Résister, une question de devoir patriotique Comme Lily de Gerlache, les femmes prirent conscience de pouvoir participer aux affaires du monde HUMEUR Les machistes en voie d'extinction?

Temps de lecture: 5 min

Résister, une question de devoir patriotique Comme Lily de Gerlache, les femmes prirent conscience de pouvoir participer aux affaires du monde

Cinquante-six ans après la fin de la seconde guerre mondiale, Lily de Gerlache plaide pour une citoyenneté active. Aussi bien féminine que masculine.

CHRISTIAN LAPORTE

Le 3 septembre 1944, alors que Bruxelles fêtait - ses libérateurs, Lily - de Gerlache de Gomery entrait dans l'enfer de Ravensbrück. Le début de huit mois d'humiliations, de vexa -tions rendus encore plus inhumains par le typhus qu'elle allait y contracter. Le 18 octobre dernier, cette porte-parole des prisonnières politiques ne put cacher son émotion de voir leur combat reconnu par un mémorial. Maintenant, déclara-t-elle, je suis libre de partir en paix .

Aujourd'hui, Lily de Gerlache évoque le temps de la Résistance pour mettre en exergue le rôle particulier des femmes dans le combat contre le nazisme.

La nécessité d'agir prima

Le 10 mai 1940, je n'étais pas prête à être militaire mais résistante! Malgré la «drôle de guerre», le déclenchement du conflit fut une surprise, mais nous ne pûmes admettre cette invasion. Dès le début, nous avons cru à la victoire alliée!

Lily de Gerlache, née van Oost, dit ne pas avoir eu de mérites à entrer en résistance: N ous avions été élevées dans un tel esprit civique qu'il n'y avait pas d'autre voie. Ma mère, infirmière en 14-18, nous avait mis en garde contre la montée des périls en nous faisant lire «Mein kampf». Trop d'yeux se sont dessillés trop tard. Hitler avait annoncé tout ce qu'il allait entreprendre, y compris l'extermination raciale. Tous ses ennemis étaient condamnés à la chambre à gaz avec la complicité de nombre de firmes allemandes. Pire, il y expliquait que le jour où il aurait déclaré la guerre au monde, il pourrait mettre en place une solution finale pour les races considérées impures...

Chez les van Oost, la nécessité d'agir prima, dès lors, très vite.

Utile à la Croix-Rouge

Il n'y avait certainement pas d'hésitation comme en France où Pétain s'était proclamé porte-parole de la Nation française... Certes, l'armée avait capitulé mais c'était une question militaire, pas morale... Mon frère qui avait 15 ans se rendit dès le 10 mai à la gare de Gand; je voulus me rendre immédiatement utile aussi à la Croix-Rouge.

Ambulancière, Lily van Oost se chargea de l'aide aux blessés et encadra les enfants des prisonniers de guerre. A partir de 1943, son domicile gantois et la maison de campagne près d'Audenaerde devinrent des boîtes aux lettres pour l'armée secrète clandestine (AS).

En mai 44, le chef de la zone 3 de l'AS nous a demandé d'entrer dans le maquis dans la perspective d'un débarquement. On me confia des missions de messagère et de transport d'armes dans la région de Bruges. Une période dangereuse: Certaines d'entre nous ont été capturées. Mais, comme le dit le chant des partisans, lorsqu'un compagnon tombait, un autre sortait de l'ombre à sa place. Jusqu'à la fin de la guerre, cette volonté habita Lily van Oost. Même lorsqu'elle fut arrêtée à Bruxelles, le 28 juillet 44: Nous voulions continuer le combat dans les camps. Si Hitler avait gagné, le monde entier aurait été concentrationnaire...

En s'excusant de trop parler d'elle- , Lily de Gerlache évoque Germaine Tillion, une ancienne de Ravensbrück, sujet d'un livre de Jean Lacouture. Ou encore Dedée de Jongh, cette jeune femme belge qui créa le réseau Comète, permettant à des centaines de pilotes alliées de retourner au combat...

Les femmes se sont particulièrement engagées dans ce combat parce qu'elles avaient pris conscience de pouvoir participer aux affaires du monde. La seconde guerre mondiale n'était plus seulement une guerre de conquête, mais aussi une guerre idéologique. Le combat antiraciste domina aussi moult engagements: Une doctoresse alsacienne, Adelaïde Hautval, autre ancienne de Ravensbrück, fut un modèle fantastique. Elle fut déportée parce qu'elle refusa de prendre position contre les juifs...

Après la guerre, Lily van Oost allait poursuivre son engagement de citoyenne. Notamment en ceignant l'écharpe maïorale dans son village de Mullem...

HUMEUR Les machistes en voie d'extinction?

«Femmes, je vous aime!» Le tube du beau Julien avait donné le tournis aux mandataires libérales, propulsées à l'avant-scène d'un congrès PRL, dans une étourdissante «standing ovation»: Nous ne laisserons plus jamais nos Juliette au balcon, juraient les Roméo libéraux. C'était il y a trois ans. Depuis, le refrain de la «Nouvelle culture politique» et l'hymne à la parité ont pris un coup de vieux. Une semaine après les communales, le président remettait le parti à l'heure d'antan: Ducarme débarquait ses deux seules ministres, Corinne De Permentier et Anne André, au profit de Richard Miller et d'Alain Zenner. Le camouflet ne flanque pas le blues aux bleues. Comme leurs consoeurs, elles ont appris à vivre avec cette condescendance feutrée, exprimée avec moins de retenue chez les aînés et les plus conservateurs. Ce machisme n'est que le reflet d'une société patriarcale depuis la nuit des temps. Le pouvoir est lié à l'image de l'homme: grand, parlant fort, inspirant confiance et respect, observe une parlementaire.

Il n'est pas simple de s'imposer sur le ring politique où les femmes ne comptent plus les coups sous la ceinture. Demandez à Isabelle Durant priée par un de ses «pairs», en conseil des ministres, de retourner à ses fourneaux. Interrogez les jeunes parlementaires féminines dont les homologues masculins raillent la primesautière naïveté. L'Ecolo Marie Nagy se souvient encore de la large main de José - Happart s'emparant hardiment de son micro pour lui couper le sifflet, en plein débat à la radio. Prenez le pouls de ces mandataires sorties de l'ombre par la grâce de la parité, sous les sarcasmes d'un quarteron de mâles parlementaires: Cette règle est stupide. Les femmes ne sont pas faites pour la politique. Elles y foutent le b... en prenant la place d'hommes compétents. Ambiance? A nous de choisir nos armes pour nous imposer. La hausse de notre représentativité a aiguisé notre combativité , assure - Anne-Marie Lizin. Nous n'avons pas de chiennes de garde. Mais il ne faut pas hésiter à mordre en cas de dérapage.

La dernière embardée nous vient de la Chambre. Face au commissaire européen Vitorino, son président n'a pas hésité à décocher une flèche dans le groupe des verts, majoritairement féminin: Elles n'ont pas de soutien, a cru bon de préciser De Croo, se gondolant à gorge déployée. Dans un fou rire en solo. Le déclin des dinosaures machistes?

DIRK VANOVERBEKE

Chargement
Le fil info
Tous

En direct

Le direct

    La Une Le fil info

    Allez au-delà de l'actualité

    Découvrez tous les changements

    Découvrir

    À la Une