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Elections 2024 : le triomphe de Georges-Louis Bouchez, la victoire de Bart De Wever

Elections fédérale, régionale et européenne, ce dimanche. Du côté francophone, le MR s’adjuge la place de premier parti. La vague brune n’a pas inondé la Flandre, la N-VA restant la principale formation flamande.
Par Michel De Muelenaere, Gil Durand
Temps de lecture: 3 min

Un peu plus de huit millions d’électeurs, dont près de 800.000 jeunes, ont glissé leur bulletin de vote ou ont exprimé leur choix électroniquement, ce dimanche, pour une triple élection – fédérale, régionale et européenne. En voici les principales leçons.

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Le triomphe de Bouchez et du MR

Pari largement réussi pour le président du MR, Georges-Louis Bouchez. Son parti décroche la première place tant en Wallonie (29,6 %) qu’à Bruxelles (26 %). Renversant le PS, son adversaire de toujours, le MR se trouve en position de « prendre la main » pour présider aux négociations pour la formation des futures coalitions à ces deux niveaux. « Un moment historique », a salué Bouchez, annonçant sa volonté « de créer des coalitions qui permettront de mettre en œuvre les réformes qu’attendent les Wallons et les Bruxellois. » Les résultats des élections, dit-il, « montrent une volonté de réformes. Il ne faut pas les craindre. Nous allons les incarner par nos décisions ». Arrivé à la tête du MR à la fin 2019, Georges-Louis Bouchez a imprimé son style et son rythme, tant à son parti qu’au paysage politique francophone, multipliant les prises de position critiques, y compris à l’égard de gouvernements dont son parti était membre, assénant saillies et positions tranchées, excédant les uns, énervant les autres, considérant que la démocratie gagnait à se nourrir de ces débats inhabituellement houleux.

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La Flandre évite la vague brune

La N-VA a fait mentir les sondages : stable, le parti de Bart De Wever reste le premier parti de Flandre avec un score de 23,9 %. Malgré sa progression, le Vlaams Belang reste sur la deuxième place du podium, proche des 23 % (22,7%), sans réussir à concrétiser la vague brune annoncée. Ce résultat surprise, célébré comme une victoire par les nationalistes, la N-VA le doit grandement à la stratégie de son président qui a, par avance, exclu toute alliance avec le Belang et s’est positionné comme candidat Premier ministre fédéral. « Nous avons gagné les élections, la Flandre a opté plus que jamais pour l’autonomie », a asséné Bart De Wever, devant ses militants à l’issue du scrutin. « Il faudra tenir compte du choix des Flamands. La Flandre a réglé ses comptes avec le gouvernement Vivaldi ».

Loin derrière, Vooruit (13,8 %) passerait devant le CD&V qui recule à 13 %. L’Open VLD s’effondre, à 8,3 %. Le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD), qui présentera la démission du gouvernement fédéral au Roi ce lundi matin, est apparu très ému face à la lourde défaite de son parti : « Nous sommes résilients, je suis convaincu que nous serons toujours là. J’ai beaucoup d’espoir, nous reviendrons plus fort que jamais ».

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Le PS affaiblit mais pas abattu

Ce n’est pas la bérézina générale annoncée (et peut-être souhaitée au MR) pour le parti socialiste. Ce dernier perd – c’est très symbolique – sa place de premier parti francophone. En Wallonie, il est relégué à la deuxième place. Sa défaite est claire : -2,9 à 23,2%, ce qui entraîne la perte de quatre sièges de députés. Mais le vieux parti résiste à Bruxelles où il se stabilise à 22%. En deuxième position là aussi, il sera sans doute incontournable pour la formation du futur gouvernement. L’envol du PTB que dessinaient tous les sondages n’a donc pas fissuré le PS au point de le faire gravement chuter partout. Le Parti du travail de Belgique recule en effet en Wallonie. Et s’il progresse à Bruxelles, il grignote à peine la position de son rival dans la capitale.

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La remontada des Engagés

Pari réussi pour Maxime Prévot. L’ancien président du CDH qui a emmené son parti dans une cure d’opposition de plusieurs années, puis l’a transformé de fond en comble en créant le mouvement des Engagés, faisant renaître sa formation de ses cendres. L’éloignement du pouvoir, le renouveau du programme et l’apparition de nouvelles têtes ont permis aux Engagés de devenir le troisième parti en Wallonie, enregistrant une progression de près de dix points d’avancer également, bien que de manière plus modeste (+3) à Bruxelles. Les Engagés sont donc en position de rentrer « dans toutes les coalitions » a exulté Prévot au soir des élections, estimant que son parti est « le vainqueur moral » du scrutin.

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Le PTB pas complètement gagnant, Défi et Ecolo en déroute

Si Raoul Hedebouw a rangé le PTB du côté des « grands gagnants de cette élection », les résultats de son parti paraissent plus contrastés. En Wallonie, il plafonne à 12,1 %, en-dessous de son score de 2019. S’il progresse en Flandre, son score reste peu élevé (8,3 %). A Bruxelles, par contre, le PTB réussit une percée à 20,9 %, s’adjugeant la troisième place des partis francophones.

Pour Ecolo, la sanction redoutée a bien eu lieu : les verts obtiennent à peu de chose près la moitié de leur score de 2019, tant à Bruxelles (9,8%) qu’en Wallonie (7%). Ecolo est coutumier du modèle « yoyo » – on gagne des suffrages quand on est dans l’opposition, on les perd quand on exerce le pouvoir. Dans ces conditions, l’opposition est tout indiquée. « La démocratie a parlé, les écologistes sont parmi les battus du scrutin », a reconnu Jean-Marc Nollet. « Il faut l’accepter avec humilité ». Ce lundi matin, il annoncé la démission de la coprésidence, avec Rajae Maouane, d’Ecolo. «Nous ne nous représenterons pas. Une page se tourne. Une nouvelle génération prendra ses responsabilités», a-t-il affirmé sur La Première (RTBF). Jean-Marc Nollet a également déclaré qu’il quitterait la politique en tant que responsable, même s’il resterait militant.

Seule éclaircie pour les verts : la performance de Groen à Bruxelles, qui conforte sa première place avec 22,8 %, loin devant les autres partis flamands.

Enfin, Défi n’aura pas réussi à limiter les dégâts. Avec presque moitié moins de députés régionaux bruxellois élus qu’en 2019 (6 au lieu de 10), la formation de François De Smet fait partie des perdants de ce dimanche soir et risque très probablement d’être renvoyée dans l’opposition. Par ailleurs, la perte d’un de ses deux députés fédéraux représente, pour le parti, un petit séisme. « C’est une défaite mais certains avaient prédit notre disparition et ce ne sera pas le cas », a tenté de rassurer son président alors que les amarantes entrent pourtant dans une crise presque existentielle.

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Et maintenant ?

Que va-t-il se passer ce lundi ? En Flandre, l’Open VLD a rendu le jeu assez clair : le parti du Premier ministre Alexander De Croo a annoncé qu’il irait dans l’opposition. Compte tenu de l’exclusive à l’égard du Vlaams Belang, une coalition unissant la N-VA, Vooruit et le CD&V pourrait se profiler. Même si elle ne disposera que d’une faible marge : 64 sièges alors que la majorité nécessaire est à 62.

En Wallonie et à Bruxelles, le MR a l’occasion de prendre la main et ne se privera pas pour le faire. « Dès ce lundi, nous aurons des contacts pour pouvoir mettre en œuvre notre programme », a annoncé son président Georges-Louis Bouchez. Celui-ci a déjà annoncé la couleur : pour lui, les Engagés sont un partenaire « privilégié ». En Wallonie, le MR bénéficie d’une majorité avec Les Engagés. A Bruxelles, cependant, il semble peu probable qu’on puisse se passer du PS. «Les résultats permettent des majorités avec peu de partis, on doit pouvoir travailler là-dessus», a insisté le président du MR. «C’est aussi le signal de l’électeur, il est totalement évident». Pour lui, «si tout le monde se met au travail, il est possible d’avoir des gouvernements très rapidement. L’électeur nous y aide. Il ne faut pas se perdre dans des palabres, il faut le faire».

Enfin, pour le fédéral, il faudra voir quelle famille politique s’impose au final et qui sera nommé pour commencer les discussions… Georges-Louis Bouchez, à nouveau, a ouvert la porte à la N-VA, qui, selon lui, « partage beaucoup de points communs avec le MR sur le socio-économique, la sécurité, l’asile et la migration ». L’hypothèse d’une union, au fédéral, des partis qui pourraient former les majorités flamande et wallonne (N-VA, Vooruit, CD&V d’un côté; MR et Engagés de l’autre) tient mathématiquement la route. Un tel gouvernement disposerait de la majorité tant au fédéral, que dans les groupes linguistiques flamand et francophone.

Après avoir reçu la démission de l’actuel Premier ministre, le Roi devrait désigner la personnalité chargée d’entamer des discussions exploratoires pour la formation de la prochaine coalition qui présidera aux destinées de notre pays au cours des cinq prochaines années.

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Europe : l’actuelle coalition confortée

Malgré la poussée de l’extrême droite, les groupes du Parti populaire européen (droite), Socialistes et démocrates (S&D) et Renew Europe (centristes et libéraux) conservent à eux trois réunis une majorité au Parlement européen, malgré une poussée des forces d’extrême droite. Du côté belge, le MR gagne un siège, avec 3 élus et Ecolo en perd 1, n’en conservant qu’1. Les autres partis maintiennent leur nombre d’élus : 2 pour le PS, 1 pour les Engagés et 1 pour le PTB. Côté néerlandophone, où 13 sièges étaient à pourvoir contre 12 en 2019, c’est la gauche qui progresse, avec le PvDA qui décroche son premier siège et Vooruit qui en obtient 2 (+1). Les autres partis maintiennent leurs positions actuelles, sauf les libéraux flamands : 3 élus pour la N-VA, 3 pour le Vlaams Belang, 2 pour le CD&V et 1 pour Groen. L’Open VLD ne maintient qu’un élu et en perd 1.

Avec 189 sièges pour le PPE, 135 pour les S&D et 80 pour Renew Europe, ces partis formant actuellement la « grande coalition » au sein de laquelle se forgent les compromis dans l’hémicycle européen, cumuleraient 404 sièges sur un total de 720. Une confirmation, malgré la poussée de l’extrême droite, notamment en France où le Rassemblement national décroche entre 31 et 32%. Dès l’annonce de ces résultats, le président Macron a annoncé la dissolution de l’assemblée nationale et la tenue d’élections législatives à deux tours le 30 juin et le 7 juillet.

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Elections 2024: un axe MR-PS semble se dessiner à Bruxelles

En Région bruxelloise, les libéraux (26 %) et les socialistes (21,9 %) semblent condamner à diriger ensemble durant les cinq prochaines années. A l’exception de Groen, la perte de vitesse des partis traditionnels rendra ardue la constitution d’une majorité néerlandophone.
Journaliste au pôle Pouvoirs Temps de lecture: 3 min

Dimanche soir, le scrutin régional a largement rebattu les cartes politiques. Après deux décennies d’hégémonie socialiste (la première avec Charles Picqué, la seconde avec Rudi Vervoort) à la tête de Bruxelles, les libéraux devraient récupérer la ministre-présidence bruxelloise. En raflant 26 % des voix, les libéraux signent une victoire éclatante dans la capitale. Le chiffre n’atteint certes pas les chiffres de 1995 (34,9 %) ou 2004 (32 %). On parle toutefois d’une époque où les partis traditionnels dominaient le paysage politique des pieds et des épaules. Et surtout de scrutins pour lesquels les libéraux se présentaient avec l’ex-FDF devant l’électeur. En ce sens, le résultat de ce dimanche constitue une très belle performance. De quoi valider l’important travail de terrain, l’omniprésence médiatique et la revitalisation des sections locales opérés par le président régional et tête de liste David Leisterh.

Côté francophone, le PTB se révèle assurément un autre grand gagnant de la soirée avec 20,9 %, contre 13,4 % en 2019. Pour rappel, le parti d’extrême gauche ne récoltait encore que 4 % en 2014. Celui-ci a confirmé dimanche sa bonne forme sondagière de ces dernières années. Avec un constat, encore inimaginable voici cinq ans, les troupes de Françoise De Smedt ont à peine séduit 4.000 électeurs de moins que leur concurrent socialiste. Dépossédé de sa première place du podium depuis 10 ans, le PS bruxellois (22 %) a cependant certaines raisons de se réjouir, voire de souffler. D’abord, parce que, comme lors de précédents scrutins, les rouges ont encore une fois fait démentir les sondages, qui les faisaient dégringoler à 15 %. Ensuite, parce que les troupes du président de la fédération et tête de liste Ahmed Laaouej conservent finalement leur résultat de 2019. Sachant que le PTB a fixé des conditions difficiles à rencontrer (par exemple un refinancement fédéral) pour entrer dans une majorité régionale, le MR et le PS semblent mathématiquement condamnés à s’entendre pour la prochaine législature.

La victoire des Engagés

Les bleus et les rouges obtiennent 20 et 16 sièges rue du Lombard. Les premiers doublent ainsi quasi leur contingent de députés par rapport au scrutin précédent. Les seconds n’en perdre finalement qu’un seul. Ensemble, les deux formations totalisent 36 sièges, soit un de moins que les 37 sièges sur 72 nécessaires pour constituer une majorité du côté francophone. L’arrivée d’un troisième partenaire leur permettra de disposer d’une assise confortable. A l’inverse, le résultat des trois autres partis francophones (Les Engagés, Défi et Ecolo) ne permet pas aux libéraux de se passer du PS pour arriver au même résultat.

Ce lundi matin, en radio, David Leisterh (MR), crédité de plus de 20.000 voix, a reconnu qu’une alliance avec le PS et Les Engagés était «une des voies». «On a déjà pris plusieurs contacts indirects», a-t-il expliqué, insistant sur «la vraie victoire» du MR. «Ca doit nous permettre d’imposer nos réformes. Il faudra que nos partenaires acceptent que du changement est demandé».

Les ambiances ont radicalement différé dimanche selon les quartiers généraux dans les autres partis. Chez les Engagés (l’ex-CDH), l’heure était largement à la fête. Ceux-ci n’ont certainement pas lésiné sur les bouteilles de cava. La liste tirée par le député régional Christophe De Beukelaer a ainsi obtenu 10,7 %. Le chiffre efface le mauvais résultat de 2019 (7,5 %) et flirte avec celui de 2014 (11,7 %). Hasard ou non, la dernière entrée du parti centriste dans un gouvernement bruxellois remonte à cette année-là.

Quant à Ecolo et Défi, ils ont perdu clairement les élections de dimanche. La liste tirée par l’écologiste et candidate ministre-présidente affichée Zakia Khattabi fait élire 7 députés, contre 15 en 2019. Côté amarantes, le ministre bruxellois sortant de l’Emploi Bernard Clerfayt défendait son bilan. Durant les cinq prochaines années, les troupes passeront de dix à six au parlement régional. Mathématiquement, Les Engagés, Défi et Ecolo pourraient très bien chacun compléter une éventuelle majorité PS-MR. Reste à voir si les verts accepteront d’entrer dans un gouvernement après une défaite si lourde. Et dans l’autre sens, si rouges et bleus, qui ont tellement tiré sur la politique de mobilité écologiste, accepteront de leur faire une place dans l’attelage bruxellois. Groen, qui semble incontournable au niveau néerlandophone, poussera sans doute en faveur de leurs partenaires francophones. Reste que, dans la capitale, chaque collège linguistique gère seul la formation de sa propre majorité.

Une participation gouvernementale de Défi n’est certes pas à totalement exclure. Cependant, Les Engagés semblent dimanche soir partir avec de bien meilleures cartes pour entrer dans une majorité. Outre leur nombre légèrement plus élevé de députés (8), les centristes devraient trouver leur place, au niveau programmatique, sans souci entre le PS et le MR. Leur caractère incontournable sur l’échiquier wallon devrait aussi jouer en leur faveur au moment des négociations. Précisons cependant qu’il est évidemment trop tôt ce dimanche pour tirer des conclusions.

Un possible blocage néerlandophone

Au niveau néerlandophone, la recomposition du paysage politique se révèle sans doute encore plus importante. A l’heure d’écrire ces lignes, aucune majorité évidente ne se dégage clairement. A l’exception de Groen qui conserve ses quatre députés, les résultats de dimanche confirment la perte de vitesse des partis traditionnels. L’Open VLD, Vooruit et la N-VA passent ainsi chacun de trois à deux sièges. Le CD&V stagne à un siège. La nouvelle liste de l’ex-député Fouad Ahidar rafle, au contraire, trois sièges. Notons aussi que le Vlaams Belang fait élire deux députés, contre un en 2019. Cet émiettement des forces politiques risque de compliquer particulièrement la formation du gouvernement régional côté néerlandophone.

Redouté depuis des années, le scénario d’un blocage, à tout le moins d’une négociation laborieuse, paraît désormais possible. Dans ce collège linguistique, une majorité doit réunir au moins neuf des 17 députés bruxellois néerlandophones. Prolonger la majorité sortante (Open VLD, Vooruit et Groen) est mathématiquement exclu. A la sortie des urnes, celle-ci ne recueille plus que huit sièges. Une majorité qui inclut la liste de Fouad Ahidar permettrait de conserver une majorité néerlandophone à trois partis. Reste qu’un accord avec ce parti qui a fait principalement campagne sur les thématiques religieuses et sous le coup d’une plainte pour antisémitisme reste pour l’instant hypothétique.

Une fois les résultats de dimanche digérés et analysés par les états-majors de chaque parti, les formations se trouvent devant des semaines, voire des mois, difficiles, dans la capitale. Au-delà de se mettre d’accord sur une éventuelle majorité, les partenaires, et très probablement le MR et le PS donc, devront parvenir à un accord de majorité. On leur souhaite déjà bonne chance. « On se dirige sans doute vers une telle majorité, mais sans enthousiasme chez personne », soufflait encore récemment un socialiste.

Certes, les rouges et bleus semblent globalement d’accord sur la mobilité (moins ou moins vite de Good Move) et la sécurité (demander des moyens supplémentaires au fédéral). Les deux partis semblent cependant moins sur la même ligne concernant l’immense déficit budgétaire bruxellois. La Région se trouve aujourd’hui exsangue financièrement. Durant la campagne qui s‘achève, les libéraux ont insisté sur l’importance de réaliser des économies. Sous pression du PTB, les socialistes ont assuré qu’ils refuseraient un projet d’austérité. L’impressionnant résultat de dimanche de leurs rivaux de gauche radicale ne les fera sans doute pas changer d’avis. Enfin, le succès de la Team Fouad Ahidar, qui a fait campagne ces derniers mois sur les thématiques religieuses, augure sans doute d’une future législature encore clivante sur les matières communautaires. Au-delà des enjeux budgétaires, climatiques et de logement, le vivre-ensemble risque, plus que jamais, de constituer un défi dans la capitale.

Elections 2024 : Bart De Wever a la main, mais une nouvelle suédoise n’ira pas de soi

Le président de la N-VA a dit sa volonté de devenir Premier ministre et rêve d’une coalition avec les libéraux et les centristes. Mais le programme communautaire de la N-VA risque de rebuter les francophones des Engagés et du MR.
Chef du pôle Pouvoirs Temps de lecture: 6 min

Les électeurs et électrices ont parlé. Et le moins que l’on puisse écrire, c’est que le message est clair, beaucoup plus clair qu’en 2019. La Vivaldi est lourdement sanctionnée. Elle a perdu 12 sièges en une soirée. C’est un échec pour les partis de la coalition sortante qui dévissent, socialistes, écologistes et libéraux flamands en tête. C’est sans doute ce qu’il fallait lire dans les larmes d’Alexander De Croo, dimanche soir. « C’est une soirée particulièrement sombre pour nous. J’étais la figure de proue de cette campagne. Ce n’est pas le résultat que j’espérais. » Quelques minutes plus tard, le président du parti, Tom Ongena, annonçait sa décision de démissionner et promettait que son parti siégerait dans l’opposition durant la prochaine législature.

Les partis les plus durement frappés sont les écologistes (10 sièges perdus), l’Open VLD (-5), le PS (-4), et Groen (-2). Inutile d’écrire que ces formations ne partent pas gagnantes pour former la future majorité fédérale.

Il faudra plutôt lorgner le côté des gagnants de ces élections pour dessiner les contours d’une nouvelle coalition. Le premier parti, côté flamand, c’est la N-VA, même si les nationalistes concèdent un siège. C’est donc à Bart De Wever que reviendra plus que probablement la mission de former une équipe fédérale. C’est d’autant plus probable qu’il a déclaré lui-même qu’il entendait devenir Premier ministre. Il suffisait d’entendre ses militants crier « Bartje Premier », dimanche, pour s’en convaincre. Et se souvenir, aussi, que le président de la N-VA a déclaré le 25 mai dernier : « Je suis la seule personne en qui j’ai confiance pour devenir Premier ministre. »

La question, c’est avec qui ? Commençons par écarter le Vlaams Belang. Contrairement à ce que des sondages unanimes prédisaient depuis des mois, le parti d’extrême droite n’est pas arrivé premier en Flandre. Ses chances de gouverner étaient déjà nulles en raison du cordon sanitaire qui le frappait de la part de toutes les formations (à part peut-être la N-VA qui le laissait parfois entrevoir). Mais désormais, ce cordon, cumulé à cette deuxième place ne laisse plus aucune chance au Vlaams Belang. Du reste, N-VA et Belang n’ont pas cette fameuse majorité que craignaient tant les francophones.

MR, seul rescapé

Lorgnons plutôt le côté des autres gagnants. Il va de soi que le MR arrive en pole position pour faire partie de la future coalition fédérale (six sièges gagnés). C’est l’un des seuls rescapés de la coalition sortante, probablement d’ailleurs parce que son président, Georges-Louis Bouchez, n’a cessé de critiquer ce gouvernement sans qu’on ne sache plus, parfois, s’il faisait partie de la majorité ou de l’opposition. « Je ne défends pas grand-chose de la Vivaldi », nous déclarait-il, en guise de bilan, au début du mois d’avril. Cette stratégie s’est avérée payante puisqu’il devient la première formation francophone du Parlement fédéral.

Nous voici donc avec deux partis susceptibles de mener des négociations pour former un gouvernement fédéral, la N-VA et le MR. Mais avec qui ? Côté francophone, mais aussi flamand, il est autorisé de lorgner les centristes du CD&V (qui ne perdent qu’un siège) et évidemment Les Engagés, qui en gagnent neuf. Il s’agirait donc d’une suédoise, comparable au gouvernement de Charles Michel avec la N-VA, sauf qu’on y ajouterait Les Engagés. A première vue, cela tient la route. Cette suédoise élargie est viable, et aucun parti n’a déclaré qu’il ne gouvernerait pas avec les autres. Georges-Louis Bouchez n’a pas exclu la N-VA. « Nous sommes extrêmement opposés sur l’avenir de la Belgique. Sur la question socioéconomique, sur la sécurité, sur la migration, nous sommes très proches », a confié le Montois. « Et je pense que ça suffit pour faire un gouvernement ensemble. » De son côté, Maxime Prévot n’a, lui non plus, pas exclu la N-VA. « Travailler avec la N-VA fait partie du champ des possibles », nous avait déclaré dès janvier le président des Engagés. Mais il faut mettre trois gros bémols à cette option, très clairement caressée par Bart De Wever et Georges-Louis Bouchez. Tout d’abord, on l’a dit, l’Open VLD a choisi l’opposition. Et sauf à imaginer qu’une très longue crise gouvernementale intervienne, il y a peu de chance que les libéraux flamands changent d’avis de sitôt.

Ensuite, Georges-Louis Bouchez suit depuis sa nomination comme président une ligne belgicaine parfaitement incompatible avec celle de la N-VA. Son programme contient certes un appel à régionaliser les allocations de chômage, mais cela ne suffira pas à contenter l’ogre communautaire appelé Bart De Wever qui, rappelons-le, appelait récemment à former un gouvernement pour deux ans, histoire de mettre le budget en ordre, avant de passer au confédéralisme. Quant au programme des Engagés, il ne contient que des régionalisations extrêmement limitées, parfaitement incompatibles avec le programme de la N-VA. Et il faut conclure ce tableau peu engageant par l’antipathie que nourrit Bart De Wever pour Georges-Louis Bouchez. « Je ne l’aime pas vraiment. Il dit tant de choses, s’imagine tant de choses aussi », a dit De Wever de son homologue libéral. Et quand bien même tout ce beau monde s’entendrait sur une réforme de l’Etat, il faudrait encore qu’elle soit largement soutenue au Parlement, y compris par les socialistes qui ne feront de cadeaux à personne.

Enfin, dernier bémol à la suédoise, elle n’aurait pas la majorité en Flandre, ce qui, venant d’un Premier ministre nationaliste serait pour la moins étrange, après un gouvernement De Croo qui ne l’avait pas non plus.

Bref, si la mathématique est là, la compatibilité politique de tout ce beau monde n’est pas assurée. On soulignera quand même que, de tous ces bémols, seule l’absence de l’Open VLD pourrait être compensée par les socialistes flamands, cette fois avec une majorité en Flandre. En toute fin de campagne, la présidente des socialistes flamands, Melissa Depraetere avait indiqué qu’elle pourrait envisager de gouverner sans le parti frère francophone. « Cela s’est d’ailleurs déjà produit dans le passé. Nous sommes certes deux partis sociaux mais nous sommes deux partis différents. »

Si l’option suédoise est écartée, y compris dans sa version Vooruit, alors il faudra retourner du côté des socialistes francophones. Mais bonne chance pour les marier à la fois avec Bouchez et De Wever.

Enfin, n’écartons pas la possibilité d’une alliance de partis, sans la N-VA. Après des dizaines de jours de crise, on a déjà tout vu.

Elections 2024 : avec 543.000 suffrages, Sophie Wilmès bat le record de voix francophones

La tête de liste MR aux élections européennes 2024 a obtenu 543.821 voix, battant le record de 483.644 voix établi par Elio Di Rupo (PS) au scrutin européen en 2004.
Temps de lecture: 1 min

L’ex-Première ministre Sophie Wilmès a obtenu 543.821 voix aux élections européennes, un chiffre record en politique francophone.

La tête de liste MR aux élections européennes 2024 dépasse en effet le record de 483.644 voix établi par Elio Di Rupo (PS) au scrutin européen vingt ans plus tôt (2004).

Le score de Mme Wilmès surpassait aussi les candidats du collège électoral néerlandais, pourtant plus peuplé, selon des résultats actualisés pas encore complets. Le second au hit-parade des candidats au Parlement européen était le Vlaams Belang Tom Vandendriessche, à plus de 300.000 voix. Viennent ensuite le N-VA Johan Van Overtveldt (plus de 200.000 voix). Elio Di Rupo pointe à la 4e place (plus de 175.000 voix).

Elections 2024: un axe MR-PS semble se dessiner à Bruxelles

En Région bruxelloise, les libéraux (26 %) et les socialistes (21,9 %) semblent condamner à diriger ensemble durant les cinq prochaines années. A l’exception de Groen, la perte de vitesse des partis traditionnels rendra ardue la constitution d’une majorité néerlandophone.
Journaliste au pôle Pouvoirs Temps de lecture: 3 min

Dimanche soir, le scrutin régional a largement rebattu les cartes politiques. Après deux décennies d’hégémonie socialiste (la première avec Charles Picqué, la seconde avec Rudi Vervoort) à la tête de Bruxelles, les libéraux devraient récupérer la ministre-présidence bruxelloise. En raflant 26 % des voix, les libéraux signent une victoire éclatante dans la capitale. Le chiffre n’atteint certes pas les chiffres de 1995 (34,9 %) ou 2004 (32 %). On parle toutefois d’une époque où les partis traditionnels dominaient le paysage politique des pieds et des épaules. Et surtout de scrutins pour lesquels les libéraux se présentaient avec l’ex-FDF devant l’électeur. En ce sens, le résultat de ce dimanche constitue une très belle performance. De quoi valider l’important travail de terrain, l’omniprésence médiatique et la revitalisation des sections locales opérés par le président régional et tête de liste David Leisterh.

Côté francophone, le PTB se révèle assurément un autre grand gagnant de la soirée avec 20,9 %, contre 13,4 % en 2019. Pour rappel, le parti d’extrême gauche ne récoltait encore que 4 % en 2014. Celui-ci a confirmé dimanche sa bonne forme sondagière de ces dernières années. Avec un constat, encore inimaginable voici cinq ans, les troupes de Françoise De Smedt ont à peine séduit 4.000 électeurs de moins que leur concurrent socialiste. Dépossédé de sa première place du podium depuis 10 ans, le PS bruxellois (22 %) a cependant certaines raisons de se réjouir, voire de souffler. D’abord, parce que, comme lors de précédents scrutins, les rouges ont encore une fois fait démentir les sondages, qui les faisaient dégringoler à 15 %. Ensuite, parce que les troupes du président de la fédération et tête de liste Ahmed Laaouej conservent finalement leur résultat de 2019. Sachant que le PTB a fixé des conditions difficiles à rencontrer (par exemple un refinancement fédéral) pour entrer dans une majorité régionale, le MR et le PS semblent mathématiquement condamnés à s’entendre pour la prochaine législature.

La victoire des Engagés

Les bleus et les rouges obtiennent 20 et 16 sièges rue du Lombard. Les premiers doublent ainsi quasi leur contingent de députés par rapport au scrutin précédent. Les seconds n’en perdre finalement qu’un seul. Ensemble, les deux formations totalisent 36 sièges, soit un de moins que les 37 sièges sur 72 nécessaires pour constituer une majorité du côté francophone. L’arrivée d’un troisième partenaire leur permettra de disposer d’une assise confortable. A l’inverse, le résultat des trois autres partis francophones (Les Engagés, Défi et Ecolo) ne permet pas aux libéraux de se passer du PS pour arriver au même résultat.

Ce lundi matin, en radio, David Leisterh (MR), crédité de plus de 20.000 voix, a reconnu qu’une alliance avec le PS et Les Engagés était «une des voies». «On a déjà pris plusieurs contacts indirects», a-t-il expliqué, insistant sur «la vraie victoire» du MR. «Ca doit nous permettre d’imposer nos réformes. Il faudra que nos partenaires acceptent que du changement est demandé».

Les ambiances ont radicalement différé dimanche selon les quartiers généraux dans les autres partis. Chez les Engagés (l’ex-CDH), l’heure était largement à la fête. Ceux-ci n’ont certainement pas lésiné sur les bouteilles de cava. La liste tirée par le député régional Christophe De Beukelaer a ainsi obtenu 10,7 %. Le chiffre efface le mauvais résultat de 2019 (7,5 %) et flirte avec celui de 2014 (11,7 %). Hasard ou non, la dernière entrée du parti centriste dans un gouvernement bruxellois remonte à cette année-là.

Quant à Ecolo et Défi, ils ont perdu clairement les élections de dimanche. La liste tirée par l’écologiste et candidate ministre-présidente affichée Zakia Khattabi fait élire 7 députés, contre 15 en 2019. Côté amarantes, le ministre bruxellois sortant de l’Emploi Bernard Clerfayt défendait son bilan. Durant les cinq prochaines années, les troupes passeront de dix à six au parlement régional. Mathématiquement, Les Engagés, Défi et Ecolo pourraient très bien chacun compléter une éventuelle majorité PS-MR. Reste à voir si les verts accepteront d’entrer dans un gouvernement après une défaite si lourde. Et dans l’autre sens, si rouges et bleus, qui ont tellement tiré sur la politique de mobilité écologiste, accepteront de leur faire une place dans l’attelage bruxellois. Groen, qui semble incontournable au niveau néerlandophone, poussera sans doute en faveur de leurs partenaires francophones. Reste que, dans la capitale, chaque collège linguistique gère seul la formation de sa propre majorité.

Une participation gouvernementale de Défi n’est certes pas à totalement exclure. Cependant, Les Engagés semblent dimanche soir partir avec de bien meilleures cartes pour entrer dans une majorité. Outre leur nombre légèrement plus élevé de députés (8), les centristes devraient trouver leur place, au niveau programmatique, sans souci entre le PS et le MR. Leur caractère incontournable sur l’échiquier wallon devrait aussi jouer en leur faveur au moment des négociations. Précisons cependant qu’il est évidemment trop tôt ce dimanche pour tirer des conclusions.

Un possible blocage néerlandophone

Au niveau néerlandophone, la recomposition du paysage politique se révèle sans doute encore plus importante. A l’heure d’écrire ces lignes, aucune majorité évidente ne se dégage clairement. A l’exception de Groen qui conserve ses quatre députés, les résultats de dimanche confirment la perte de vitesse des partis traditionnels. L’Open VLD, Vooruit et la N-VA passent ainsi chacun de trois à deux sièges. Le CD&V stagne à un siège. La nouvelle liste de l’ex-député Fouad Ahidar rafle, au contraire, trois sièges. Notons aussi que le Vlaams Belang fait élire deux députés, contre un en 2019. Cet émiettement des forces politiques risque de compliquer particulièrement la formation du gouvernement régional côté néerlandophone.

Redouté depuis des années, le scénario d’un blocage, à tout le moins d’une négociation laborieuse, paraît désormais possible. Dans ce collège linguistique, une majorité doit réunir au moins neuf des 17 députés bruxellois néerlandophones. Prolonger la majorité sortante (Open VLD, Vooruit et Groen) est mathématiquement exclu. A la sortie des urnes, celle-ci ne recueille plus que huit sièges. Une majorité qui inclut la liste de Fouad Ahidar permettrait de conserver une majorité néerlandophone à trois partis. Reste qu’un accord avec ce parti qui a fait principalement campagne sur les thématiques religieuses et sous le coup d’une plainte pour antisémitisme reste pour l’instant hypothétique.

Une fois les résultats de dimanche digérés et analysés par les états-majors de chaque parti, les formations se trouvent devant des semaines, voire des mois, difficiles, dans la capitale. Au-delà de se mettre d’accord sur une éventuelle majorité, les partenaires, et très probablement le MR et le PS donc, devront parvenir à un accord de majorité. On leur souhaite déjà bonne chance. « On se dirige sans doute vers une telle majorité, mais sans enthousiasme chez personne », soufflait encore récemment un socialiste.

Certes, les rouges et bleus semblent globalement d’accord sur la mobilité (moins ou moins vite de Good Move) et la sécurité (demander des moyens supplémentaires au fédéral). Les deux partis semblent cependant moins sur la même ligne concernant l’immense déficit budgétaire bruxellois. La Région se trouve aujourd’hui exsangue financièrement. Durant la campagne qui s‘achève, les libéraux ont insisté sur l’importance de réaliser des économies. Sous pression du PTB, les socialistes ont assuré qu’ils refuseraient un projet d’austérité. L’impressionnant résultat de dimanche de leurs rivaux de gauche radicale ne les fera sans doute pas changer d’avis. Enfin, le succès de la Team Fouad Ahidar, qui a fait campagne ces derniers mois sur les thématiques religieuses, augure sans doute d’une future législature encore clivante sur les matières communautaires. Au-delà des enjeux budgétaires, climatiques et de logement, le vivre-ensemble risque, plus que jamais, de constituer un défi dans la capitale.

Elections 2024 : Bart De Wever a la main, mais une nouvelle suédoise n’ira pas de soi

Le président de la N-VA a dit sa volonté de devenir Premier ministre et rêve d’une coalition avec les libéraux et les centristes. Mais le programme communautaire de la N-VA risque de rebuter les francophones des Engagés et du MR.
Chef du pôle Pouvoirs Temps de lecture: 6 min

Les électeurs et électrices ont parlé. Et le moins que l’on puisse écrire, c’est que le message est clair, beaucoup plus clair qu’en 2019. La Vivaldi est lourdement sanctionnée. Elle a perdu 12 sièges en une soirée. C’est un échec pour les partis de la coalition sortante qui dévissent, socialistes, écologistes et libéraux flamands en tête. C’est sans doute ce qu’il fallait lire dans les larmes d’Alexander De Croo, dimanche soir. « C’est une soirée particulièrement sombre pour nous. J’étais la figure de proue de cette campagne. Ce n’est pas le résultat que j’espérais. » Quelques minutes plus tard, le président du parti, Tom Ongena, annonçait sa décision de démissionner et promettait que son parti siégerait dans l’opposition durant la prochaine législature.

Les partis les plus durement frappés sont les écologistes (10 sièges perdus), l’Open VLD (-5), le PS (-4), et Groen (-2). Inutile d’écrire que ces formations ne partent pas gagnantes pour former la future majorité fédérale.

Il faudra plutôt lorgner le côté des gagnants de ces élections pour dessiner les contours d’une nouvelle coalition. Le premier parti, côté flamand, c’est la N-VA, même si les nationalistes concèdent un siège. C’est donc à Bart De Wever que reviendra plus que probablement la mission de former une équipe fédérale. C’est d’autant plus probable qu’il a déclaré lui-même qu’il entendait devenir Premier ministre. Il suffisait d’entendre ses militants crier « Bartje Premier », dimanche, pour s’en convaincre. Et se souvenir, aussi, que le président de la N-VA a déclaré le 25 mai dernier : « Je suis la seule personne en qui j’ai confiance pour devenir Premier ministre. »

La question, c’est avec qui ? Commençons par écarter le Vlaams Belang. Contrairement à ce que des sondages unanimes prédisaient depuis des mois, le parti d’extrême droite n’est pas arrivé premier en Flandre. Ses chances de gouverner étaient déjà nulles en raison du cordon sanitaire qui le frappait de la part de toutes les formations (à part peut-être la N-VA qui le laissait parfois entrevoir). Mais désormais, ce cordon, cumulé à cette deuxième place ne laisse plus aucune chance au Vlaams Belang. Du reste, N-VA et Belang n’ont pas cette fameuse majorité que craignaient tant les francophones.

MR, seul rescapé

Lorgnons plutôt le côté des autres gagnants. Il va de soi que le MR arrive en pole position pour faire partie de la future coalition fédérale (six sièges gagnés). C’est l’un des seuls rescapés de la coalition sortante, probablement d’ailleurs parce que son président, Georges-Louis Bouchez, n’a cessé de critiquer ce gouvernement sans qu’on ne sache plus, parfois, s’il faisait partie de la majorité ou de l’opposition. « Je ne défends pas grand-chose de la Vivaldi », nous déclarait-il, en guise de bilan, au début du mois d’avril. Cette stratégie s’est avérée payante puisqu’il devient la première formation francophone du Parlement fédéral.

Nous voici donc avec deux partis susceptibles de mener des négociations pour former un gouvernement fédéral, la N-VA et le MR. Mais avec qui ? Côté francophone, mais aussi flamand, il est autorisé de lorgner les centristes du CD&V (qui ne perdent qu’un siège) et évidemment Les Engagés, qui en gagnent neuf. Il s’agirait donc d’une suédoise, comparable au gouvernement de Charles Michel avec la N-VA, sauf qu’on y ajouterait Les Engagés. A première vue, cela tient la route. Cette suédoise élargie est viable, et aucun parti n’a déclaré qu’il ne gouvernerait pas avec les autres. Georges-Louis Bouchez n’a pas exclu la N-VA. « Nous sommes extrêmement opposés sur l’avenir de la Belgique. Sur la question socioéconomique, sur la sécurité, sur la migration, nous sommes très proches », a confié le Montois. « Et je pense que ça suffit pour faire un gouvernement ensemble. » De son côté, Maxime Prévot n’a, lui non plus, pas exclu la N-VA. « Travailler avec la N-VA fait partie du champ des possibles », nous avait déclaré dès janvier le président des Engagés. Mais il faut mettre trois gros bémols à cette option, très clairement caressée par Bart De Wever et Georges-Louis Bouchez. Tout d’abord, on l’a dit, l’Open VLD a choisi l’opposition. Et sauf à imaginer qu’une très longue crise gouvernementale intervienne, il y a peu de chance que les libéraux flamands changent d’avis de sitôt.

Ensuite, Georges-Louis Bouchez suit depuis sa nomination comme président une ligne belgicaine parfaitement incompatible avec celle de la N-VA. Son programme contient certes un appel à régionaliser les allocations de chômage, mais cela ne suffira pas à contenter l’ogre communautaire appelé Bart De Wever qui, rappelons-le, appelait récemment à former un gouvernement pour deux ans, histoire de mettre le budget en ordre, avant de passer au confédéralisme. Quant au programme des Engagés, il ne contient que des régionalisations extrêmement limitées, parfaitement incompatibles avec le programme de la N-VA. Et il faut conclure ce tableau peu engageant par l’antipathie que nourrit Bart De Wever pour Georges-Louis Bouchez. « Je ne l’aime pas vraiment. Il dit tant de choses, s’imagine tant de choses aussi », a dit De Wever de son homologue libéral. Et quand bien même tout ce beau monde s’entendrait sur une réforme de l’Etat, il faudrait encore qu’elle soit largement soutenue au Parlement, y compris par les socialistes qui ne feront de cadeaux à personne.

Enfin, dernier bémol à la suédoise, elle n’aurait pas la majorité en Flandre, ce qui, venant d’un Premier ministre nationaliste serait pour la moins étrange, après un gouvernement De Croo qui ne l’avait pas non plus.

Bref, si la mathématique est là, la compatibilité politique de tout ce beau monde n’est pas assurée. On soulignera quand même que, de tous ces bémols, seule l’absence de l’Open VLD pourrait être compensée par les socialistes flamands, cette fois avec une majorité en Flandre. En toute fin de campagne, la présidente des socialistes flamands, Melissa Depraetere avait indiqué qu’elle pourrait envisager de gouverner sans le parti frère francophone. « Cela s’est d’ailleurs déjà produit dans le passé. Nous sommes certes deux partis sociaux mais nous sommes deux partis différents. »

Si l’option suédoise est écartée, y compris dans sa version Vooruit, alors il faudra retourner du côté des socialistes francophones. Mais bonne chance pour les marier à la fois avec Bouchez et De Wever.

Enfin, n’écartons pas la possibilité d’une alliance de partis, sans la N-VA. Après des dizaines de jours de crise, on a déjà tout vu.

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51 Commentaires

  • Posté par Mauer Marc, mardi 11 juin 2024, 20:23

    Vu la vague ( c’est le cas de le dire) de votes NVA et Vlaams Belang … à la côte, les francophones seraient quand même plutôt bien inspirés d’aller ailleurs. Du côté français, c’est mieux, moins cher, et nous sommes bien accueillis. De mon côté, c’est fait : je n’y fous PLUS les pieds!

  • Posté par Quentin Roger, lundi 10 juin 2024, 15:30

    Georges-Louis Bouchez surnommé « Gloub », par les aigris, peut savourer son succès ! Sa persévérance sans concessions face aux délires de tous types des écolos et socialos, a payé. Voilà ce qui arrive quand on prend depuis des années les gens pour des billes en traitant le MR de mouvement d’extrême droite. Le PTB se réjouit, mais il n’a fait que siphonner les voix de ces 2 partis qui ont perdu leur âme, à force de donner des leçons de morale à 2 balles et de flirter avec le communautarisme .

  • Posté par Willam Bonney, lundi 10 juin 2024, 16:23

    Mais ça c'est un commentaire constructif !

  • Posté par collin liliane, lundi 10 juin 2024, 11:11

    "Le PS affaiblit". On a beau savoir que c'est le lendemain de la veille, mais il n'y a pas un article qui ne soit en délicatesse avec l'orthographe.

  • Posté par Vanloo Marc, lundi 10 juin 2024, 12:47

    Tout baisse au Soir et l'orthographe aussi et depuis bien longtemps

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