ROBERT DALBAN : NEZ POUR LUTTER

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ON a tous un acteur ou une actrice, souvent un petit rôle, auquel on s'attache et qu'on retrouve sur l'écran comme un tonton ou une tantine chez qui on aime bien prendre le goûter.

Moi, un de mes potes de la toile, c'est le vieux Robert Dalban qui a joué les utilités dans plus de 150 films français. Bob est mort le 3 avril 1987 mais je le retrouve sans arrêt à la télévision, jouant les flics, les domestiques ou les bistrotiers dans La Valise, Le Pacha, Les Tontons flingueurs ou Les Fugitifs.

Dalban avait le plus gros pif du cinoche français. Il n'était pas beau, il n'avait jamais été jeune mais il était sympa'. Né, en 1903, Gaston Barré, il avait débuté dans le comique troupier sous le pseudo' évocateur de R.Q. Malgré son physique ingrat, il avait épousé la belle Madeleine Robinson en 1940. Il est vrai que l'actrice, sous le coup d'une déception amoureuse, avait fait un pari stupide avec sa soeur: «Le premier qui me demande ma main, je l'épouse.» Ce fut Dalban. Bien entendu, le mariage ne dura pas.

Bob, je le retrouvais souvent, à la fin de sa vie, au café de Paris sur les Champs-Elysées. Le Paris, c'était - et c'est encore - le rendez-vous des gloires chenues du cinéma français qui peuvent y consommer à des prix plus réduits qu'au Fouquet's, tout proche, et y seriner entre eux l'air du «bon vieux temps». Le vieil homme était une mine d'anecdotes sur Henri Vidal, Robert Hossein, Lino Ventura, Georges Lautner ou Jean Gabin, des copains qui le considéraient un peu comme un porte-bonheur (le producteur Alain Poiré le voulait dans chacun de ses films pour la Gaumont).

A 80 ans, Dalban sortait de son porte-feuille une photo le représentant en gestapiste dans Passeur d'hommes, un film tourné en Belgique aux alentours de 1938. Puis, avec respect, il vous montrait un cliché de... Sylvie Vartan dont il était tombé profondément amoureux!

Rarement, le comédien aura été présent plus de cinq minutes à l'écran. Mais ses apparitions marquaient et tiraient l'oeil, un peu comme celles de Noël Roquevert, un autre de mes chouchous.

Si je vous parle de Dalban, c'est que Charles Ford, un historien du cinéma chargé d'ans, vient de lui consacrer un petit bouquin. Ford ne s'est pas vraiment fatigué. Bah, retrouver Bob, ça fait toujours plaisir.

D'autant plus que la fin du bouquin est émouvante. On y apprend comment le comédien est mort à 84 ans...

Il sortait du Paris avec des amis pour dîner au Val-d'Isère, un resto de l'autre côté des Champs-Elysées. En traversant, des motards débraillés et hurlants, qui venaient de brûler le feu rouge, foncèrent vers les piétons. Bob fut terriblement effrayé. Arrivé au restaurant, il prétexta un malaise pour se rendre aux toilettes. Il reparut, très pâle et se laissa tomber sur une banquette de l'entrée du Val-d'Isère. Quelques minutes plus tard, il s'affaisait. Il n'était plus.

Dans Le Pacha, policier du troisième âge tombé amoureux de Dany Carrel, il mourait aussi. Gabin se penchait sur sa tombe et disait avec une infinie tendresse bourrue: «C'était mon pote, mon copain. Le roi des cons!» Il était tout cela, Bob, sauf con car cet homme au physique ingrat cachait derrière son nez en patate une infinie philosophie empruntée aux mystiques orientaux qu'il admirait profondément.

L. H.

Le Petit Monde de Robert Dalban, chez France-Empire.

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