VISAGES DE PIERRES(IX) UNE FERME AU CHATEAU VAN ZEEBROECK LES PIRMEZ ONT FAIT LA FORTUNE DES SOLVAY

Une «ferme» au château van Zeebroeck

Visages de pierres (IX).

Le château van Zeebroeck à Nethen : une ancienne ferme transformée en petit castel.

Ne cherchez pas un van Zeebroeck au château van Zeebroeck à Nethen. Vous n'en trouverez plus. Ou alors uniquement à travers des portraits de famille. Le châtelain actuel s'appelle Octave Pirmez (65 ans). Il est le petit-fils d'Elisabeth van Zeebroeck.

Les Pirmez, originaires du Hainaut, appartiennent à une importante famille de notables wallons (voir ci-contre). Quant au château, qui trône rue de Bossut en plein milieu du village, il a gardé le nom de van Zeebroeck en l'honneur de l'arrière-grand-père du châtelain actuel, Jean- Baptiste van Zeebroeck (1822-1892) qui transforma sérieusement l'ancienne ferme familiale en ferme château.

UNE FAMILLE D'IXELLES

Celle-ci sera exceptionnellement accessible (sauf l'intérieur) au public dans le cadre des prochaines Journées du patrimoine. Cernés d'un parc à l'anglaise (9 ha), les bâtiments remontent dans l'ensemble aux XVIIIe et XIXe siècles. Les dépendances et les communs datent quant à eux des environs de 1768. À l'origine du château, la ferme de l'Escaille était dénommée ainsi parce que couverte d'ardoises, ce qui était assez rare à l'époque. La ferme qui appartenait aux Demariage (famille de Nethen) est passée via les Ledocte (famille de Roux-Miroir) aux mains des van Zeebroeck. À savoir, une famille de notables fixée à Ixelles depuis deux générations. Une famille qui exploitait alors une brasserie très florissante.

Jean-Baptiste van Zeebroek (1822-1892) entra donc en possession du château via son épouse Caroline Ledocte (1823-1895). Il quitta à la fin du siècle dernier Ixelles pour venir s'installer à Nethen. Ce fut à cette époque qu'il transforma sérieusement l'ancienne ferme familiale. Désormais, elle sera désignée sous le nom de «château van Zeebroeck» en son honneur. D'importantes transformations eurent encore lieu en 1910.

«UN VÉRITABLE CHAMEAU»

Par la suite, le château fut transmis à sa fille Elisabeth, épouse Pirmez, grand-mère du propriétaire actuel. Ce dernier, veuf depuis un an et pensionné s'apprête à passer le relais à sa fille, tandis que son fils Herman (38 ans) en exploite déjà les terres (150 ha).

- Nous avons du bétail en stabulation libre, explique Octave Pirmez. Comprenez que les bêtes sont dehors toute l'année. Pour le reste, nous avons des cultures qui sont confiées à un entrepreneur agricole.

Un château pareil, c'est un véritable chameau, se plaint l'actuel propriétaire. C'est très bien de loin et en été. Mais on oublie qu'il faut chauffer, entretenir... Ce genre de bâtiment, c'est l'horreur. Pensez donc, 800 m2 de toiture rien que pour la grange, plus le double pour le château dont la façade fait 38 mètres. L'État ne fait rien pour nous. Nous ne recevons aucun subside. Avec leur «Journée du patrimoine», ils me font bien rire. En attendant, ils nous taxent à crever.

Quant à l'entretien du château, Octave Pirmez essaye de faire le maximum lui-même. Pas toujours évident même s'il reconnaît qu'il y a pire.

- Au château d'Acoz où vivent mon frère et ma soeur, c'est une autre paire de manches. Leur château est quatre fois plus grand que le nôtre !

ERIC MEUWISSEN

Les Pirmez ont fait la fortune des... Solvay

De grâce, ne donnez plus un rond à mes fils. Tel est l'objet d'une incroyable lettre qu'aurait écrite en 1867 Alexandre Solvay aux bailleurs de fonds de l'entreprise Solvay et Compagnie. Et cela à une époque où ses deux fils, Ernest et Alfred, se débattaient dans d'inextricables problèmes financiers.

Le châtelain de Nethen, Octave Pirmez, nous a raconté, non sans fierté, le rôle éminent tenu par son arrière-arrière-grand-oncle Eudore (1830-1890) dans le développement de «Solvay et Cie». Un rôle qui aujourd'hui encore fait la fortune de tout le «clan Pirmez».

Il faut dire que les ancêtres d'Octave Pirmez firent incontestablement partie des plus illustres familles de notables du pays de Charleroi.

Grands propriétaires terriens (Château d'Accoz), ils tinrent une place importante dans la métallurgie, dans l'exploitation des marbres ainsi que dans la chimie. Ils comptent également au sein de leur famille des militaires, des écrivains, des musiciens, des hommes politiques et des édiles communaux. C'est assez dire si avec les Pirmez, nous avons affaire à une famille dont la Wallonie peut s'enorgueillir.

Le plus auguste de tous les Pirmez et celui qui fit la fortune de ses descendants est assurément Eudore Pirmez.

Passons sur sa carrière (il fut ministre de l'Intérieur, ministre d'Etat et directeur de la Banque nationale) pour nous concentrer sur son rôle dans l'orbite des Solvay.

Brillant avocat d'affaires, Eudore Pirmez aida Ernest Solvay à établir la légitimité de son brevet. Il rédigea pour l'industriel un nouveau brevet inattaquable. Sans lui, c'en était fini de la fortune des Solvay.

Mais son titre de gloire, c'est d'avoir fait de «Solvay et Compagnie» une entreprise majoritairement financée par la famille Pirmez. Il apporta à la nouvelle société un concours financier personnel très important. C'est d'ailleurs sur des terrains que les Pirmez possédaient sur la Sambre à Couillet que fut édifiée la première soudière.

Mais Eudore Pirmez fut plus qu'un simple bailleur de fonds. Il contribua à l'amélioration du procédé Solvay et devint le conseiller privilégié de la société jusqu'en 1880.

Dès lors, on ne s'étonnera pas d'apprendre que la famille Pirmez détenait en 1863 (à la constitution de Solvay et Cie) 40,4 % des parts. Un siècle plus tard, en 1967, au moment de la transformation de Solvay en société anonyme, 21 % des parts étaient toujours entre les mains des heureux descendants et ayants droit d'Eudore, Léonard et Hyacinthe Pirmez, qui figuraient parmi les fondateurs de la société.

Pas étonnant dans ces conditions, de retrouver toute une série de Pirmez au Conseil d'administration de Solvay. Mon grand-père, Maurice Pirmez, était président du conseil de surveillance de Solvay, raconte le châtelain de Nethen. On comprend mieux aussi pourquoi ce dernier a fait toute sa carrière de chimiste à Neder-over-Heembeek dans les laboratoires centraux de la firme... Solvay.

E. Mn

Dernier article :

la maison communale

de Chaumont-Gistoux