UNE LONGUE ET SOUTERRAINE HISTOIRE...

Une longue et souterraine histoire...

Il y a tout juste un mois, les égoutiers de la ville s'aventurèrent dans l'abri anti-aérien qui court sous la place du jeu de Balle. Un endroit qui, au fil des ans, finit par devenir une sorte de mythe dans les Marolles. Et pour cause : plus personne n'y était descendu depuis la fin de la guerre ! Si l'expédition déçut les âmes romanesques - on n'y trouva nulle relique de guerre - elle permit cependant à l'échevin Van Roye de constater que l'endroit était en bon état. Et que, dans deux ans, le sol supportera sans problème le poids des engins de chantier.

Quand on se replonge dans l'histoire de la place, on constate que cette précaution ne sera certainement pas inutile. En 1869, juste devant la caserne, le sol se déroba sous la charrette de Jean-Baptiste Delauw, marchand de ferraille de son état. Il se retrouva dans les caves d'une ancienne usine... et en mourut.

Mme Cornand, une fidèle lectrice passionnée d'histoire locale, a retracé à notre attention l'histoire des lieux.

Cette usine, c'était l'usine Renard. En 1830, elle s'installa sur une prairie, où se trouvait un moulin à vent, qui faisait tourner une scierie. La maison Renard éleva d'énormes hangars pour construire les premières locomotives belges. En 1838, la Saint-Michel, sortie de ces ateliers, battit de vitesse la célèbre Stephenson anglaise, sur le trajet Bruxelles-Malines. Mais, malgré cet exploit, les commandes ne suivirent pas. Quelques années plus tard, l'usine ferma.

En 1847, le peintre Antoine Wiertz loua un des hangars et y installa son atelier. Il y exposa également ses oeuvres, qui connurent immédiatement le succès. Après son départ pour la rue Godecharle, derrière la gare du Luxembourg, les locaux accueillirent - sans transition ! - des expositions de chevaux, de bovins et autres porcs de reproduction...

En 1851, l'échevin Blaes décida d'assainir le quartier des Capucins. Il fit raser les hangars. «Capucins» ? Oui, à l'époque, les Marolles étaient plus haut, vers le mont de la Potence (Galgenberg) : là où se dresse aujourd'hui le Palais de Justice.

Après la percée de la rue Blaes et la démolition de l'usine, en 1959, l'énorme espace laissé vide fut divisé en deux. Une partie fut affectée à la future caserne des pompiers. Le reste fut pavé. Là, on traça les lignes du jeu de pelote (ou jeu de balle). D'où le nom de la place... Tout autour, on planta des arbres et l'on construisit des douches publiques, à peu près en face de l'entrée de la caserne. En 1873, le Vieux Marché quitta la place Anneessens et vint s'installer sur la place.

Des anciens certifient que, durant la guerre 14-18, de nombreux Bruxellois allèrent s'abriter dans les caves de l'ancienne usine, sous la place, là où survint l'accident relaté plus haut. Vers 1940, un abri en béton fut construit dans les sous-sol. Les caves, elles, se muèrent en hôpital de campagne.

L'endoit comprenait deux entrées : une en face de l'entrée de la caserne, l'autre devant l'église. L'abri comportait tout le confort de l'époque : eau, électricité, éviers, sanitaires et bancs (toujours là aujourd'hui).

En 1945, la ville mura les entrées. En 1960, elle combla les escaliers qui menaient vers l'abri. En même temps, on enleva les douches : les salles de bains se généralisant chez les particuliers...