TOUT EST MALHEUREUSEMENT POSSIBLE

GRILLES SUR LE GRIL

Tout est malheureusement possible

Approchez, mesdames et messieurs, vous allez voir et entendre des choses incroyables, et, surtout, ne zappez pas! Dans le grand cirque audiovisuel, Jean-Marc Morandini n'est pas le moindre des camelots. Sa devise «Tout est possible» retentit une fois par mois le vendredi soir sur TF 1. À chaque coup, promis, des phénomènes sociaux, des cas médiatiques, du sordide s'il le faut. Avec la panoplie complète du racolage. Premier sujet: «Les amours impossibles». Deux jeunes lycéennes ont pendant treize ans amoureusement harcelé leur prof de gym avant d'être expédiées derrière les barreaux pour être refroidies. Plus pathétique qu'exemplaire! Deuxième témoignage: Barbara, l'émouvante sidéenne de dix-sept ans du Sidaction, qui, aujourd'hui, file le presque parfait amour avec son médecin. Bonheur... très vite relativisé: Je suis plus optimiste quant à la découverte d'un vaccin contre le sida qu'en ce qui concerne ma relation avec Éric... Et vlan!

Troisième témoin, Bambou, l'ex de Gainsbourg, maman de Lulu, toute vibrante d'émotion quand on lui remue sans ménagement le coeur et l'âme à coups de flashes-back, de récits rétrospectifs sur leur rencontre. Celle de deux paumés qui se sont mutuellement sauvés. Beau et pathétique.

Après, on eut encore droit à des jeunes atypiques, dont un fugueur à multiples identités qui, depuis ses quatorze ans, refuse de grandir, cherchant envers et contre tous à retrouver la chaleur de l'enfance qui lui échappe. Repathétique. Morandini hache menu ces témoignages en courtes interviews et «questions à la c..» comme lui dira son invitée Victoria Abril. On retient le pittoresque au détriment du vrai dé-sarroi humain qui passe en filigrane sur le petit écran de l'esbroufe. Insupportable et petit.

Bien qu'on y cause des «grands» de ce monde, «Place Royale» , le «magazine du prestige» de RTL-TVI mérite les mêmes qualificatifs. Anne Quevrin y chronique, le samedi, faits et gestes des têtes couronnées de Belgique et d'ailleurs. Dans un style obséquieux et avec force commentaires redondants, on suit nos Souverains en barque sur les inondations, s'adressant aux sinistrés qui ont de l'eau jusqu'à la taille. La princesse Astrid, ma foi très jolie, fait de même sous le signe de la Croix-Rouge...

Semaine chargée relatée par une émission d'un autre âge. Une séquence rétro sur les inondations de 1961 visitées à l'époque par le roi Baudouin et la reine Fabiola, assène le coup de grâce à la case lèche-couronne de TVI: le ton, les phrases du nasillard commentaire d'époque de Belgavox sont pratiquement les mêmes que ceux de 1995. Les traitements à trente ans de décalage sont de la même eau. Le journalisme de cour n'aurait-il pas évolué? Intangible et anachronique.

Juste avant cette tranche guindée, le «I comme...» de Jacques van den Biggelaar se terminait par une séquence sur Thierry Poncelet, un peintre dont le dada consiste à substituer des têtes de chien aux aristocratiques visages de tableaux. Un bel et irrespectueux clin d'oeil à ce qui allait suivre?

Lundi, en République française, concentrée sur la prochaine présidentielle, le deuxième numéro du magazine politique de France 2, «La France en direct» alimentait le débat idéologique. Le concept plus travaillé, plus dense, que le «Face à la Une» de TF 1 mettait le candidat communiste à la présidentielle, Robert Hue, face à un aréopage de questionneurs. Le plus remarqué: le milliardaire ultralibéral Paul-Loup Sulitzer face au boss du PCF. Un débat vif, choc entre conceptions antinomiques qui s'acheva en une prise de becs qui avait tout d'une bruyante engueulade. Spectaculaire et si peu constructive.

FERNAND LETIST