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Au milieu des coteaux de Torgny

Temps de lecture: 5 min

Des kilomètres de route sinueuse, à n’entrevoir que quelques maisons de ci de là, puis de grosses pierres d’un calcaire jaune signent le début du village de Torgny. Avec le soleil qui l’inonde, il a quelque chose de la carte postale soignée, petit recoin reclus, charme suranné. Il n’est pas rare d’y croiser Japonais, Suisses, Hollandais s’imprégnant du coin encore relativement protégé. Première halte au Clos de l’Epinette, en compagnie de Francis de Laet.

En 1996, il plante une première parcelle. « Que de l’auxerrois, je ne vais pas jouer à planter trois pieds de ci, quatre pieds de ça. Trop peu pour en vivre, trop pour boire tout seul », dit-il, un peu malicieusement. Francis de Laet, l’œil bleu pétillant et le verbe haut ne fait pas ses 78 ans. Ce qu’il cherchait en s’installant ? Probablement un retour à la nature. L’impression de vivre à un autre rythme. On sent le bonhomme passionné quand il s’enflamme en racontant comment il a, avec d’autres, fait des pieds et des mains pour qu’on n’abatte pas des arbres plusieurs fois centenaires. « Des fous. Ils voulaient abattre les sapins entourant l’église, alors que c’est justement ce qui fait tout son cachet. »

Il prend du plaisir à bichonner ses vignes. Ça se voit, ça se sent. Le motoculteur est fraîchement passé, il caresse les branches, me montrant les bourgeons encore tout doux, à peine éclos. Le vin ici se fait lentement. Dans un chai qui est presque comme une maison de poupée, quelques cuves inox, un pressoir simple, un égrappoir et puis basta. Soutirage, mise en bouteilles… Tout se fait à la main. « Cette cuve-ci, je ne sais pas quoi en faire. Le vin ne veut pas coller (1). Et puis voyez ces cuves-là, c’était une erreur. Mes premières, pas très solides, j’ai acheté ce lot-là plus tard, marque allemande, c’est pas de la camelote. »

Son vin n’est pas un vin de technicien. Etant donné la production très faible, il n’existe pas à proprement parler de commercialisation, mais on peut le goûter dans le chai en compagnie de Francis de Laet à partir d’avril et jusque octobre tous les week-ends ainsi que les jours fériés. Dans sa démarche très « nature », il propose également un jus de pommes bio, issu de sa propre récolte.

Quand on lui demande s’il boit son vin, et quels sont ses vins préférés, il répond simplement. « Bien sûr, oui, je bois mon vin. Moins que dans le temps. Je vieillis, je fais attention. Mais j’aime encore les vins de Saint-Emilion, puis aussi les vins d’Ardèche. Il y a de très jolis vins de pays en Ardèche, ça se boit tout seul, c’est simple. C’est franc. »

Dernier coup d’œil sur le jardin tenu au cordeau, sur la grange restaurée patiemment. « J’avais envie d’en faire quelque chose d’agréable, pour que les gens quand ils viennent ici, se sentent aussi bien que moi à y vivre. »

Autre projet, autres vignerons, le domaine du Poirier du Loup. Le vignoble ne répond pas seulement ici à un contexte historique qui attestait déjà de la présence de la vigne au Moyen Age, mais se veut aussi un liant associatif et culturel. « Ici, l’important c’est surtout de fédérer les gens, et puis, par le biais de l’association La Toupie, favoriser la réinsertion socio-professionnelle principalement par l’horticulture en général, et le travail vignesvinification dans ce cas particulier. »

La vigne est cultivée en bio, depuis 2008. « Avant, nous étions en lutte raisonnée, puis finalement on est passés au bio. Vignes enherbées, maximum de travail à la main, on est contents. » Les travailleurs de la vigne ne sont pas forcément des familiers du vin, et de sa fabrication, même si certains y ont touché partiellement avant (élaboration de vins de fruits, vendange en Champagne), mais dans une optique qualitative, le domaine n’hésite pas à se faire conseiller par des organismes œnologiques comme le laboratoire Burgundia à Beaune. « Nous faisons aussi un effervescent selon la méthode de la double fermentation en bouteille, un peu comme en Champagne. Une appellation crémant de Wallonie existe par décret depuis 2-3 ans, mais impossible d’avoir les formulaires. »

Les vignerons d’ici s’amusent aussi à produire un « vin de chaume ». « Un peu comme les vins de paille du Jura, on laisse sécher des grappes de raisin, pour en extraire un maximum d’humidité, et concentrer les sucres. Puis on vinifie. Ça donne un vin or, et sucré, atypique, à boire pour lui-même, ou sur les desserts. »

A noter, les dernières plantations en date ont été « parrainées » de façon à récolter des fonds, et aider des associations locales. Une démarche où tout le monde trouve son intérêt. Les prévisions pour 2011 laissent à penser qu’on pourrait passer de 5.000 bouteilles produites en 2008 à plus ou moins 10.000. Soit le double.

Le vin, ici, n’est pas uniquement produit à but commercial. Il sert aussi à maintenir une certaine sociabilité dans le village, en encourageant les habitants et amis à se rencontrer, par exemple au cours de la Saint-Vincent (que l’on célèbre à la bourguignonne, avec bonne chère et vins à l’honneur).

Créée par le domaine, elle fait chaque année de plus en plus d’adeptes. « Le samedi, c’est le jour des “viticulteurs”, des petites mains de la vigne. Le dimanche, nous sommes ouverts au grand public. C’est très spécial : c’est le jour où le bouilleur de cru français passe, et où l’on distille les ratafias. Nous avons une dérogation spéciale, pour distiller nos vins (vins trop jeunes pour être consommés comme tels), mais uniquement à cette date-là. Heureusement, la production n’est pas énorme et une seule journée suffit. »

Curiosité, lors de cette fête, on cuit des jambons dans l’alambic. « Bizarrement, le jambon s’imprègne des odeurs des marcs, mais le marc ne sent jamais le jambon. » Pour goûter les vins de Torgny, le mieux est de s’y rendre. Et de voir un peu les gens qui les font, avec discrétion parfois, avec passion toujours.

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