Steffi Graf a annoncé lors d'une conférence de presse qu'elle mettait immédiatement un terme à sa carrière La «Comtesse» quitte la scène par la grande porte De l'émotion dans un bloc de glace

Steffi Graf a annoncé lors d'une conférence de presse qu'elle mettait immédiatement un terme à sa carrière La «Comtesse» quitte la scène par la grande porte

Après un dernier grand titre conquis à Roland-Garros et une place de numéro trois mondiale, l'Allemande tire sa révérence.

Malgré des rumeurs persistantes de proche retraite, Steffi Graf pensait tout de même terminer la saison, peut-être même entamer la suivante. Mais la carrière de la championne allemande a définitivement basculé ce vendredi 13. Mettant un terme aux spéculations les plus folles qui avaient cours depuis son incroyable victoire à Roland-Garros en juin dernier, Graf a annoncé lors d'une conférence de presse à Heidelberg, où elle réside une partie de l'année, qu'on ne la reverrait plus sur les courts.

On disait que j'allais annoncer mon mariage, que j'allais renoncer à ma retraite sportive, que mes blessures étaient trop graves pour pouvoir rejouer, que j'étais enceinte. On a bien ri de tout cela, mais, aujourd'hui, j'annonce que j'arrête le circuit professionnel. Cela n'a pas été facile dans les semaines qui ont suivi Wimbledon parce que c'était la première fois que je ne ressentais plus aucun plaisir à jouer au tennis.

Sa victoire aux Internationaux de France est donc la dernière en Grand-Chelem d'une série qui en comporte vingt-deux, sorte de fermeture de la boucle puisque c'est à la porte d'Auteuil qu'elle avait donné une réelle impulsion à sa prestigieuse carrière en s'imposant en 1987.

C'est surtout l'année 1988 qui marqua un tournant dans sa vie sportive, lorsqu'à 18 ans, elle signa un mythique Grand Chelem serti d'une médaille d'or aux Jeux olympiques de Séoul. Une performance qu'aucun joueur n'avait réussi auparavant. Propulsée au Panthéon du tennis, la blonde originaire de Bruehl devint la cible de toutes les attentions et de toutes les attentes dans un pays à l'aube de sa réunification, qui avait déjà révélé trois ans plus tôt un immense talent nommé Boris Becker. L'une comme l'autre y déclenchèrent les passions les plus excessives, jusqu'à l'irréparable, commis par Gunther Parche, qui ne supportait pas que la rivalité entre sa championne et Monica Seles tourne à l'avantage de la seconde. Un coup de poignard asséné dans le dos de la Yougoslave passée numéro un mondiale deux ans plus tôt, au cours d'un changement de côté au tournoi de Hambourg, en 1993, clôtura prématurément les débats et laissa le champ libre à l'Allemande pour parachever son oeuvre colossale.

LA FIN D'UN TANDEM FAMILIAL

Deux zones d'ombre obscurcirent toutefois une carrière rêvée trait par trait par un père envahissant et autoritaire qui fut aussi l'entraîneur des débuts précoces que l'enfant prodige fit à l'âge de 4 ans. Vendeur de voitures à Bruehl au moment de la naissance de la petite Steffi, le 14 juin 1969, Peter Graf flaira rapidement les lendemains prometteurs lorsqu'il constata avec émerveillement les facultés exceptionnelles de sa progéniture.

Des bords de terrain de petits clubs perdus au milieu de la campagne germanique jusqu'aux gradins des plus grands stades du monde, le papa poule fut omniprésent aux côtés de sa fille jusqu'à ce qu'éclate, en 1995, une affaire de fraude fiscale aussi monumentale que la carrière de sa protégée. Ses manoeuvres de détournement de fonds portant sur des montants supérieurs au milliard de francs lui firent passer trois ans derrière les barreaux, à l'ombre des exploits que sa cadette continuait malgré tout à aligner. Témoins ces deux «Petits Chelems», pour reprendre une expression qui symbolise trois victoires majeures sur la saison, que l'Allemande aligna en 1995 et 1996.

DES ACCROCS À RÉPÉTITION

Mais les images d'une championne rayonnante sur la plus haute marche du podium firent place à celles d'une jeune femme fragilisée par les frasques de Peter. A plusieurs reprises, la fille aux nerfs d'acier mais à la sensiblité à fleur de peau craqua pendant les conférences de presse où les chroniqueurs en quête de sensations abordèrent le chapitre de la détention de son père, dont on apprit en 1998 qu'il divorçait de la maman, Heidi.

Après avoir défié la chronique judiciaire, la reine du tennis mondial alimenta les rubriques médicales. Il faut dire que la sculpture plus que parfaite d'une des athlètes les plus convoitées par les objectifs ne fut pas épargnée par les bistouris. On citera, entre autres pépins, ce stupide accident de ski, en 1990 qui fut à l'origine d'une fracture du poignet. En 1993, une opération au pied droit s'imposa mais ne la força heureusement pas à mettre sa carrière entre parenthèses. Le premier couac survint en décembre 1995 quand une seconde intervention au pied la força à faire l'impasse sur l'open d'Australie, mais sans conséquence puisque, on le sait, la joueuse accrocha encore six titres du Grand Chelem jusqu'en septembre 1996.

Rattrapée par un mal qui lui rongeait les ligaments du genou et qui révéla toute son ampleur lors de sa défaite en quarts de finale à Roland-Garros contre Amanda Coetzer en 1997, Graf fut opérée confrontée à la plus douloureuse période d'inactivité de sa carrière jusqu'en février 1998. A 29 ans, plus personne, elle-même au premier chef, ne la croyait capable d'encore remporter un titre majeur. Wimbledon, à la rigueur, mais surtout pas Roland-Garros...

FABIENNE TRÉFOIS

De l'émotion dans un bloc de glace

Ce n'est pas un hasard si le monde du tennis professionnel assiste la même année aux départs de deux de ses monstres sacrés: Boris Becker il y a un mois et, maintenant, Steffi Graf. Ayant accédé plus ou moins en même temps à la notoriété sportive (le milieu des années 80), les deux athlètes allemands ont non seulement contribué au boom du tennis dans leur pays mais ils ont aussi façonné leur sport à leur image durant plus d'une décennie.

Une image froide qui cadre parfaitement avec la mentalité de leurs compatriotes. Becker et Graf n'étaient pas des héros qui faisaient s'enflammer les foules (en dehors de l'Allemagne). Sur le court, pas un sourire, pas une émotion ne transparaissait. Jamais. Comme si leurs prouesses, pour s'accomplir, devaient obligatoirement arborrer le masque des insensibles.

Sur la scène internationale, le rouquin de Leimen et la blonde de Bruhl étaient davantage admirés qu'adulés. Pour le professionnalisme et la force de caractère qui se dégageaient de leurs corps et qui en firent au fil du temps des champions vraiment à part.

Une fois l'hégémonie de Chris Evert et de Martina Navratilova renversée, Steffi Graf a longtemps fait cavalier seul. Ses capacités athlétiques l'ont vite placée au-dessus de la mêlée où elle a campé de longues années et signé quelques fabuleux exploits (dont le Grand Chelem en 1988, l'année où elle remporta aussi la médaille d'or aux Jeux Olympiques).

Il aura fallu attendre l'arrivée de Monica Seles pour voir apparaître une rivale qui, enfin, osa donner quelques coups de burin au mur. Sans l'acte d'un demeuré forgé par un triste après-midi d'avril 1993, le tennis aurait vu se perpétuer le chassé-croisé au faîte de la hiérarchie entre deux filles fondamentalement différentes. Au lieu de cela, il aura permis à Graf d'élargir encore un peu plus son empire.

Ce n'est que lorsque le fisc allemand a débusqué son père que Steffi aura montré un visage plus humain. Le bloc de glace s'est fissuré avant de fondre et des émotions trop longtemps gardées prisonnières ont pu s'échapper. L'éclosion de jeunes surdouées culottées a renforcé le côté attachant de celle qui ne parvenait plus à faire la loi sur le court.

Parce que chez elle la manière importait plus que le résultat, Graf s'était mis en tête à l'aube de cette saison de sortir par la grande porte en remportant un ultime tournoi du Grand Chelem après deux années passées à panser ses blessures. Elle aura réussi son pari au terme d'une folle finale à Roland-Garros. Son échec un mois plus tard en finale à Wimbledon était, tout bien réfléchi, une autre victoire. La dernière.

PAOLO LEONARDI

Graf en bref

Date de naissance: le 14 juin 1969

Taille: 1,75m. Poids: 57kg.

Droitière.

Professionnnelle depuis le 18 octobre 1982.

Meilleur classement: no 1 pendant 374 semaines (pour la première fois le 17 août 1987) dont 186 consécutives (records absolus).

Victoires: 107 tournois.

Open d'Australie: 1988 (b. Evert, 6-1, 7-6), 1989 (b. Sukova, 6-4, 6-4), 1990 (b. M.J. Fernandez, 6-2, 6-3), 1994 (b. Sanchez, 6-0, 6-2). 1 finale perdue: 1993 (Seles, 4-6, 6-3, 6-2)

Roland-Garros: 1987 (b. Navratilova, 6-4, 4-6, 8-6), 1988 (b. Zvereva, 6-0, 6-0), 1993 (b. M.J.Fernandez, 4-6, 6-2, 6-4), 1995 (b. Sanchez, 7-5, 4-6, 6-0), 1996 (b. Sanchez, 6-3, 6-7, 10-8), 1999 (b. Hingis, 4-6, 7-5, 6-2). 3 finales perdues: 1989 (Sanchez, 7-6, 3-6, 7-5), 1990 (Seles, 7-6, 6-4), 1992 (Seles, 6-2, 3-6, 10-8)

Wimbledon: 1988 (b. Navratilova, 5-7, 6-2, 6-1), 1989 (b. Navratilova, 6-2, 6-7, 6-1), 1991 (b. Sabatini, 6-4, 3-6, 8-6), 1992 (b. Seles, 6-2, 6-1), 1993 (b. Novotna, 7-6, 1-6, 6-4), 1995 (b. Sanchez, 4-6, 6-1, 7-5), 96 (b. Sanchez, 6-3, 7-5). 2 finales perdues: 1987 (Navratilova, 7-5, 6-3), 1999 (Davenport, 6-4, 7-5)

US Open: 1988 (b. Sabatini, 6-3, 3-6, 6-1), 1989 (b. Navratilova, 3-6, 6-4, 6-2), 1993 (b. Sukova, 6-3, 6-3), 1995 (b. Seles, 7-6, 0-6, 6-3), 1996 (b. Seles, 7-5, 6-4). 3 finales perdues: 1987 (Navratilova, 7-6, 6-1), 1990 (Sabatini, 6-2, 7-6), 1994 (Sanchez, 1-6, 7-6, 6-4).

Masters: 1987 (b. Sabatini, 4-6, 6-4, 6-0, 6-4), 1989 (b. Navratilova, 6-4, 7-5, 2-6, 6-2), 1993 (b. Sanchez, 6-1, 6-4, 3-6, 6-1), 1995 (b. Huber, 6-1, 2-6, 6-1, 4-6, 6-3), 1996 (b. Hingis, 6-3, 4-6, 6-0, 4-6, 6-0).

Gains officiels: 20.614.142 $ (fin 1998).

Parmi les grandes

Avec Hilton Head, sa première victoire en 1986, Graf a remporté 107 titres WTA. L'Allemande reste loin du record de victoires sur le circuit, établi par Martina Navratilova (167 titres). Par spécialité, Graf impressionne mais ne décroche pas la tête. En Australie, elle revient à Margaret Court avec 11 titres. A Paris, Chris Evert a aligné 9 victoires. A Londres, Martina Navratilova recueille les honneurs avec 9 titres. A l'US Open, Helen Wills Moody a remporté 7 titres.