Terrorisme - Selon des rumeurs, le fondateur du Front Islamique du salut (FIS) serait passé à notre ambassade à Alger Madani veut-il s'installer en Belgique ? REPÈRES

Terrorisme - Selon des rumeurs, le fondateur du Front Islamique du salut (FIS) serait passé à notre ambassade à Alger

Madani veut-il s'installer en Belgique ?

* Libre depuis juillet, le fondateur du FIS s'est installé en Malaisie. Pourrait-il venir en Belgique ? * Rumeurs et réactions entre « intérêt » et « alerte ».

ALAIN LALLEMAND

Le fondateur historique du Front islamique du salut (FIS) algérien, Abassi Madani, 72 ans, caresse-t-il le projet de s'installer en Belgique ? Si les Affaires étrangères démentent qu'il ait, jusqu'à présent, effectué une demande en ce sens, l'homme aurait, selon l'un de nos services de renseignement, mis le pied cet été dans l'ambassade de Belgique à Alger (pour y obtenir un visa ?), et dispose par ailleurs d'un motif d'adopter la Belgique : la présence d'un parent dans notre pays. Il peut ainsi invoquer un regroupement familial.

Condamné le 15 juillet 1992 à douze années de prison pour « complot contre l'autorité de l'État, sabotage économique et distribution de tracts de nature à nuire à l'intérêt national », cet ancien professeur de psychologie, éminent représentant de l'aile « salafiste », dure, de l'ex-FIS (l'Algérie a dissous le mouvement le 4 mars 1992) a purgé sa peine en prison jusqu'à l'été 1997, après quoi il a été placé en résidence surveillée jusqu'à sa libération définitive début juillet 2003. Le jour précédant cette libération, l'Algérie l'a cependant contraint à accepter une série d'interdictions qui lui seront appliquées à vie : interdiction de toute fonction ou emploi dans l'État, interdiction de se porter candidat à toute élection, interdiction de tenir des réunions, etc.

Privé d'expression politique dans son pays, nécessitant par ailleurs des soins de santé, l'islamiste qui affirmait en janvier 1990 être prêt à sacrifier les deux tiers de la population pour permettre au tiers restant d'instaurer le califat islamique, a dès lors choisi la voie de l'exil et se trouve désormais à Kuala Lumpur (Malaisie), où il est en traitement médical. C'est de cette capitale qu'il a lancé, sur les ondes d'Al-Jazira, Al-Arabiya, RFI et, tout récemment, dans les colonnes de « La Libre Belgique », divers appels à la modération destinés aux islamistes algériens.

Pourquoi penser que Madani puisse opter un jour pour la Belgique ? La question a d'abord couru la communauté algérienne de Belgique et des éléments concrets ont étayé ce qui n'était qu'une rumeur : Madani pourrait demander son établissement en Belgique ou en Allemagne. Plusieurs de ses enfants se trouvent dans ces deux pays et Madani ne fait l'objet d'aucun signalement « Sirene » qui lui interdirait l'accès à la zone Schengen. L'an dernier, le FIS n'a-t-il pas tenu son congrès à Bruxelles, territoire rêvé puisque européen, francophone mais échappant au contrôle des services de renseignement français ?

Sitôt libéré et autorisé à quitter le territoire algérien, Madani se serait d'ailleurs présenté à l'ambassade de Belgique à Alger mais, curieusement, n'a en tout cas pas achevé sa démarche. Cette anecdote connaît cependant un prolongement : sous couvert d'anonymat, l'agent d'un service belge de renseignement nous confirme que l'installation possible de Madani en Belgique a été évoquée au niveau des Affaires étrangères bien qu'aucun indice ne laisse croire à son arrivée dans les prochains jours.

Si Madani devait s'installer en Belgique, qu'en penser ? Auprès de la Sûreté de l'État, on relativise : l'hypothèse de l'installation en Belgique de Madani est davantage perçue comme un problème politique plutôt que de terrorisme.

Tout autre est l'écho au sein de la police fédérale : Le risque encouru dépasserait celui d'Ahmed Zaoui (NDLR : ex-représentant du FIS à l'étranger qui, à partir de 1992, a soutenu le terrorisme GIA au départ de Bruxelles). Nous avons déjà abrité des gens du FIS, mais pas de cette pointure, remarque un agent de l'antiterrorisme. Madani a toujours été la référence de tout le mouvement armé.

Et notre interlocuteur d'évoquer un possible remake de 1991, à l'heure du succès électoral du FIS et des élections algériennes avortées : l'opposition violente au régime s'était partiellement cristallisée en Belgique - ce fut l'époque du « groupe Zaoui », qui, trois ans plus tard, en 1995, se clôtura sur le premier procès belge du terrorisme islamiste. Le parallèle est tentant puisque l'Algérie connaîtra un scrutin présidentiel en mars 2004 et que les islamistes demeurent l'une des inconnues du scrutin.

En tout état de cause, selon le porte-parole des Affaires étrangères Rudy Huygelen, aucune demande officielle n'a été signifiée jusqu'à ce jour à la Belgique. Si une demande arrivait, elle serait traitée selon la procédure classique, par l'Office des étrangers.

Lequel, probablement, y regarderait à deux fois.·

REPÈRES

Octobre 1988. Manifestations en Algérie. La répression fait 500 morts.

Février 1989. Le régime se libéralise, le multipartisme est instauré.

Septembre 1989. Créé en mars 1989, le Front islamique du salut (FIS) est légalement reconnu.

Juin 1990. Le FIS remporte les élections communales.

Mai-juin 1991. Le FIS appelle à une grève illimitée pour exiger une élection présidentielle anticipée. Proclamation de l'état de siège. Arrestation des dirigeants du FIS.

26 décembre 1991. Le FIS remporte le premier tour des élections législatives.

11 janvier 1992. Le président Chadli Bendjedid démissionne. Les élections sont annulées.

Février 1992. Instauration de l'état d'urgence. Exil d'Ahmed Zaoui vers la Belgique.

4 Mars 1992. Dissolution du FIS.

15 juillet 1992. Condamnation d'Abassi Madani à douze ans de prison.

Septembre-Octobre 1994. Echec du dialogue entamé par le pouvoir avec le FIS.

Novembre 1994. La communauté catholique de San Egidio organise à Rome des rencontres entre certains partis d'opposition (dont le FIS).

Mars 1995. Perquisitions et arrestations à Bruxelles : le « groupe Zaoui » assurait la logistique de combattants du GIA en Algérie.

16 novembre 1995. Elections présidentielles : Liamine Zéroual remporte 61% des voix.

5 juin 1997. Elections législatives remportées par le nouveau parti présidentiel, le Rassemblement national démocratique (RND).

15 juillet 1997. Libération conditionnelle du dirigeant du FIS Abassi Madani après six ans de détention. Il sera assigné à résidence le 1er septembre 1997.

21 septembre 1997. L'Armée islamique du Salut (AIS), bras armé du FIS, appelle à cesser les combats.

2 juillet 2003. Le régime de résidence surveillée d'Abassi Madani est levé.

25 août 2003. Abassi Madani lance un appel à la fin de la lutte armée fondamentaliste.