Un poisson nommé Phelps

Il rejoint ses glorieux aînés: l'Américain Mark Spitz, le Hongrois Tamas Darnyi, l'Allemand Roland Matthes et le Russe Alexander Popov, seuls nageurs à avoir remporté quatre titres individuels masculins. Aux tripes. A la volonté. Le 100 m papillon devait être le juge de paix sur la route du «Kid de Baltimore» vers la gloire. 

Beaucoup annonçaient sa défaite et au 50 m de la course, les spectateurs se demandaient comment diable, il allait pouvoir remonter son compatriote Ian Crocker, le recordman du monde, qui l'avait battu aux Championnats du monde de Barcelone 2003 et aux sélections américaines. C'était sans compter sur le tempérament de Phelps qui reprenait la bagatelle de 81 centièmes à Crocker lors de la seconde longueur pour souffler la victoire de quatre petits centièmes... 

«Un pur dur»

C'est un dur. C'est un pur dur. C'est la nouvelle expression pour le qualifier, reconnaissait admiratif Ian Crocker, il est vrai amoindri par une grippe en début de semaine. J'ai encore une course demain (samedi, le 4x100m 4 nages). Ce sera la plus belle semaine de ma vie, a confié Phelps en commentant sa légendaire moisson: premier du 200 m et 400 m 4 nages, du 100 et 200 m papillon, du relais 4x200 m nage libre, 3e du 4x100 m et du 200 m nage libre. 

Il a toutefois annoncé qu'il ne participerait pas au relais 4x100 m 4 nages samedi, ont annoncé conjointement l'entraîneur en chef américain Eddie Reese et le nageur lui-même après sa victoire au 100 m papillon. J'ai décidé de donner une chance à Ian (Crocker, 2e du 100 m papillon). En plus, comme le souligne Eddie, il part bien mieux que moi au relais, et les Etats-Unis doivent avoir le meilleur relais possible. Nous sommes arrivés à Athènes comme une équipe, nous en repartirons comme une équipe, a affirmé Phelps, qui n'avait pas participé en 2003 au relais des Championnats du monde, après avoir été battu en finale du 100 m papillon par Crocker. 

Si les Américains soulignent que Phelps, en tant que nageur du relais en séries du vendredi matin, aura le droit à une médaille si les Etats-Unis montent sur le podium, l'annonce a surpris tous les observateurs, car cette médaille n'aura évidemment pas la même valeur que s'il avait nagé la finale. Avec huit médailles, Phelps deviendrait le premier nageur à obtenir un tel total aux mêmes Jeux et rejoindrait le gymnaste soviétique Alexander Dityatin (1980), le seul à l'avoir réalisé toutes disciplines confondues.

Hall Jr sur 50m libre

L'autre sensation de la soirée venait du 50 m nage libre. Sans Pieter van den Hoogenband, le double champion olympique du 100 m (2000 et 2004) et Alexander Popov, quadruple champion olympique du 50-100 (1992 et 1996), l'épreuve s'annonçait des plus ouvertes.
 
Aux abonnés absents depuis plus de trois ans, Gary Hall Jr, qui avait partagé le titre à Sydney avec son compatriote Anthony Ervin, s'imposait cette fois d'un petit centième sur l'inconnu Roumain Duje Draganja, dont le seul fait de gloire était une troisième place au 100 m des Championnats d'Europe 2002. Favori de la course après sa médaille d'argent sur 100 m et son or du relais 4x100 avec l'Afrique du Sud, Roland Mark Schoeman complétait un podium surprise qui ne devrait pas laisser un souvenir impérissable... L'Algérien Salim Iles, qui rêvait d'offrir au Maghreb la première médaille olympique en natation de son histoire, terminait lui à la 8e place (22"37).

Dégoûtée par l'argent 

Chez les dames, la Française Laure Manaudou, une des révélations des Jeux à 17 ans avec un titre sur 400 m libre et une médaille de bronze sur 100 m dos, espérait réaliser un doublé sur les longues distances. Partie comme une fusée, Manaudou, malgré un record de France, ne pouvait résister au retour de la Japonaise Ai Shibata. A l'arrivée, j'étais dégoûtée d'être deuxième alors que j'avais eu un ou deux mètres d'avance, commentait l'ambitieuse Française, qui se console en admirant ses médailles de toutes les couleurs.

(D'après AFP)