«Le beurre, l’argent du beurre et ma moelle épinière», c’en est trop pour Marghem
Malgré une réunion plutôt animée des quatre partis de la majorité ce mardi matin, malgré quelques messes basses en commission Économie dans les rangs suédois, les députés MR/VLD/CD&V et N-VA se sont montrés loyaux envers celle qui s’auto-surnomme « Miss Energie ».
Le dossier publié mardi dans Le Soir a tout de même mis la ministre Marghem dans un drôle de pétrin. La voilà cataloguée de « menteuse » et de « manipulatrice » par le groupe Ecolo/Groen. Et le reste de l’opposition s’indigne également d’apprendre que l’avis juridique sur la prolongation du nucléaire (Doel 1 et 2) remis mardi dernier aux députés n’était en fait qu’un copier-coller d’un texte rédigé quelques jours plus tôt par le cabinet (privé) Janson, dont certains passages ont tout bonnement disparu. Allez jeter un œil pour constater à quel point l’exercice de recopiage est flagrant.
La ministre avait pourtant affirmé deux semaines plus tôt, devant la même commission Économie, qu’elle avait réalisé cet avis elle-même, avec les juristes de son cabinet et de son administration. Il n’y a pourtant pas de honte à se faire conseiller…
Résultat : l’opposition crie au scandale. Le PS demande la suspension des travaux. On grimpe dans les décibels. Puis la ministre s’explique. Elle affirme que c’est son administration qui a demandé cet avis. Qu’elle n’a jamais nié avoir fait appel à un cabinet externe. Qu’elle avait déjà fait sa propre analyse juridique avant d’écrire le projet de loi. Qu’elle déplore la tournure peu constructive que prennent les débats. Jusqu’à cette envolée lyrique : « Vous voulez le beurre, l’argent du beurre et ma moelle épinière. Mais vous ne l’aurez pas ! »
Ça, c’est pour le show politique, dont la ministre est tout aussi adepte que l’opposition.
Mais les comptes rendus des travaux parlementaires (qui ne sont pas encore disponibles) prouveront que Marie-Christine Marghem a bel et bien affirmé avoir réalisé cette note en interne. Dans le premier paragraphe de l’avis commandé à Janson, il est également stipulé que la demande vient « du cabinet de Mme la Ministre Marghem », par mail, en date du 24 avril 2015. Soit après que la ministre eut reçu deux avis juridiques très critiques de la part du Conseil d’Etat et de l’Agence de contrôle nucléaire, et, par définition, après la rédaction de son projet de loi. Ce qui est en totale contradiction avec les dires de la ministre.
L’opposition cherche-t-elle à ce que le projet s’enlise ? « Il suffisait de nous donner cet avis dès le départ et on n’aurait pas perdu deux heures aujourd’hui », rétorque Karin Temmerman (SP.A). Pas faux. Car si l’on a perdu plus de six heures dans les différentes séances de commission autour de questions de procédure, c’est d’abord parce que des documents manquaient. Comme des arrêtés royaux de 1974 réclamés à la ministre par le CDH depuis plus d’un mois, en vain (Ecolo les a retrouvés en trois heures). Comme des réponses du ministre de l’Intérieur Jan Jambon sur des questions de sécurité nucléaire. Ou comme un avis juridique d’un cabinet externe qu’il aurait suffi de communiquer dès le départ pour éviter tout incendie.
Car « on ne parle pas de la construction d’un poulailler mais de la prolongation de centrales nucléaires », comme le souligne le PS. Il n’y a donc pas de place pour la légèreté dans ce dossier.





