Le concert de Bad Bunny doit servir d’avertissement : la tarification dynamique n’a pas sa place dans la culture

A quelques heures du concert, les billets encore disponibles ne se trouvaient plus que sur le marché parallèle. Sur les réseaux sociaux et sur la plateforme de revente Viagogo, les premiers prix dépassaient déjà largement les 200 euros, tandis que les meilleures places atteignaient des montants totalement disproportionnés.

En Belgique, cette situation est pourtant contraire à la loi. Les particuliers ne peuvent pas revendre un billet de concert avec une plus-value. Mais cette législation est aujourd’hui facilement contournée grâce à des plateformes établies à l’étranger. Viagogo, par exemple, ne vérifie pas le prix d’achat initial des billets et laisse les vendeurs fixer librement leurs tarifs. Les règles belges de protection des consommateurs se heurtent ainsi aux limites d’un marché numérique qui ignore les frontières.
Ce phénomène est préoccupant, mais il est surtout révélateur d’une évolution plus profonde. Depuis plusieurs années, certains acteurs du secteur défendent la tarification dynamique, un système qui fait varier automatiquement le prix des billets en fonction de la demande. Plus un concert est attendu, plus le prix grimpe.
Les partisans de cette pratique y voient le simple jeu du marché. Nous y voyons une remise en cause de l’accès à la culture.
Car si nous acceptons que le prix des concerts soit entièrement dicté par la loi de l’offre et de la demande, les montants observés aujourd’hui pour Bad Bunny ne seront bientôt plus une exception. Ils deviendront la référence pour tous les artistes capables de remplir un stade.
Cette logique est d’autant plus problématique qu’elle nourrit le marché parallèle. Plus les prix officiels deviennent variables et élevés, plus la spéculation devient rentable. Les consommateurs sont alors poussés vers des plateformes où ils paient des sommes exorbitantes sans aucune garantie.
Dans le cas de Bad Bunny, Ticketmaster n’autorisait la revente officielle que jusqu’à 11 h le jour du concert. Toute revente ultérieure via des canaux non officiels risquait donc d’aboutir à un billet invalide. Certains spectateurs ont peut-être payé des centaines, voire des milliers d’euros pour un billet qui ne leur permettra finalement jamais d’entrer dans le stade.
Il est temps que l’Europe s’attaque au marché de la billetterie et encadre les pratiques tarifaires qui transforment les concerts en produits de luxe.
Le concert de Bad Bunny restera sans doute comme l’un des événements musicaux de l’année. Espérons qu’il marque aussi un tournant dans notre manière de protéger l’accès à la culture. Parce qu’un concert doit rester une expérience à partager, pas une enchère permanente.
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