Litza, femme de ménage grecque symbole de la lutte contre l’austérité
C’est en août 2013 que quelque 595 femmes de ménage employées par les services publics grecs apprennent – par les médias ! – qu’elles sont licenciées du jour au lendemain. Conséquence d’un vaste plan d’économies imposé au pays. Litza est de celles-là. « La moyenne d’âge était de 50 à 60 ans, explique-t-elle. Aujourd’hui, en Grèce, même nos enfants de 30 ans n’ont pas de boulot ! Vous imaginez ce que cela signifiait pour nous… Le gouvernement de l’époque a pensé que nous étions une cible facile : toutes des femmes, et des femmes âgées… Mais c’était une erreur ! »
Les femmes de ménage sont dispersées dans toute la Grèce, mais elles s’organisent. Et finissent par rejoindre Athènes. Litza en l’occurrence vit à Corfou. Elle quitte son mari et sa maison pour prendre part au combat… qui durera – elles ne le savent pas encore à ce moment-là – près de deux ans ! « J’ai la chance d’avoir un mari qui a les mêmes idées que moi, commente-t-elle. Je lui ai expliqué que si je restais à Corfou, je ne savais rien faire. Il est un peu le héros invisible de ce combat… » Pendant 22 mois, une petite troupe d’irréductibles occupera donc un campement devant le ministère des finances, place Syntagma, à Athènes. « Après notre première grande assemblée à Athènes, nous avons décidé de ne pas leur faire cadeau de notre vie, que l’on veut dans nos mains ! » Sur place, elles se relaient, bénéficient de la solidarité des voisins, de l’aide des collègues originaires d’Athènes et des certaines associations. Une habitante du quartier leur donne l’accès à son appartement, qu’elles puissent y prendre une douche, y laver leurs vêtements, y dormir dans un lit plus confortable.
« C’était comme enterrer vivantes 500 femmes »
Chaque jour, elles sont dans la rue, avec force banderoles et cris. « Nous avons affronté beaucoup de violences policières, explique Litza. Après chaque événement, au moins quatre ou cinq femmes finissaient à l’hôpital. Moi-même, j’ai eu le tendon de l’épaule déchiré. Ce n’était pourtant pas la violence policière qui nous faisait le plus peur. Mais bien cette violence énorme qui revenait à enterrer vivantes 500 femmes entre 45 et 60 ans, sans diplômes, majoritairement issues de familles pauvres, qui devaient déjà combiner deux ou trois emplois pour soutenir leur famille… Moi-même j’ai travaillé à plusieurs endroits, j’ai fait beaucoup de sacrifices pour que mes deux fils puissent étudier, pour leur donner cette possibilité que moi je n’ai pas eue. » Les résistantes de la Place Syntagma, comme elles furent aussi désignées dans les médias, ont également intenté un procès au gouvernement grec de l’époque, qu’elles ont gagné : leur licenciement a été décrété illégal par la justice. Mais cela n’a pas fait plier le gouvernement d’Antonis Samaras. La victoire de Syriza sera décisive. Le gouvernement d’Alexis Tsipras reconnaît leur lutte. Ce 1er juillet, les 595 militantes ont repris le travail.
« Nous n’avons pas peur : la Grèce va rester dans l’Euro ! »
Une reprise dont la joie est forcément affectée par la crise actuelle : « Tout ce qui se passe pour l’instant en Grèce ne nous laisse pas être aussi heureuses que nous le voudrions. La lutte apporte des victoires, et c’en est une petite, mais il y en a encore beaucoup à gagner ! ». Pour Litza, une chose est donc certaine : si elle a bien récupéré son emploi, son combat continue : « Les politiques européennes veulent transformer les travailleurs en esclaves, rendre les riches de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Quand on nous disait que nous deviendrions Européens, ce n’est pas de cette Europe-là que nous voulions ! »
Faut-il préciser que Litza aura voté non au référendum ? Présente en Belgique du vendredi au samedi, elle bouillonnait déjà en fin d’après-midi : « J’ai l’impression que cela fait dix jours que je suis ici ! J’ai envie de rentrer pour participer aux manifestations ! » La travailleuse vit à nouveau chez elle, à Corfou, où elle a fait campagne pour le « non » dans les villages alentours. Ne craint-elle pas une sortie de l’euro, si le non l’emporte ? Litza remue la tête de gauche à droite quand elle entend la question qu’énonce la traductrice, faisant balancer les boucles de ses cheveux couleur rouge qui encadrent son visage. Sa première réponse – on ne peut plus claire – est un claquement de sa langue sur ses dents : « ttt ! ttt ! ttt ! ». « La Grèce, par son nom, par sa culture, par son emplacement géographique appartient à l’Europe !, développe Litza. Nous n’avons pas peur ; la Grèce va rester dans l’Euro ! »





