depuis, l'euphorie était retombée.

Rémy Belvaux s'était tourné vers le cinéma publicitaire. Son inventivité et son imagination ne s'étaient pas taries. Au contraire : il avait remporté pas mal de prix. Au Festival de film publicitaire de Méribel, pour des spots Total et Ikea. En 2005 encore pour l'ensemble des films de la campagne SFR. Plus un Lion d'argent à Cannes pour le spot Charal. Ça marchait bien pour lui. « Il fut six années de suite sacré meilleur réalisateur de pub de France, dit un communiqué de sa famille et de ses proches. Alliant la créativité du dessinateur à celle du cinéaste naturaliste, ses scripts et ses lay-out étaient des toiles en mouvement qui arrêtaient dès le dessin ce qui serait le plan à l'écran. »

A l'inverse de sa vie professionnelle, sa vie personnelle semblait ne pas aller. Depuis huit ans, il avait quasiment rompu avec ses amis, même ses plus proches comme Noël Godin ou Benoît Poelvoorde. Il ne voyait plus ses frères, sa famille que de temps à autre, particulièrement au réveillon de Noël. Mais il n'y était pas à la Noël 2005. Sa compagne Odile, avec laquelle il formait un couple fusionnel, d'après ses amis, avait psychologiquement beaucoup souffert après la mort d'une amie très proche. Elle a peut-être entraîné Rémy dans son désespoir.

« Tous ceux qui l'ont connu savent qu'il pouvait aimer les autres jusqu'à s'oublier lui-même, dit la famille. Il s'est perdu lundi, nous laisse un chef-d'oeuvre et des tonnes de regrets. » Car il avait des projets. En 1998, il avait scénarisé et monté le financement d'un nouveau film, sorte de Pieds Nickelés déchaînés, dans lequel devaient jouer Lucas Belvaux, Benoît Poelvoorde et Noël Godin. Tout était au point. Et puis le silence. Et puis la mort.

« Il nous reste à nous saouler à sa santé », a réagi Benoît Poelvoorde. Et à voir et revoir ce chef-d'oeuvre dévastateur et jovial, ce conte d'ogres qu'est C'est arrivé près de chez vous.