UNE OEUVRE DE JEUNESSE D'UN CINEASTE FAIT REVIVRE UNE PART DE NOTRE PASSE, LES RUES DE LIEGE, EN 1956

Une oeuvre de jeunesse d'un cinéaste fait revivre une part de notre passé

Les rues de Liège, en 1956

Il y a 40 ans, Liège croyait encore en son destin de bastion de l'industrie lourde et de la latinité. Un film pour revivre ce Liège, proche et lointain.

Quelques notes d'Éric Satie puis une musique signée André-Modeste Grétry: un discret télescopage d'accents contemporains et de la tradition accompagne le générique de «Les rues de Liège, 1956», un film que Georges Yu, un Liégeois d'origine chinoise, réalisa dans sa jeunesse et qu'on a redécouvert à l'occasion d'une exposition consacrée à la place Saint-Lambert, à la Boutique urbaine de la rue des Mineurs (1).

Ce sont «Les Manifestations liégeoises ASBL» et la Fondation Jacquemotte qui faisaient projeter une copie vidéo de ce film tourné en format 16 mm par Georges Yu. Le cinéaste n'avait pas trente ans, il vivait à Paris comme comédien depuis plusieurs années; désireux de témoigner de sa prime jeunesse liégeoise il était revenu dans sa ville le temps d'un tournage d'été.

Son film est un document surprenant (2).

Surprenant car, en quarante ans, il n'y a pas que la longueur des jupes qui a changé. Le cinéaste décrit une cité marquée encore très fortement par l'extraction houillère, le travail du fer, le trafic fluvial tracté par remorqueurs.

Certes, des usines subsistent: Cockerill, même si elle a perdu beaucoup plus de la moitié de sa population laborieuse, est toujours présente. Mais bien d'autres ont disparu (on revoit l'entrée de la société Englebert et Cie).

L'aspect général des rues aussi a changé: plus guère de Vespa dans notre trafic, ni de bicyclettes et plus le moindre transport hippomobile...

PETITS MÉTIERS

La vie dans les rues de Liège était alors animée par des vendeurs de billets de la loterie coloniale, par des porteurs de télégrammes, des débardeurs travaillant à la chaîne, des joueurs de vrais orgues de barbarie (pas de ces instruments électriques qu'on voit aujourd'hui). On croisait des vendeurs de crème glacée poussant des charrettes superbes et, dans les tramways, il y avait des poinçonneurs. Autant de métiers disparus, d'économies et une source de chômage...

Le paysage urbain, le décor de pierres de taille et de briques aussi a changé: il suffit précisément de mentionner le site de la place Saint-Lambert avec ce que les Liégeois appelaient le «tramodrome» (parce que les trams y tournaient en rond autour du petit avion de bois, du trépied du photographe et du charmeur de pigeons).

Nostalgie? Elle est indéniable quand ces images rappellent au spectateur ses dix ou ses vingt ans alors qu'il en a aujourd'hui plus de cinquante. Les plus jeunes, eux, admirent simplement un style de vie urbaine qui semble plus calme qu'aujourd'hui.

Quant aux destructions urbaines, on verra que ni Haute-Sauvenière, ni le quai des Tanneurs (qui n'a pas sa chanson, pas plus que les autres quais de Liège néanmoins en voie de reconquête), ni les escaliers de Bueren n'ont changé. Liège a de «beaux restes».

Discrètement engagé, le commentaire dit par Bob Claessens magnifie la fraternité ouvrière, choisit comme héros typique Sébastien Laruelle, moque le racisme et le paternalisme colonial, affirme que l'ordre (qui régnait alors) est fissuré et il promet «demain il fera jour». Qui ne souhaite croire encore en un avenir meilleur?

M. H.

(1) De son vrai nom: Centre d'information et d'accueil de la Région et de la Ville. L'exposition a été clôturée le 20 janvier, elle était constituée d'agrandissements de cartes postales anciennes montrant «La place Saint-Lambert, une place où nous avons vécu - 1895-1960». L'exposition reçut 2.600 visiteurs en quatre semaines. Ce succès encourage un développement de ce type d'exposition: on évoquera, en avril prochain au magasin «L'Innovation»: la place Saint-Lambert et la place Verte mais en outre la gare du palais, Pierreuse, le palais, l'entrée de la place du Marché, le square Notger, le pont d'Arcole.

(2) La première édition du film étant épuisée, une réédition sur cassette vidéo devrait sortir dans la quinzaine. La cassette (durée: 26 minutes) est proposée en vente à la Boutique Urbaine au prix de 450 F.