UNE REPENTIE DE L'OPUS DEI SE CONFESSE

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Une repentie de l'Opus Dei se confesse

Une «repentie» de l'Opus Dei en campagne: pour Maria del Carmen Tapia, c'est une secte!

PARIS

De notre envoyé spécial

Maria del Carmen Tapia a été une des plus proches collaboratrices de Mgr Escriva de Balaguer, le père fondateur de l'Opus Dei; elle a donc bien connu l'organisation catholique et son «bienheureux» créateur de l'intérieur. Il y a dix-neuf ans, elle rompait les ponts avec l'OEuvre après avoir pris conscience que la liberté n'y était pas la valeur maîtresse et parvint à en sortir malgré ce qu'elle a appelé sa séquestration à Rome. Depuis lors, cette «repentie», qui n'a pas renoncé à sa foi, a couché son expérience sur papier et continue à se battre, non point mue par un esprit de revanche ou de vengeance mais afin de mettre les jeunes et la société en garde contre l'embrigadement par l'OD.

Son ouvrage «Au-delà du seuil, une vie dans l'Opus» n'a pas encore été traduit en français. Afin de sensibiliser l'opinion publique européenne francophone, elle a donné une conférence de presse à Paris en présence du père Jacques Trouslard, le «Monsieur sectes» de... l'Église de France.

Dans la salle, une belle chambrée de journalistes mais aussi des parents de jeunes qui sont aujourd'hui à l'Opus. Maria del Carmen Tapia n'a rien d'une gauchiste enragée. Le «look» de cette femme élégante aux cheveux blancs ondulants, robe noire et bijoux discrets ne déparerait pas une assemblée «opusienne». Mais aujourd'hui, sans haine, sans rancune et sans diabolisation excessive, selon les propres termes de Jacques Trouslard, elle est venue témoigner contre cette organisation à laquelle elle se livra à corps perdu à l'âge de 22 ans, abandonnant famille et fiancé pour devenir la secrétaire de Josemaria Escriva. Ensuite, elle lança le premier point d'imprimerie de l'Opus et devint directrice régionale au Venezuela. Pendant ses dix ans passés sur place, elle se rendit compte que l'OD n'était pas démocratique et, peu à peu, elle osa braver les ordres venus d'en haut. Cela lui valut d'être rappelée à Rome.

- Pendant des mois, on a voulu me faire avouer des fautes que je n'avais pas commises et j'ai été pratiquement séquestrée. Finalement, on m'a raccompagnée jusqu'à Madrid car j'aurais été incapable de voir mes erreurs! Depuis que j'ai écrit mon livre dont l'Opus aurait bien voulu empêcher la publication, j'ai reçu des centaines de lettres de gens et de parents dont les enfants ont été enrôlés. J'ai été réconfortée de voir que Dieu est au-dessus de l'Opus qui, je le dis franchement, est une secte. Je ne comprends pas comment l'Église catholique n'y voit pas plus clair!

Et de s'en prendre aux méthodes de recrutement: Le prosélytisme actuel en direction de jeunes gens qui pourraient devenir des décideurs et de membres de la haute société n'a pas changé depuis 1948 quand je suis devenue numéraire, c'est-à-dire que je me suis engagée à rester célibataire et que j'ai prononcé des voeux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Évidemment, le discours de l'Opus séduit en s'inscrivant dans la tradition de l'Église et en se battant contre la déglingue des moeurs, mais il faut absolument mettre le public en garde contre des structures qui ressemblent plus à de l'espionnage et aux commissaires politiques de certaines dictatures qu'à la charité chrétienne. Les confesseurs personnels, ce n'est pas une légende, même si officiellement les membres peuvent prendre n'importe quel prêtre comme conseiller, pas plus que l'absence de toute liberté d'expression ou de pensée: quand je voulais lire un livre, je devais demander l'autorisation.

Pour Maria del Carmen Tapia, le Pape, venant de sa Pologne catholique, est plus naïf que complice. Il a été aveuglé par le discours conquérant de l'Opus et il ignore sans doute qu'on l'invoque moins qu'Ecriva de Balaguer. Pire, parfois, ce dernier prend le pas sur le Christ lui-même dans leurs pratiques! Pour la «repentie», il y a sans doute aussi un facteur financier: Le cardinal de Cracovie, Karol Woytila, a vraisemblablement reçu des appuis... Et ceci expliquerait le renvoi de l'ascenseur avec l'institution de l'Opus comme prélature personnelle et la béatification du «patron» en 1992. Aujourd'hui, l'Opus est présente à tous les niveaux de pouvoir: Elle a des partisans dans tous les ministères de l'Église, sans parler du porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro Valls...

Maria del Carmen Tapia s'est aussi intéressée à l'Opus en Belgique. Je serais optimiste pour votre pays car selon mes informations, l'OEuvre a toutes les peines du monde à se développer, même si les vocations sont là. La plupart des numéraires ne sont pas belges et à l'exception d'une partie de l'aristocratie, la haute société ne mord pas à l'hameçon. Pour le reste, le Bureau belge réclame surtout beacoup d'argent pour l'érection d'une nouvelle résidence à Louvain-la-Neuve. Cinquante mille francs par personne!

Maria del Carmen Tapia, enfin, réfute que l'Opus aurait l'oreille de la Maison royale. Ce qui n'est pas le cas en Espagne... Apparemment, il n'y a pas que des têtes couronnées: Giuseppe Acerbi, un avocat milanais qui avait perdu sa femme et ses sept enfants dans l'Opus, a précisé que les fameuses maximes d'Escriva avaient été rééditées par Mondadori, maison d'édition célébrissime, liée à la Fininvest de... Silvio Berlusconi!

CHRISTIAN LAPORTE

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