UN AUTEUR, GEORGES YU, DEUX FILMS TOURNES A 40 ANS DE DISTANCE, QUATRE EXPOSITIONS PARALLELES, MEDITATIONS D'UN PROMENEUR LUCIDE

Un auteur, Georges Yu, deux films tournés à 40 ans de distance, quatre expositions parallèles

Méditations d'un promeneur lucide

Demain, première du film «Les rues de Liège», 1956-1996. Avant-coureur en forme de promenade en compagnie d'un Georges Yu en grande forme.

Quatre expositions du groupe «Priorité à l'ouverture» encadrent la première du double film de Georges Yu : «Les rues de Liège » (au cinéma «Le Parc», à Droixhe, le 13 décembre, à 20 h 30). Georges Yu avait, en 1956, tourné sous ce titre un premier film de 26 minutes; il se terminait de manière positive (en langue wallonne) par : «Demain il fera jour». Invité à fournir un deuxième témoignage quarante années plus tard, notre promeneur solitaire conclut cette fois par un perplexe : «Demain fera-t-il jour ?».

Il y a bien plus que cette différence de ponctuation entre les deux oeuvres mais, cinéaste, Georges Yu s'exprime avec une caméra; laissons donc à chacun la liberté de découvrir sa vision actuelle de Liège. Mais il nous a semblé intéressant de l'accompagner dans sa visite des expositions montées en contre-point de son film en deux temps. Tout en gardant à la mémoire qu'entre le premier film et le second, la guerre froide, le mode de vie encore imprégné de la guerre 1940-1945, la mort des idéologies, l'émergence d'une société de consommation ont bouleversés nos vies...

Aux cimaises des Chiroux (1) «Priorité à l'ouverture» propose des images de fête, quelques paysages de toujours, quelques clins d'oeil au métissage culturel, à peine deux ou trois photos évoquant l'activité laborieuse des Liégeois.

VIVE LE NOIR ET BLANC

Georges Yu - Il y a une raison : c'est qu'il y a moins de travail; les photos témoignent d'une absence. Dans mon second film non plus on ne voit pas le travail.

Est-ce essentiel ?

- Je me souviens de 1956 : tout m'épatait, nous voulions renverser le monde. Pour les jeunes d'aujourd'hui c'est bien plus difficile !

Beaucoup de petits métiers ont disparu : porteur, poinçonneur, il y avait en 1956 davantage de guichetiers, d'ouvreuses, de garçons de café...

- Oui et cela signifiait aussi des rapports humains plus chaleureux.

Toutes les photos sont en noir et blanc : aimez-vous ça ?

- J'adore ! Moi, quand je regarde ces photos, le son ne me manque pas. Pourquoi s'encombrer avec les laboratoires, la technique, la couleur ?

Chemin faisant en direction de l'exposition à la Fnac (2) Georges Yu plaide pour Liège : Il y a tout ici, tout ! Bien plus que dans n'importe quelle ville française de même importance. Liège c'est formidable !

A la galerie de photos.

- Les photographes font un arrêt, un choix, ils recomposent d'une manière définitive.

Dans les tirages de Henrotte il y a comme une réminiscence de la vision de Liège qu'avait le graveur François Maréchal. «Si je reste vivre à Liège» énonce une légende de photo signée Roland Hanssens.

- Il doit être difficile de vivre sans certitudes ou, tout aumoins, sans quasi-certitudes comme nous avions, nous, dans notre jeunesse. La «bof génération» c'est terrible !

En route ensuite pour la galerie du cinéma «Le Parc» (3). Georges Yu écrit dans le livre d'or : «Allier l'éthique à l'esthétique : quel beau geste. Je vous envie.»

UNE GRANDE LIBERTÉ

- Il y a une grande liberté d'expression. Et cette liberté-là, elle ne fait de mal à personne. Ce qui m'intéresse c'est que ces exposants sont des gens d'ici. Pas des grosses têtes. Depuis Niepce, une belle tradition existe.

Dernière station : à la Galerie Paul Renotte (4). Le choix aux cimaises est militant : images de manifestations d'enseignants, de SDF, de noctambules et aussi, en contrepoint, des nus de pierre du parc d'Avroy.

- Je les envie tous ces petits jeunes (je dis «jeunes» : ils ont de 17 à 40 ans). Ils sont formidables. Ils ont le sens du gratuit, de la liberté.

«Demain fera-t-il jour ?». Un espoir demeure.

Propos recueillis par

MICHEL HUBIN

(1) Les Chiroux, pl des Carmes, jusqu'au 14 décembre, de 12 h à 18 h et le 15 décembre de 10 h 30 à 18 h..

(2) Fnac, pl Foch, jusqu'au 18 janvier, de 10 h à 18 h 30.

(3) Galerie du Café «Le Parc », Droixhe, jusqu'au 2 janvier, de 15 h à minuit.

(4) Galerie Paul Renotte, rue St Léonard, 102, jusqu'au 21 décembre, de 12 h à 18 h.