L’ovni Gorbatchev
L’ancien dirigeant de l’Union soviétique, père de la Glasnost, décédé il y a une semaine, restera sans doute un cas unique dans l’Histoire.

Lorsque le jeune Gorbatchev fut élu Secrétaire Général du Parti Communiste d’Union Soviétique à l’âge de 54 ans, cela fit l’effet d’un ovni. La candidature du jeune membre du Bureau Politique fut poussée par Gromyko, ministre des Affaires étrangères de l’URSS pendant des décennies. Après des décennies de stagnation économique sous Brejnev et une rapide succession de dirigeants trop vieux (Andropov et puis Tchernenko), les dirigeants soviétiques avaient besoin d’un nouveau souffle.
Gorbatchev faisait partie de l’élite bien éduquée et qui ne tolérait pas que l’URSS, capable de prouesses technologiques dans la recherche de l’espace, soit incapable de produire des appareils TV ou des voitures fonctionnant convenablement.
Dans ses deux premières années de mandat, la vieille garde insista pour qu’il continuât dans la foulée des réformes d’Andropov, tentant d’imposer plus de discipline à la population. Ce fut la campagne anti-alcool qui échoua car les Russes remplacèrent l’alcool difficilement trouvable par du Samogon, alcool fait chez soi et qui causa énormément de morts. Pendant ce temps, Gorbatchev manœuvra pour que le Comité Central issu du 27e Congrès du Parti Communiste (tenu en 1986) soit peuplé de réformateurs comme lui. Il put lancer alors ses deux réformes majeures : la perestroïka (reconstruction économique) et la glasnost (transparence politique).
La glasnost, une véritable révolution
Les réformes économiques de la perestroïka eurent un effet limité. Le succès le plus important fut l’autorisation des « coopératives », petites entreprises lancées par des individus mais qui ne pouvaient, pour des raisons idéologiques, pas encore s’appeler entreprises privées.
La glasnost eut un effet beaucoup plus révolutionnaire. Après les décennies de répression idéologique et de censure, tout d’un coup, la parole fut libérée. Gorbatchev et les réformateurs autour de lui trouvaient que la liberté d’expression était une condition indispensable à la modernisation du pays. Rapidement, aucun sujet ne fut tabou dans les journaux, les revues, au cinéma et dans les conversations de rue. Ayant passé plusieurs mois à Moscou en 1988, l’ébullition des discussions dans les rues sur tous les sujets me fit penser à la description par John Reed de l’excitation de la population au moment des événements révolutionnaires de 1917.
C’est finalement la glasnost qui eut raison du régime communiste soviétique. La population se mobilisa dans les pays baltes pour exiger l’indépendance. Dans les pays satellites de l’Union soviétique en Europe Centrale et de l’Est, lorsque la population se rendit compte que les chars Russes ne viendraient plus comme en 1956 en Hongrie et en 1968 en Tchécoslovaquie, elle eut vite fait de faire tomber les régimes communistes en place. Ce fut la chute du mur de Berlin et l’automne 1989. La glasnost eut également raison de l’économie planifiée soviétique. Les directeurs d’entreprise, conscients de leur nouvelle liberté de parole, menacèrent de ne pas appliquer leur plan de production si on ne leur garantissait pas une augmentation substantielle des plans d’approvisionnement nécessaire à la réalisation du plan.
Gorbatchev ne souhaitait pas l’effondrement de l’Union soviétique. Il espérait que les différentes Républiques puissent vivre ensemble dans des conditions plus démocratiques et plus respectueuses des libertés, mais les populations des Républiques ne firent pas confiance aux promesses du dirigeant soviétique. Effectivement, au vu de l’effondrement des régimes communistes en Europe centrale et de l’Est et de la déliquescence de l’économie planifiée, Gorbatchev fut démis de ses fonctions par le coup d’Etat d’août 1991. Comme on le sait, ce coup d’Etat échoua lamentablement, mais Gorbatchev ne revint pas au pouvoir. Son rival Boris Eltsine avait pris la tête de la résistance contre le coup d’Etat. Bientôt le Parti Communiste d’Union soviétique fut déclaré illégal et les Républiques soviétiques déclarèrent toutes l’indépendance avec l’accord explicite d’Eltsine.
Un cas unique dans l’Histoire
Gorbatchev apparut comme un ovni à bien des égards. Mis au pouvoir par la nomenklatura, il tenta des réformes pour moderniser l’Union soviétique mais fut l’architecte bien malgré lui de l’effondrement du régime communiste soviétique. Le cas Gorbatchev ne se reproduira plus jamais. Les dirigeants communistes chinois ont étudié attentivement les politiques de Gorbatchev. Ils en ont conclu que s’ils veulent rester au pouvoir, ils doivent rejeter toute libéralisation politique et au contraire renforcer la mainmise du Parti communiste sur l’entièreté de l’économie et de la société. Les dirigeants communistes chinois ont été beaucoup plus loin que Gorbatchev dans les réformes économiques, ce qui leur a valu 40 ans de miracle économique, mais n’ont jamais été prêts à la moindre glasnost, bien au contraire.
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