Réformes Michel: ce n’est pas le big bang
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L’accord de gouvernement, publié le 9 octobre 2014, a été reçu comme une révolution : relèvement de l’âge de la retraite, durcissement des conditions de départ à la pension anticipée, découragement des prépensions, saut d’index, contrôle renforcé des chômeurs et on en passe.
Des petits pas
En un an, la Belgique a-t-elle basculé dans un nouveau modèle économique ? « Certainement pas ! répond Paul De Grauwe, économiste belge de la London School of economics. Pour moi, il n’y a pas de révolution. J’ai plutôt l’impression qu’on se situe dans la ligne des précédents gouvernements : on fait de petits pas. »
Voilà qui tranche avec les discours enthousiastes des membres de la coalition. La réforme des pensions, par exemple, pas une révolution ? « J’entends que les policiers pourront encore partir à 58 ans. Je ne suis donc pas vraiment impressionné », répond Paul De Grauwe.
Les mesures relatives aux chômeurs (essentiellement l’obligation de chercher du travail, y compris pour les plus âgés) ne paraissent pas davantage révolutionnaires aux yeux de l’économiste. « Cela reste limité. C’est dans la ligne de ce qui s’est fait dans le passé. »
Le rééquilibrage fiscal (« tax shift »), qui va baisser les charges sur le travail et compenser l’opération par une augmentation de la fiscalité (probablement la TVA, peut-être les patrimoines) ? « On en parle beaucoup, mais pour moi, il ne faut pas en attendre grand-chose. Prenons la taxation des patrimoines. Personnellement, j’y suis favorable, mais cela ne va pas rapporter beaucoup, en raison de la volatilité des capitaux. Et je ne crois pas à l’effet à long terme de la baisse des charges. Dans un premier temps, cela peut fonctionner et créer de l’emploi, mais très vite, quand la conjoncture va reprendre, les exigences salariales vont augmenter, d’autant plus qu’il est probable que le coût de la vie va augmenter puisque le gouvernement va sans doute procéder à des hausses de TVA pour compenser la baisse des charges. »
Paul De Grauwe se défend d’être uniquement négatif. « Je vois des évolutions, c’est vrai, ça bouge, mais il reste du chemin à parcourir. »
Continuité
Etienne De Callataÿ, économiste à la banque Degroof, rejoint son collègue sur un point : les mesures du gouvernement Michel s’inscrivent dans la droite ligne de celle du gouvernement Di Rupo. « Ce qui me frappe le plus, c’est la continuité, l’absence de rupture par rapport au gouvernement précédent. Je le vois en matière de pensions. Le gouvernement Di Rupo avait entamé la réforme. Le gouvernement Michel poursuit le travail. On le voit aussi en matière de limitation de dépenses de chômage. C’est vrai aussi pour le coût du travail : le gouvernement Di Rupo avait déjà réduit les charges. Ce sont les trois grands domaines où l’on peut parler de réformes et dans ces trois domaines, on est dans la continuité. »
Pour autant, Etienne de Callataÿ ne considère pas que les réformes sont minimes. « Non, ce sont des réformes importantes, qui vont avoir un vrai impact. On sait que la réforme des pensions va limiter le coût du vieillissement. Le saut d’index, quant à lui, va toucher beaucoup de monde, sans quoi les syndicats ne le critiqueraient pas comme ils le font. »
Nos deux interlocuteurs ne parlent donc pas de « changement de modèle » à propos du gouvernement Michel, mais constatent des réformes, progressives, où, finalement, les deux gouvernements se sont passé le flambeau.
Les organisations internationales aussi
Mais qu’en pensent les organisations internationales, qui ont si souvent fustigé la Belgique en raison, justement, de son absence de réformes ? Le Fonds monétaire international partage l’avis de nos experts. Il reconnaît les réformes de ce gouvernement, mais souligne, dans son dernier rapport, qu’il s’agit d’une continuité. « Le précédent gouvernement a démarré le processus de réformes. Mais les efforts doivent être renforcés pour renforcer le dynamisme de la Belgique. Le programme du nouveau gouvernement inclut beaucoup de mesures bienvenues pour rencontrer les très importants défis macroéconomiques auxquels la Belgique est confrontée. »
Dans son analyse relative à la Belgique, publiée la semaine dernière, la Commission européenne relève aussi à plusieurs reprises les efforts conjugués des deux gouvernements, notamment en matière de modération salariale. « Le nouveau gouvernement fédéral a également décidé de maintenir la stratégie de modération salariale déjà engagée, si bien que la lente croissance des salaires devrait se poursuivre pendant les années à venir. » Enfin, l’OCDE relève les efforts du gouvernement Di Rupo, notamment dans l’assainissement budgétaire, et attend beaucoup du gouvernement actuel, « qui a annoncé un programme largement en phase avec les recommandations de l’OCDE. »
Des milliards d’économies
Ces commentaires ne doivent toutefois pas minimiser les réformes déjà entreprises. Car si l’on fait parler les chiffres, elles sont en fait très importantes. Ainsi, selon un rapport du bureau du Plan de mars dernier, l’ensemble des mesures du gouvernement Michel permettent à elles seules de réduire le coût du vieillissement de près de 2 points de produit intérieur brut d’ici à 2060. Pour donner un ordre de grandeur, au produit intérieur brut actuel, il s’agit d’une économie de 7,6 milliards d’ici à 2060, même si le fait de chiffrer la chose en milliards d’aujourd’hui est très artificiel, nous indique-t-on au Bureau du Plan, puisqu’on parle d’une situation en 2060.
Quoi qu’il en soit, les réformes actuelles, dans la continuité des précédentes ne doivent pas être minimisées. La Belgique bouge. C’est d’ailleurs la conclusion d’Etienne de Callataÿ : « Il est normal que les réformes actuelles interviennent progressivement. On ne peut pas les imposer à la population du jour au lendemain. Je ne vois rien d’anormal à cela. »
Voici les grandes réformes entreprises par le gouvernement actuel. Certaines sont annoncées, d’autres déjà coulées dans des lois, mais toutes figurent dans un accord de gouvernement exécuté jusqu’ici rapidement.
Les pensions
L’objectif. Financer les pensions sur le long terme et amortir le choc des très nombreux départs à la retraite des personnes nées lors du baby-boom des années 60 et 70.
Les mesures. Le gouvernement a pris des mesures très importantes en matière de pensions. La plus spectaculaire est évidemment le report de l’âge de la retraite, qui va passer de 65 ans actuellement à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030. Mais ce n’est pas la seule. Les conditions de départ à la pension anticipée, déjà durcies sous le gouvernement Di Rupo, ont été renforcées. Actuellement, il est possible de partir en pension anticipée à partir de 62 ans et 40 ans de carrière. Ces conditions seront progressivement relevées pour atteindre 63 ans et 42 ans de carrière en 2019. D’autres mesures ont également un impact important comme la suppression du bonus pension, cet avantage qui était alloué à ceux qui ne prenaient pas de pension anticipée. Enfin, pour les pensions publiques, les années d’étude ne compteront plus dans le calcul des années de carrière servant à la détermination du montant de la pension. Le gouvernement a aussi prévu d’autres réformes, comme la pension à points ou le rapprochement des régimes de pension (publiques, privées et d’indépendants), mais, vu leur complexité, il n’est pas acquis que ces réformes seront prêtes d’ici à la fin de la législature.
Les prépensions
L’objectif. Augmenter le taux d’emploi des plus de 50 ans pour contribuer au financement des pensions et de la sécurité sociale.
Les mesures. L’âge de la prépension dans le régime général est passé de 60 à 62 ans au premier janvier de cette année. Pour les métiers lourds, l’âge est passé à 58 ans et passera à 60 ans à une date à déterminer par convention collective. Et pour les entreprises en restructuration, l’âge minimum est désormais de 55 ans. Il passera progressivement à 60 ans d’ici à 2020.
Le saut d’index
L’objectif. Réduire l’écart salarial entre la Belgique et les pays voisins.
La mesure. Le gouvernement a décidé d’imposer aux salariés, fonctionnaires et allocataires sociaux un saut d’index de 2 %. Cela signifie que le prochain passage de l’indice n’entraînera pas de hausse de salaire dans les différents secteurs, jusqu’à ce que l’indice ait augmenté de 2 %. Le gouvernement espère économiser 2,5 milliards avec cette mesure. L’inflation étant actuellement basse, ces rentrées pourraient toutefois se faire attendre.
Le chômage
L’objectif. Augmenter le taux d’emploi pour financer la sécurité sociale.
Les mesures. Le gouvernement a décidé de renforcer les obligations de recherche d’emploi pour les chômeurs. Depuis le premier janvier, ceux-ci doivent s’inscrire comme demandeurs d’emploi et sont tenus de chercher du travail jusqu’à 60 ans (contre 58 ans auparavant). Les chômeurs avec complément d’entreprise (prépensionnés) doivent également s’inscrire comme demandeurs d’emploi. Les sanctions pour les personnes qui ne cherchent pas activement de travail ont par ailleurs été renforcées. Des compléments d’allocations ont été supprimés.
Les crédit-temps
L’objectif. Augmenter le taux d’emploi et décourager les départs anticipés.
La mesure. Depuis le premier janvier, les personnes qui prennent un crédit-temps sans motif ne touchent plus d’allocations. Pour en bénéficier, il faut désormais justifier d’un motif comme une formation, l’éducation d’un enfant jusqu’à huit ans, les soins à un parent proche ou à un enfant handicapé ou encore des soins palliatifs. Le crédit-temps de fin de carrière a également été raboté : il n’est plus possible qu’à 60 ans (contre 55 ans auparavant). Pour les personnes qui ont une carrière longue ou dont l’entreprise est en difficulté, la condition d’âge est relevée progressivement, pour atteindre 60 ans en 2019.






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