Frappe meurtrière sur un hôpital à Gaza : les pays arabes accusent Israël, qui rejette toute responsabilité

De nombreux pays arabes, signataires ou non de la paix avec Israël, ont attribué la frappe meurtrière sur un hôpital de Gaza à l’armée israélienne, en dépit du démenti apporté par Israël.
Au moins 200 personnes ont été tuées mardi soir dans une frappe dans l’enceinte de l’hôpital Ahli Arab de la ville de Gaza, selon le ministère de la Santé du Hamas, organisation islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza. D’autres estimations donnent un bilan plus élevé.
Le Hamas a imputé la frappe à Israël et le Djihad islamique a qualifié de « mensonges » les accusations de l’Etat israélien, le désignant comme en étant à l’origine, alors que les condamnations internationales se multiplient.
Le Djihad islamique a démenti et mis lui aussi en cause Israël.
« De 200 à 300 personnes sont mortes », a déclaré le ministère de la Santé du territoire palestinien, selon qui « des centaines de victimes se trouvent encore dans les décombres » de l’hôpital Ahli Arab, dans le centre de Gaza. Le Hamas parle de plus de 500 morts.
Le tir a suscité de nombreuses condamnations et des manifestations de colère à Téhéran, Amman, Istanbul, Tunis ou encore à Beyrouth.
Mercredi, un représentant du Hamas à Beyrouth, Osama Hamada, a incité, lors d’une conférence de presse, les Palestiniens de Cisjordanie à se soulever contre Israël et appelé à expulser les ambassadeurs israéliens de « toutes les capitales arabes et islamiques ».

« Mensonges »
Israël a affirmé mercredi avoir des « preuves » de la responsabilité du Djihad islamique dans l’explosion.
« Les preuves, que nous partageons avec vous tous, confirment que l’explosion dans un hôpital de Gaza a été causée par le tir d’une roquette du Djihad islamique ayant échoué », a déclaré le porte-parole de l’armée Daniel Hagari. « Cette analyse professionnelle est basée sur des renseignements, des systèmes opérationnels et des images aériennes, qui ont tous été recoupés ».
L’armée israélienne a publié des images voulant démontrer qu’une roquette palestinienne est à l’origine de l’attaque meurtrière contre un hôpital dans la bande de Gaza. La vidéo publiée mercredi montre des vues aériennes de l’hôpital al-Ahli et d’un parking avant et après l’attaque. Aucun cratère typique n’est visible, comme c’est généralement le cas lors des frappes aériennes israéliennes.
L’armée israélienne rejette les accusations selon lesquelles elle aurait touché l’hôpital, affirmant qu’un missile largué par le mouvement palestinien Djihad islamique est à l’origine du carnage. L’impact a tué des centaines de personnes.
L’armée a diffusé des cartes et un audio qu’elle présente comme une conversation entre deux membres du Hamas évoquant la responsabilité du Djihad islamique.
Des « données » américaines disculpent Israël
Interrogé par des journalistes sur les raisons le poussant à ne pas croire qu’Israël était responsable de la frappe, le président américain a évoqué « des données montrées par (son) département de la Défense », à l’occasion d’une visite en Israël intervenant au lendemain de ce tir ayant fait des centaines de morts.
Le président américain Joe Biden, en visite en Israël mercredi, a soutenu la version des autorités israéliennes imputant à des combattants palestiniens la frappe ayant tué des centaines de personnes dans un hôpital de Gaza.
« J’ai été profondément attristé et choqué par l’explosion dans l’hôpital à Gaza hier (mardi). Et sur la base de ce que j’ai vu, il apparait que cela a été mené par la partie adverse », a déclaré le président américain, aux côtés du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Tel-Aviv.
Mercredi, des centaines de camions d’aide humanitaire attendaient toujours à Rafah, du côté égyptien de la frontière, de pouvoir entrer dans la bande de Gaza où sont massés des centaines de milliers de déplacés palestininens désespérés. La situation dans le territoire « devient incontrôlable », a lancé le patron de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Le président iranien accuse les Etats-Unis d’être « les complices des crimes » d’Israël à Gaza
Le président iranien Ebrahim Raïssi a accusé mercredi les Etats-Unis d’être « les complices des crimes » d’Israël.
« Les bombes qui tombent sur la population de Gaza sont américaines (…) Le monde considère les Etats-Unis comme les complices des crimes du régime sioniste », a déclaré M. Raïssi en s’adressant à plusieurs milliers de manifestants rassemblés sur une place de Téhéran.
« Bombardement délibéré »
Les Emirats arabes unis, qui se sont associés avec la Russie pour demander une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, ont condamné l’« attaque israélienne » et déploré les « pertes humaines ».
Le ministère bahreïni des Affaires étrangères a, lui, « exprimé la condamnation et la dénonciation ferme du Royaume de Bahreïn du bombardement israélien ».
Ces deux pays du Golfe ont normalisé leurs relations avec Israël en 2020 en signant les accords dits d’Abraham.
Le Maroc, un autre pays qui a rejoint ces accords, a également blâmé Israël, tout comme l’Egypte, le premier pays arabe à avoir signé la paix avec Israël en 1979.
Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a condamné avec la plus grande fermeté « le bombardement israélien » de l’hôpital Ahli Arab, qui a fait « des centaines de victimes innocentes » parmi les civils de Gaza. Il a vu, dans ce « bombardement délibéré », une « violation flagrante du droit international ».
« Crime odieux »
L’Arabie saoudite, qui a suspendu des discussions sur une normalisation avec Israël après le déclenchement de la guerre le 7 octobre, a qualifié la frappe de « crime odieux commis par les forces d’occupation israéliennes ».
La Jordanie, qui a aussi normalisé ses relations avec l’Etat israélien, a déclaré qu’Israël « porte la responsabilité de ce grave incident ».
L’Organisation de la coopération islamique (OCI), basée en Arabie saoudite, a qualifié la frappe de « crime de guerre, de crime contre l’humanité et de terrorisme d’Etat ».
Jasem Mohamed Albudaiwi, secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe les six monarchies arabes du Golfe, a déclaré qu’il s’agissait d’une « violation des droits humains ».
Ahmed Aboul Gheit, le chef de la Ligue arabe a appelé mardi « l’Occident à faire cesser immédiatement la tragédie » à Gaza. « Nos mécanismes arabes recensent les crimes de guerre, et leurs auteurs ne pourront pas échapper à la justice », a-t-il prévenu.

Deuil et manifestations
Parmi les pays arabes non signataires de la paix avec Israël, le Qatar, réputé proche du Hamas, le Koweït et le sultanat d’Oman, ont aussi qualifié la frappe d’« attaque israélienne ».
Le Qatar a dénoncé dans les « termes les plus durs le raid israélien », y voyant un « crime odieux contre les civils » et un « massacre brutal ».
Le Koweït s’est élevé contre un « raid sauvage », en l’attribuant aux « forces de l’occupation israéliennes ».
Les mêmes termes ont figuré dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères du sultanat d’Oman qui a accueilli mardi soir une réunion ministérielle du CCG consacrée à la situation dans la bande de Gaza.
La réunion a débouché sur un accord pour consacrer 100 millions de dollars à un programme d’aide d’urgence aux civils de Gaza.
Parmi les autres réactions, celle de la Mauritanie, qui a parlé de « génocide » et décrété trois jours de deuil national.
Le gouvernement de l’ouest de la Libye a dénoncé quant à lui « un crime qui dépasse tout entendement ». L’Irak comme l’Algérie ont accusé Israël et condamné les frappes.
A Tunis, des manifestants ont exprimé leur colère devant l’ambassade de France, tandis qu’au Liban, le Hezbollah pro-iranien, a appelé à une « journée de colère » mercredi.
Les rebelles yéménites Houthis, proches de l’Iran et qui contrôlent la partie nord du pays, ont aussi appelé à des manifestations mercredi après-midi pour dénoncer « le massacre israélo-américain » à Gaza.
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