Vous avez dit Caje

Vous avez dit Caje?

Le nouveau corecordman des sélections nationales est aussi connu sous le nom de Ceulemans que sous le sobriquet de Caje.

Un surnom qui a toute une histoire...

Franz, le père de Jan habitait autrefois, avec ses frères et soeurs, dans une maison qui avait abrité une laiterie. Et celle-ci avait été baptisée «In 't Kasselo». Nul, dans la famille, ne sut jamais très bien ce que cela voulait dire. Mais Franz fut rapidement surnommé «Kasse» par les voisins. Pourquoi lui et non ses frères ou soeurs? Mystère... Cette maison existe toujours et seul le temps a patiné les lettres de l'enseigne.

Quoiqu'il en fut, en qualité de fils aîné, Jan eut droit au même surnom qui, en dialecte lierrois, devint Kazze jusqu'au moment où un journaliste néerlandophone, venu recueillir les premiers états d'âme de l'étoile montante du Lierse, le transforma en «Caje».

Van Himst: «Sa chance, c'est le FC Brugeois!»

Les records sont fait pour être battus. Tôt ou tard, il fallait bien que quelqu'un me rattrape. J'ai toujours pensé que le premier à opérer la jonction avec moi serait Eric Gerets. Le Limbourgeois m'a toujours stupéfié par sa phénoménale résistance à l'effort. Il est fait du même bois qu'un Dockx, Van Moer ou... Morten Olsen. Mais Eric a eu le malheur de se faire piéger dans l'histoire de corruption de Standard - Waterschei.

Paul Van Himst sait, mieux que quiconque, qu'on ne refera jamais l'histoire. Gerets a payé très cher, c'est vrai, son écart de Sclessin. Sans cette faute, il aurait été le tout premier à égaler le record prestigieux détenu jusqu'à hier par le plus célèbre des Anderlechtois.

«Epargné

par les blessures»

Ceulemans, de toute manière, n'a pas usurpé l'honneur qui lui échoit aujourd'hui, enchaîne Van Himst. Sans posséder la toute grande classe, sans jamais avoir défrayé la chronique par des exploits spectaculaires, ce garçon a apporté une contribution exemplaire au renouveau du football belge. Son histoire coïncide avec celle de Guy Thys. Le chemin du Campinois est parallèle à celui du coach anversois. Ensemble, les deux hommes ont épinglé quelques jolis succès à leur palmarès. Mais le Caje a eu deux grandes chances dans sa carrière: celle, d'abord, d'avoir été épargné par une blessure grave. Et surtout d'avoir opté pour le FC Brugeois plutôt que pour Anderlecht!

Ciel, que dites-vous là, Paul?

Jamais, je l'affirme, Jan n'aurait tenu aussi longtemps en équipe nationale s'il avait été transféré au Sporting. Pour la bonne et simple raison qu'au Parc Astrid, à son âge, on est depuis longtemps jeté aux oubliettes. Le FC Brugeois a du football une toute autre philosophie. Là-bas, on cultive encore le sens de certaines valeurs. Et l'on sait reconnaître les mérites des vieux serviteurs.

Ceulemans eut aussi l'occasion de partir à l'étranger. Et de porter la vareuse d'un des clubs les plus célèbres au monde, l'AC Milan pour ne point le nommer... J'avais aussi été très sollicité. Mais j'ai préféré rester au pays, comme un bon père tranquille. Il faut croire que Ceulemans était coulé dans le même moule que moi. Ce qui, sans doute, ne l'a pas empêché de gagner très bien sa vie dans la Venise du Nord...

Propos recueillis par

J.-L. D.

Match par match,

son tour du globe

en 81 étapes

1. 26.03.77 Belgique - Pays-Bas 0-2

2. 03.09.77 Belgique - Islande 4-0

3. 16.11.77 Irlande Nd - Belgique 3-0

4. 11.10.78 Portugal - Belgique 1-1

5. 15.11.78 Israël - Belgique 1-0

6. 16.09.79 Norvège - Belgique 1-2

7. 26.09.79 Pays-Bas - Belgique 1-0

8. 17.10.79 Belgique - Portugal 2-0

9. 21.11.79 Belgique - Ecosse 2-0

10. 19.12.79 Ecosse - Belgique 1-3

11. 27.02.80 Belgique - Luxembourg 5-0

12. 18.03.80 Belgique - Uruguay 2-0

13. 02.04.80 Belgique - Pologne 2-1

14. 06.06.80 Belgique - Roumanie 2-1

15. 12.06.80 CE Angleterre - Belgique 1-1

16. 15.06.80 CE Espagne - Belgique 1-2

17. 18.06.80 CE Italie - Belgique 0-0

18. 22.06.80 CE RFA - Belgique 2-1

19. 15.10.80 Eire - Belgique 1-1

20. 19.11.80 Belgique - Pays-Bas 1-0

21. 21.12.80 Chypre - Belgique 0-2

22. 18.02.81 Belgique - Chypre 3-2

23. 25.03.81 Belgique - Eire 1-0

24. 29.04.81 France - Belgique 3-2

25. 09.09.81 Belgique - France 2-0

26. 16.12.81 Espagne - Belgique 2-0

27. 28.04.82 Belgique - Bulgarie 2-1

28. 27.05.82 Danemark - Belgique 1-0

29. 13.06.82 CM Argentine - Belgique 0-1

30. 19.06.82 CM Belgique - Salvador 1-0

31. 22.06.82 CM Belgique - Hongrie 1-1

32. 28.06.82 CM Belgique - Pologne 0-3

33. 01.07.82 CM URSS - Belgique 1-0

34. 22.09.82 RFA - Belgique 0-0

35. 06.10.82 Belgique - Suisse 3-0

36. 15.12.82 Belgique - Ecosse 3-2

37. 30.03.83 RDA - Belgique 1-2

38. 27.04.83 Belgique - RDA 2-1

39. 21.09.83 Belgique - Pays-Bas 1-1

40. 12.10.83 Ecosse - Belgique 1-1

41. 09.11.83 Suisse - Belgique 3-1

42. 29.02.84 Belgique - RFA 0-1

43. 06.06.84 Belgique - Hongrie 2-2

44. 13.06.84 CE Belgique - Yougoslavie 2-0

45. 06.06.84 CE France - Belgique 5-0

46. 19.06.84 CE Danemark - Belgique 3-2

47. 05.09.84 Belgique - Argentine 0-2

48. 19.12.84 Grèce - Belgique 0-0

49. 22.12.84 Albanie - Belgique 2-0

50. 27.03.85 Belgique - Grèce 2-0

51. 01.05.85 Belgique - Pologne 2-0

52. 11.09.85 Pologne - Belgique 0-0

53. 16.10.85 Belgique - Pologne 1-0

54. 20.11.85 Pays-Bas - Belgique 2-1

55. 23.04.86 Belgique - Bulgarie 2-0

56. 19.05.86 Belgique - Yougoslavie 1-3

57. 03.06.86 CM Belgique - Mexique 1-2

58. 08.06.86 CM Irak - Belgique 1-2

59. 11.06.86 CM Paraguay - Belgique 2-2

60. 15.06.86 CM URSS - Belgique 3-4

61. 22.06.86 CM Espagne - Belgique 1-1

62. 25.06.86 CM Argentine - Belgique 2-0

63. 28.06.86 CM Belgique - France 2-4

64. 10.09.86 Belgique - Eire 2-2

65. 14.10.86 Luxembourg - Belgique 0-6

66. 19.11.86 Belgique - Bulgarie 1-1

67. 04.07.87 Portugal - Belgique 1-0

68. 29.04.87 Eire - Belgique 0-0

69. 09.09.87 Hollande - Belgique 0-0

70. 14.10.87 Ecosse - Belgique 2-0

71. 11.11.87 Belgique - Luxembourg 3-0

72. 19.01.88 Israël - Belgique 2-3

73. 26.03.88 Belgique - Hongrie 3-0

74. 05.06.88 Danemark - Belgique 3-1

75. 12.10.88 Belgique - Brésil 1-2

76. 19.10.88 Belgique - Suisse 1-0

77. 15.02.89 Portugal - Belgique 1-1

78. 29.04.89 Belgique - Tchécoslovaquie 2-1

79. 27.05.89 Belgique - Yougoslavie 1-1

80. 01.06.89 Luxembourg - Belgique 0-5

81. 08.06.89 Canada - Belgique 0-2

Jan Ceulemans

après Guy Thys: le foot belge

vit à l'heure des records!

Le football belge vit à l'heure des records. Voici une semaine, à Lille, Guy Thys entrait dans la légende en dirigeant son centième match international. La Belgique rencontrait, ce soir-là, le Luxembourg en phase éliminatoire de la Coupe du monde 1990.

L'histoire du «fédéral» anversois demeurera à jamais liée à celle, tout aussi grisante et glorieuse, de Jan Ceulemans qui, la nuit dernière, à Ottawa, a enfilé, pour la 81e fois en match officiel, la prestigieuse vareuse des Diables rouges. Seul, jusqu'ici, Paul Van Himst pouvait se targuer de posséder un tel palmarès.

Elevée, à quatre reprises, au rang de Soulier d'or, la star anderlechtoise avait animé notre équipe nationale de 1960 à 1974. Trois ans après sa retraite, à l'occasion d'un Belgique-Hollande disputé le 26 mars 1977, Jan Ceulemans effectuait ses grands débuts dans la formation tricolore, entrant au jeu, à la 48e minute, en remplacement de Van Gool. C'était le début d'une interminable lune de miel marquée par quelques temps forts qui demeureront à jamais gravés dans l'histoire de notre Fédération.

Nul, en effet, n'oubliera le titre de vice-champion d'Europe décerné en 1980 à Ceulemans et à ses camarades au terme d'un formidable mano a mano avec la RFA, sur le sol italien. Comme chacun évoquera jusqu'à la fin de ce siècle, en termes dithyrambiques, la glorieuse campagne mexicaine qui, en 1986, valut à la Belgique une inattendue quatrième place en Coupe du monde.

Rien d'étonnant, dès lors, à ce que ces deux années-charnières aient coincidé, pour le joueur lierrois, avec l'attribution du fameux Soulier d'or qu'il chaussa une troisième fois, en 1985. A cette époque déjà, Ceulemans était devenu l'inamovible pilier d'un FC Brugeois avec lequel il remporta une Coupe de Belgique et deux titres de champion mais qui lui refusa toujours la consécration européenne.

Jan avait débarqué dans la Venise du Nord au moment où le Club cherchait son second souffle après la formidable impulsion que lui avait donnée Ernst Happel. Au moment où les «bleu et noir» drivés par le mage autrichien accumulaient les exploits continentaux, Ceulemans commençait à défrayer la chronique sous le maillot de l'équipe-reine de Lierre, sa ville natale.

Avec son imposante stature, celui-ci aurait pu, selon les spécialistes, opérer une fulgurante percée dans le petit monde du basket-ball. Il avait d'ailleurs porté le maillot du célèbre Bus Lierre mais le virus du but l'emporta finalement sur la passion du panier percé. Le Lierse de Bob Quisenaerts en fut le premier bénéficiaire. Mais il était évident que le club campinois ne pourrait retenir bien longtemps au bercail cet attaquant de tout gros calibre, pas plus qu'il n'avait réussi à conserver Willy Wellens et qu'il ne parviendra plus tard à monopoliser les services d'Erwin Vandenbergh.

En 1979, Ceulemans prit ainsi le chemin du FC Brugeois qui le transféra pour une douzaine de millions de nos francs. Un record à ce moment-là!

Le Club flandrien ne se félicitera jamais assez d'avoir mis le grappin sur un élément de cette trempe. Orphelins de Raoul Lambert, ses supporters se trouvèrent une nouvelle idole en la personne de ce colosse, infatigable animateur. Buteur redoutable qui lui valut d'inscrire près de trente buts au cours de la seule saison 1979-1980, Ceulemans n'a plus quitté depuis lors les créneaux de l'actualité. En quinze années passées au plus haut niveau, il aura disputé près de cinq cents rencontres de championnat, régularité exceptionnelle qui lui valut de porter à un bras le brassard de capitaine de Bruges et, à l'autre, celui de leader de l'équipe nationale.

Issu d'une famille modeste, Jan Ceulemans atteint à la haute notoriété par la grâce d'un football qui l'a couvert d'or et d'argent. Bruges le récompensa très logiquement de sa légendaire fidélité en lui offrant voici peu un plantureux contrat de sept ans qui le met à l'abri de tout souci, lui et sa petite famille, jusqu'à la fin de ses jours.

Le football belge acquittait ainsi sa dette vis-à-vis de ce seigneur des stades qui, en 1980, après son étincelante démonstration sur les terrains de l'Europeo, avait eu l'occasion d'émigrer à l'AC Milan. Subjugués par l'efficacité de l'échassier belge, le club lombard avait proposé à Bruges de débourser jusqu'à 100 millions de FB pour s'adjuger ses services. Ceulemans n'avait plus qu'à apposer son paraphe au bas d'un royal contrat. Mais ce père tranquille renvoya poliment chez eux les richissimes émissaires milanais, préférant les brumes du nord au soleil du calcio.

Dix ans plus tard, il ne le regrette toujours pas!

JEAN-LOUIS DONNAY.