Un coin climatosceptiquea été enfoncé au parlement

Assistance inhabituellement fournie, ce mardi, au parlement pour la commission « climat et développement durable ». Une assistance à la hauteur des auditions qui y avaient lieu. Sur proposition du MR David Clarinval, les députés auditionnaient deux personnalités climatosceptiques : le philosophe Drieu Godefridi, fondateur de l’Institut Hayek, le défunt think tank néolibéral, et le chimiste de l’UCL Istvan Marko. Rarement commission aura attiré autant de monde. Il y avait là l’arrière-ban des climatosceptiques belges : Samuel Furfari (ingénieur, ULB), Henri Masson (chimiste), Alain Préat (géologue, ULB), Pierre Goossens (géologue)… mais aussi Corentin de Salle, directeur de l’institut libéral Atlantis. Des groupies, une distribution de livres critiquant le Giec, les auditionnés avaient annoncé « un événement majeur en Belgique ». Pour ce « club » un peu particulier, il le fut incontestablement.

Pendant près de deux heures, Godefridi et Marko ont cherché à convaincre les députés des menées suspectes – fausses voire falsifiées – du Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat mis en place par l’ONU. Tous les parlementaires de la commission n’étaient cependant pas présents. Ecolo et Groen ont choisi de quitter la salle, estimant que l’audition « donne un signal fumeux en offrant une tribune à des personnes dont la crédibilité est battue en brèche par la communauté scientifique unanime des climatologues ».

Les autres députés ont choisi d’écouter. Certains (PS et CDH) réclamant néanmoins des auditions complémentaires pour contrebalancer celles de mardi.

« Pas anormal »

Drieu Godefridi s’est attelé à démontrer que le Giec a sombré dans le « scientisme », cherchant à « gouverner la société uniquement par la science ». Istvan Marko a ramassé les principaux arguments, archi-connus, des climatosceptiques. L’élévation de la température n’est « pas anormale » ? Elle s’est même « arrêtée depuis 13 ans ». L’homme n’est que très faiblement responsable de cette évolution et le CO2 d’origine humaine n’est pas non plus responsable du réchauffement. L’élévation du niveau des mers ? « Nous n’avons pas trop à nous en préoccuper ». La variation de température serait due à l’activité solaire, à l’alternance de périodes chaudes et de périodes froides, à la mauvaise situation des sondes de températures, etc. Professeur face à ses élèves, alternant bons mots et graphiques défilant à haute vitesse, Marko a accusé le Giec de « couper des courbes gênantes » et de « traficoter des images ». Et invité les députés à « ne pas miser sur des mauvaises choses. Il n’est pas raisonnable de mettre de l’argent dans la réduction du CO2. Si demain il y a un refroidissement et que l’on a tout

misé sur le réchauffement, on sera dans la panade ! »

Un climatologue ayant pignon sur rue estime néanmoins que Godefridi répand « des informations tout à fait incorrectes sur le Giec » et que Marko est « vraiment incompétent en climat ». Le discours du duo semble en tout cas avoir emporté deux adhésions : « Très interpellant », a commenté Clarinval, à l’origine des auditions. Quant au président de la commission, André Flahaut (PS), il a conclu, bonhomme : « Moi-même j’ai appris des choses. C’était bien expliqué. » MICHEL DE MUELENAERE

(1) On trouvera une déconstruction des arguments climatosceptiques notamment dans le livre du journaliste du Monde Stéphane Foucart, Le populisme climatique. A paraître fin mars aux Presses de Science Po, le livre d’Edwin Zaccai (ULB) : Controverses climatiques, sciences et politique. Par ailleurs, les mécanismes du « doute climatique » feront l’objet de deux conférences de Naomi Oreskes (Université de Californie à San Diego), le 26 mars à 9h à l’UCL, et le 27 mars à 19h30 à l’ULB