UN LIVRE A REMONTER LE TEMPS:"NAMUR, 304 EN PICONNETTE"

Les maisons ont une mémoire, on l'a rencontrée

Un livre à remonter le temps:

«Namur, 304 en Piconnette»

Du 304, en Piconnette au 28, rue Fumal, il s'en est passé bien des choses dans cette «belle maison» des vieux quartiers de Namur, une maison qui va bientôt fêter son 260e anniversaire et qui abrite aujourd'hui la Maison de la poésie. L'historienne namuroise, Jeanine de Romrée de Vichenet vient d'en publier l'histoire, en même temps que celle du quartier dans lequel la rue Puits-Connette s'imbrique, ces rues devenues piétonnes et qui ont nom de Président, Rupplémont, des Brasseurs,...

La Piconnette, longtemps, n'a pas eu bonne réputation à Namur. Elle fut même un haut lieu de la prostitution et de la dissipation namuroise. Mais ce fut bien avant le XVIIe siècle. Même si cette réputation continua longtemps à poursuivre cette rue de Tisserands.

LE BEAU-FILS DU MAYEUR

Dans les premières années du XVIIIe siècle, elle était l'une des rues les plus pauvres et les moins achalandées de la ville. Même si elle bénéficia d'une énergique politique de rénovation urbaine. Et c'est dans ce contexte que Don Emmanuel de Fraula, Mareschal des camps de Sa Majesté le Roi d'Espagne et époux de la fille cadette du mayeur de Namur, acheta quatre modestes maisons de la rue Piconette et décida de construire, sur l'emplacements de deux de ces vieilles maisons, une «belle et spacieuse maison». Il pouvait même obtenir, pour cela, des «dédommagements-désintéressements», sorte de une prime à la construction.

Et c'est ainsi que ce jeune napolitain construisit le 304, en Piconnette, à proximité de la rue du Président, le centre de l'activité judiciaire à Namur. Aussi, la maison fut quasiment toujours louée à des hommes de lois ou à leurs veuves, car le loyer restait celui d'une rue modeste, même si la maison se trouvait à deux pas du quartier de la magistrature. Et si la rue connaît une certaine paupérisation, la maison y échappe jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, en abritant des artisans, des ateliers, des petites entreprises.

DES OCCUPANTS SUCCESSIFS

Après la guerre, la maison fut rachetée par la ville qui y logea des sinistrés avant de s'en défaire en 1966. La maison fut alors vendue à un couple sicilien (n'appelait-on par le quartier «la petite Sicile?) pour un montant de 550.000 F et, douze ans plus tard, la ville la rachetait pour y loger des familles modestes. Par la suite, en 1982, une association d'artistes namurois, qui se fit connaître sous le nom «Rez-de-chaussée 28» y élit domicile mais la cohabitation fut difficile et en 1985, la ville mit fin à l'expérience et le 28, rue Fumal devint le siège de la Maison de la poésie..

P. G.

304, en Piconnette, la mémoire de la maison est en vente à la Maison de la poésie et dans les librairies namuroises au prix de 350 F.